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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

dimanche 3 mai 2015

Au nom du père (Chapitre XIX ; Tome I)

Histoire d’histocompatibilité 
 
Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 
 
Question idiote. Priscilla, forcément, de retour des USA après le message laissé sur son portable la veille. Sabine n’aura pas eu le temps de prendre le train. Même en jet militaire, elle ne sera pas là avant la fin de la journée.
Paul la retrouve donc dans l’antichambre devant son bureau.
« Priscilla De Bréveuil, je présume ? Paul du même nom. Frère de Jacques ! »
Canon la dame, pour ceux qui aiment les blondes montées sur échasses, trémoussant de la poitrine et du croupion qu’elle a tout plat, dès lors que l’ensemble est un peu « classe ».
Ce que Paul n’aime pas du tout au premier regard, ce sont ses yeux mi-clos, comme si la paupière du dessus veut recouvrir des cils du coup inexistants, sa voix un peu éraillée et nasillarde et surtout, son sourire carnassier.
Mais sans ça, elle est tout-à-fait sortable. Un peu l’air trop ingénu, elle doit plaire à Jacques pour ressembler un peu à la Francine croisée à Strasbourg. Sauf que l’une a les yeux bleus délavés alors que l’alsacienne les a gris/vert. 
 
Et le voilà qui l’introduit dans son bureau donnant sur le balcon d’angle et lui débite l’histoire du malencontreux amerrissage en catastrophe au large de Dubrovnik.
Bien sûr, pas un mot de ses intérêts dans l’État voisin. Si Charlotte a pu faire le rapprochement en deux coups de cuillère à pot, d’autres le feront forcément un jour ou l’autre. Il vaut mieux être prudent pour le moment.
« Autrement dit, parce que j’ai voulu protéger mon frère, finalement c’est moi qui suis responsable de sa mort. Je vous assure que je suis profondément navré. Mortifié même ! C’est le cas de le dire ! »
Elle pose quelques questions et demande quelques détails, notamment sur l’origine de sa peur.
« Il a reçu des lettres de menaces de mort suffisamment précises pour, dans un premier temps déposer plainte et se constituer partie civile, mais je ne sais pas encore auprès de qui. »
Elle n’était pas au courant. Ni d’aucun autre souci dont il se serait épanché sur l’oreiller.
« Il a sans doute voulu vous épargner ses tourments. Ne pas vous impliquer. »
« Mais nous aurions pu l’aider, au contraire ! »
Comment ça ?
 
Et la voilà qui explique que ses activités à la tête de la fondation de son propre père, l’oblige depuis des années à se soumettre à des « contraintes de sécurité quasiment obscènes ».
« On n’est jamais à l’abri d’un clan déchaîné qui ira s’en prendre à vous, dans notre métier. Il y a bien eu des gens agressés, violentés parce qu’ils pratiquent des avortements, d’autres parce qu’ils font des expérimentations sur les animaux. En ce moment, ce sont les OGM et les cellules-souches qui provoquent l’ire des imbéciles qui ne comprennent pas qu’on œuvre pour la santé publique et l’intérêt général des populations, et qui veulent interdire tout travaux sur le vivant pensant qu’on le manipule ou qu’on le brevette ! Des délirants… »
C’est quoi, ses travaux ?
Elle n’est que biologiste de formation. Mais depuis une petite décennie, elle travaille pour la fondation créée par son père. Et de commencer un cours magistral sur le sujet…
« Chez l’homme, la démonstration de l’existence du Complexe Majeur d’Histocompatibilité – CMH - est connue depuis les travaux de Dausset, en 1952. C’est lui qui démontra la présence d’allo-anticorps, les leuco-agglutinines dans le sérum de patients polytransfusés et décrivit en 1958 le premier antigène du système HLA, pour « Human Leucocyte Antigen », aujourd’hui dit « HLA-A2 ». »
« An Rood et R. Payne démontrèrent de leur côté que la grossesse constituait également une stimulation allo-génique, source d’allo-antisérums permettant le typage HLA. Depuis, un nombre considérable de nouveaux antigènes ont été découverts. »
Et Paul d’apprendre que chaque individu possède à la surface de la quasi-majorité de ses cellules nucléées des structures protéiques particulières appelées antigènes « HLA » qui lui sont propres.
« Cette situation est tout à fait comparable au système des groupes sanguins ABO. Ils sont également appelés antigènes de transplantation ou tissulaires parce qu’étroitement liés au phénomène de rejet de greffe. »
Le mode de transmission des gènes « HLA » se fait sur le mode mendélien. L'ensemble de ces gènes est transmis en bloc de parents à enfants. Théoriquement, il existerait plusieurs millions de combinaisons phénotypiques possibles.
De ce fait, le « système HLA » constitue un marqueur génétique incomparable.
Quant aux anticorps « anti-HLA », ils sont la conséquence d’immunisations induites principalement par les grossesses, les transfusions ou les transplantations.
« Ces derniers constituent une « masse antigénique » étrangère contre laquelle le patient pourrait développer des anticorps. »
L’hyper-immunisation, plus de 80 % d’anticorps, peut exister chez certains, mais c’est assez rare.
« L’une des principales activités d’un laboratoire d’histocompatibilité est la détection périodique de la pré-immunisation HLA, avant la greffe, chez les candidats à la transplantation.
Alors que les « anticorps HLA » présents chez la femme enceinte ne sont pas nocifs, les « anticorps HLA » préformés chez un candidat à la greffe ont une influence certaine sur la stratégie du choix du donneur. À compatibilité égale, la probabilité qu’aura un receveur d’être greffé rapidement sera d’autant plus grande que son degré d’immunisation est faible ou nul. »
Et c’était une partie de son travail de biologiste quand elle est entrée dans la fondation de son père.
« Aujourd’hui, d’autres équipes s’occupent de ça. » 
 
Les critères immunologiques prioritaires, qui règlent la sélection d’un receveur, sont dans une première étape de sélection, le système « ABO » des groupes sanguins.
« Des substances des « groupes sanguins ABO » sont présentes sur les organes greffés. Ils constituent de ce fait un des systèmes majeurs d’histocompatibilité au même titre que le « système HLA ». La situation de greffe est tout à fait comparable à la transfusion sanguine si l’on assimile la poche de sang à une greffe d’hématies. Les mêmes règles imposées en transfusion sanguine sont alors également d’application lors des greffes d’organes. En transplantation rénale et/ou pancréatique, sauf situation d’extrême urgence, la règle générale est de transplanter en situation « iso-groupe ». Ceci est surtout valable pour le donneur universel O, de manière à ne pas encombrer une liste d’attente déjà « chargée » en receveurs. Alors que de son côté, le rôle des antigènes du système rhésus apparaît comme négligeable et l’on n’en tient pas compte en transplantation d’organes et de tissus ! »
Passionnant, ose dire Paul.
Ravie par son auditoire attentif, Priscilla poursuit. 
 
« La deuxième étape est le test de compatibilité entre donneur et receveur : Le « crossmatch lymphocytaire ». C’est entre 1966 et 1968 que Kissmeyer Nielsen et Terasaki ont pu démontrer que des rejets suraigus de greffes rénales, c’est-à-dire la destruction immédiate du greffon, étaient liés à la présence chez le receveur, d’anticorps dirigés contre les cellules du donneur. C’est la présence ou l’absence d’anticorps « HLA » dans le sérum du receveur qu’il s’agira de mettre en évidence dans un test appelé « crossmatch ». Ce test consiste à faire réagir les lymphocytes du donneur avec le sérum du receveur qui contient éventuellement des « anticorps HLA » incompatibles.
En situation dite de « crossmatch positif », « l’anticorps HLA » présent chez le receveur reconnaît chez le donneur des antigènes qui lui sont spécifiques. Ce résultat est une contre-indication absolue à la greffe. Par contre, en situation dite de « crossmatch négatif », c’est à dire lorsqu’il n’existe pas « d’anticorps HLA » incompatibles dans le sérum du receveur, capables de reconnaître les antigènes présents sur le greffon, la greffe peut avoir lieu. »
Il s’agit de mise en culture en boîte de Pétri et de manière générale, la règle exige de récuser toute transplantation rénale et pancréatique en situation de « crossmatch positif ». 
 
Toutefois, pour un receveur « rein et/ou pancréas », à partir du typage du donneur, on recherchera la meilleure compatibilité « HLA » possible. Dans le cadre de la sélection d’un receveur, on donnera la priorité au receveur le moins immunisé s’il présente un « crossmatch négatif ». On peut imaginer toute la difficulté de trouver un donneur compatible pour un receveur fortement immunisé.
« Dans ce contexte, le rôle de notre organisation prend toute son importance au plan international. En effet, il est plus facile de trouver un organe disponible pour un receveur fortement immunisé dans le cadre d’un large consensus d’échanges internationaux, plutôt que se limiter aux offres exclusivement locales. »
« Des échantillons de sérum de chaque patient inscrit sur liste d’attente de reins et de pancréas sont envoyés systématiquement tous les mois dans nos laboratoires et tous les trois mois dans les 49 laboratoires d’autres organisations comme « Eurotransplants ». Pour les autres greffes, cardiaques, pulmonaires et hépatiques, la règle de compatibilité pose un difficile problème d’appariement quasi-impossible à respecter, vu les temps réduits d’ischémie des greffons d’à peine 4 à 5 heures pour le cœur et les poumons, le foie et le pancréas, moins de 12 heures ; les reins : moins de 48 heures. Si le « cross-match » n’est pas souvent pratiqué en pré-greffe, il est cependant toujours réalisé a posteriori. »
Ce qui permet d’adapter le traitement antirejet.
« Pour les greffes rénales réalisées entre donneur et receveur apparentés, on choisira, si possible au sein de la famille, la meilleure « compatibilité HLA ».
Enfin, la taille et le poids des organes futurs greffons sont pris en compte dans la sélection du receveur dans la liste d’attente surtout dans les cas d’organes thoraciques, cœur et poumons et de transplantations de foie. »
 
« Mais le temps d'ischémie froide, qui correspond à la durée entre le prélèvement de l'organe et la restauration de la circulation dans l'organe alors greffé chez le receveur, est nécessairement pris en compte. Cette durée doit être la plus courte possible car plus elle s'allonge, plus les organes se dégradent et plus les chances de réussite de la greffe sont compromises. C’est de notre rôle que de tenter de le raccourcir par tout moyen. »
Et comment ça ?
« Les receveurs sont identifiés de longues dates. En revanche, un donneur histocompatible, c’est toujours une part de hasard. Un accident routier, par exemple, qui fournit l’essentiel des organes un peu partout dans le monde. Nous militons pour que chacun ait non seulement permis, par la législation de son pays, ou par déclaration individuelle, avant son décès, le prélèvement de ses organes, mais aussi qu’on puisse étudier très en amont sa « compatibilité HLA », à l’occasion de tests en milieu hospitalier, ou d’analyses biologiques. C’est assez simple que de cultiver un peu de sérum de chacun avec différentes classes de « compatibilité HLA ». Au moment du décès, on affine, parfois après la transplantation. »
Intéressant.
 
« Le plus intéressant est d’avoir des patients en phase terminale de vie dont on sait qu’ils ont fait savoir qu’ils ne sont pas contre un prélèvement. Là, il est possible d’identifier le meilleur receveur, quitte à approcher ledit receveur potentiel du lieu où se trouve être maintenu en vie le donneur. Après, la nature fait son œuvre et il est possible d’intervenir dans les meilleures conditions possibles ! »
Et Paul qui pensait que tout cela était « anonymisé ».
« En France, la loi de bioéthique précise que « Les règles de répartition et d'attribution des greffons doivent respecter le principe d'équité. ». Les règles de répartition sont publiées sous forme de décrets. La liste nationale d'attente, qui regroupe tous les patients en attente de greffe, est gérée de façon transparente par l'Agence de la biomédecine, qui est totalement indépendante des équipes de prélèvement et de transplantation, ce qui garantit son impartialité. Aucun patient ne peut être transplanté en France s'il n'a pas préalablement été inscrit sur cette liste. Il n'existe donc pas de possibilité de « passe-droit » pour les malades ».
Il ne doit pas y avoir un débat, sur cette loi ?
« Si ! Mais les difficultés portent sur les naissances, les FIV, les mères-porteuses, les travaux sur les cellules-souches et les embryons. Ton frère… Je peux te tutoyer, puisque nous sommes de la même famille ?... Devait nous apporter un éclairage expert et européen sur ces questions. Hélas, il a disparu », fait-elle dans un présumé sanglot trop bien maîtrisé, tel qu’il sonne faux. 
 
Et de reprendre, en prenant à peine le temps de respirer.
« Afin de réduire le temps d'ischémie, le choix du receveur tient souvent compte de la distance entre l'hôpital où se trouve le greffon et le centre de transplantation dans lequel le receveur doit se rendre dans les meilleurs délais. »
Ceci expliquant la raison du déplacement anticipé du receveur vers un donneur potentiel ?
Exactement.
« Lorsqu'un organe est destiné à être greffé dans un hôpital différent de celui où se déroule le prélèvement, deux possibilités existent : soit les chirurgiens de l'hôpital greffeur viennent réaliser le prélèvement et repartent avec le greffon, soit le greffon voyage seul jusqu'au lieu de la greffe, par voie routière, ferroviaire ou aérienne...  
S’il existe plusieurs receveurs potentiels à distance équivalente, la priorité est donnée au receveur pour lequel la greffe est la plus urgente ou à celui qui est inscrit en liste d’attente depuis le plus longtemps. Il faut noter également que les enfants de moins de 16 ans sont prioritaires. » 
 
Le choix du receveur se fait évidemment à l’exclusion de toute considération financière, sociale ou ethnique, du moins dans la majeure partie du monde occidental.
« Le conditionnement du greffon a pour but de préserver sa qualité ainsi que sa stérilité : l’organe est conservé par le froid à 4° C dans un container en plastique ressemblant à une glacière dans lequel des glaçons pilés maintiennent la bonne température. Ce conditionnement est étanche et assure à l’organe la protection contre les chocs. À l’intérieur du container se trouve soit une boîte en plastique stérilisé, contenant les vaisseaux sanguins et autres, soit une boîte en acier inoxydable, pour le foie uniquement, qu’accompagne chaque organe, plus une boîte « immunologique » comprenant un fragment de rate, des ganglions, des tubes de sang, destinés aux tests de compatibilités ultimes, le « cross-match... ». Pour le rein, le conditionnement est très particulier car il est en PSE ce qui en fait un récipient isotherme et fortement résistant aux chocs. »
Mais la grande hantise de ce type d’opération, qui reste complexe car il faut non seulement revasculariser l’organe implanté, mais tout autant le ré-innerver du mieux que l’on peut, c’est le processus immunologique par lequel l’organisme d’un receveur se défend contre l’intrus qu’est pour lui le greffon ou tout transplant allo-génique, c’est-à-dire provenant d’un donneur ayant une constitution génétique différente.
« Le système de défense de l’organisme reconnaît le greffon comme un hôte étranger. Sans thérapie médicamenteuse antirejet, les lymphocytes T, les plus petits des globules blancs, vont détruire progressivement le greffon. Ce processus immunologique est responsable de la formation de caillots dans le greffon obstruant progressivement tous les vaisseaux de l’organe. En cas de rejet total et définitif, le greffon rénal, par exemple, sera de couleur violacée. »
Heureusement, cette crise de rejet peut régresser sous l’influence du traitement immunodépresseur, et même être définitive.
 
« On distingue le rejet aigu cellulaire. C’est le plus fréquent. Le rejet chronique. C’est une lente dégradation de la fonction de l’organe apparaissant plusieurs mois ou années après la greffe, faisant le plus généralement suite à un ou plusieurs rejets aigus antérieurs. »
Pour y faire face, les transplantés reçoivent à vie un traitement médicamenteux destiné à prévenir le rejet. Ces médicaments sont appelés immunosuppresseurs, car ils diminuent les défenses immunitaires de l’organisme.
L’interruption du traitement conduit le plus souvent au rejet du greffon, même après plusieurs années de bonne tolérance.
« Et on dispose à ce jour de trois grandes classes de médicaments, qui ont des actions complémentaires : Le Tacrolimus et la Cyclosporine, le Mycophénolate Mofetil, l’Azathioprine et le Sirolimus, et les Corticostéroïdes. Dans nos laboratoires, nos chercheurs nous en préparent de nouvelles générations avec les industriels. »
Un jour, si l’occasion se présente, elle lui fera un cours sur les tissus humains et un autre sur les mécanismes de la pharmacopée, toutes ces choses sur lesquelles travaille la fondation de son père.
« L’une des voies possibles et particulièrement intéressante pour le renouvellement des organes défaillants, c’est de travailler à partir de cellules souches de chacun et de recréer des organes complets sur du collagène de porc. Nous en sommes au stade expérimental, avec d’autres laboratoires. Si nous réussissons, le donneur sera le malade lui-même. Et on pourra se passer de prélèvement sur des cadavres ! »
Belle perspective, s’il en est. 
 
« Mais je ne suis pas là pour ça, Paul. La disparition de ton frère me cause un très grand préjudice. Affectif, comme tu peux l’imaginer, mais tout autant matériel : où vais-je dormir, ce soir ? »
Mais chez toi, belle-sœur !
« C’est l’appartement de Jacques. Et je suppose que ses enfants ont un droit de regard sur tous ses biens, puisque nous étions mariés sous un régime de séparation ! »
Certes. Mais la loi prévoit que l’épouse ne soit pas dépouillée pour autant.
« Ne t’en fais pas. La succession de Jacques n’est pas encore ouverte. Il faut d’abord qu’un tribunal constate son décès, ce qui va demander un peu de temps. Ensuite seulement les notaires seront convoqués pour préparer sa succession et il est possible que Jacques ait fait un testament en ta faveur, va savoir ! »
Et puis cherchant dans ses poches : « Il m’a d’ailleurs confié ses clés avant que nous décollions. Je te les donne. »
Elle ne veut pas non plus apparaître âpre au gain. Les enfants d’abord !
« Ne t’en fais pas. La loi règle ce genre de choses. Tu n’as pas de souci à te faire. Rentre plutôt chez toi. Mais passe un coup de fil si tu as un problème. »
Et s’ils dormaient ensemble, le premier soir ? Elle a peur de se retrouver seule, le premier soir.
Là, Paul ne comprend pas.
« Tu n’as jamais vécue seule jusque-là, même la nuit ? »
« Excuse-moi. Je ne voulais pas que tu comprennes de travers. Mais il faut que je fasse mon deuil. »
Et elle n’a pas quelques amies à appeler à l’aide, pour ces premières soirées ? 
« Si, si, bien sûr. Je vais m’en enquérir. Je n’imagine pas passer cette nuit chez nous, toute seule… Tu sais, je suis horriblement triste. Jacques était un époux merveilleux, même si on ne se voyait pas assez souvent. Mais il avait ses occupations professionnelles et politiques et moi les miennes. »
Admettons.
 
« Dis donc Priscilla, est-ce que par hasard tu connais un certain Philips McShiant ? »
Là, elle s’est raidie très nettement.
Pourquoi pose-t-il cette question ?
« Une coïncidence. Simplement, j’ai rencontré le bonhomme il y a quelques jours et il m’a parlé de la fondation de ton père avant que je ne sache que tu sois ma belle-sœur. Il voudrait que je me présente pour être membre d’un comité stratégique quelconque. »
Une excellente idée, se reprend-elle.
« En effet, mon père et la génération des « sages » qui l’entoure se fait âgée. La dernière fois qu’ils se sont réunis, c’est mon père qui leur a imposé de « renouveler les cadres »
Comme ça, on pourra se revoir. Et Jacques restera plus facilement dans nos souvenirs si tu viens passer un peu de temps avec nous.
Si tu veux, je t’invite à Montréal dès que tu as un moment. Préviens-moi juste quelques jours avant que je puisse te faire visiter moi-même nos installations.
J’aurai peut-être même l’occasion de te faire des analyses d’histocompatibilité, si tu veux bien. Comme ça, le jour où tu auras besoin d’un organe, on saura t’en procurer un ! » s’exclame-t-elle.
Où l’inverse !
« Comment ça ? »
« Si je suis histocompatible avec l’un de tes malades, je peux aussi devenir un donneur pré-consenti ! »
« En effet. Tu ne crois pas si bien dire », conclue-t-elle avant qu’ils ne se séparent.
« Ça marche en effet dans les deux sens. »

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