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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

mardi 23 juillet 2019

Chapitre III – Paul de Bréveuil

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
« Normalement, je ne devrais pas vous recevoir. Ces locaux sont sous la protection du secret-défense. Mais… »
Secret-défense, un immeuble de bureau anonyme sans grand intérêt et sans même un planton en arme à l’entrée, la rousse constellée de taches de rousseurs de façon presqu’indécentes exagère sûrement !
« … l’actionnaire m’a prévenu hier de votre arrivée et m’a demandé de vous recevoir. »
Il est devin ?
Ou alors ils sont très forts, dans cette boîte aux logiciels prédictifs si mystérieux…
 
Si Alexis était décidée depuis l’avant-veille, un contretemps l’avait empêchée de mettre « son plan » à exécution rapidement : même elle ne savait pas encore hier matin…
Un « plan » qui consiste à se planter devant la porte d’entrée et d’appeler la « Nathalie », ce qu’elle n’avait pu faire que le matin même…
« Suivez-moi : je vous accompagne ! Ah… Pas d’appareil photo, pas de dispositif d’enregistrement, ni de téléphone portable dans cette enceinte. Laissez vos matériels ici, vous les récupérerez à votre sortie. »
Elle va donc ressortir : c’est déjà ça de rassurant, s’amuse-t-elle !
 
Nathalie la pilote par l’ascenseur jusqu’au second étage et l’enferme – à clé – dans une petite pièce. Un plafonnier, une table, une chaise, probablement un miroir sans-tain sur le mur de gauche, des fils et un clavier, une souris sans fil, un écran de bonne taille et des mini-caméras qui clignotent aux quatre coins du plafond, c’est sommaire et finalement inquiétant.
« Ça veut dire quoi, ce procédé ? »
Pour le moins plutôt en contraste avec la première impression…
« Je vous mets en relation avec le « Grand patron ». Il veut vous parler. Quand vous en aurez terminé, vous cognez à la porte et si la voie est libre, je viens vous ouvrir dans la seconde… »
Nathalie manipule la souris, l’écran s’anime : « Patron ? À vous ! »
« Oui. Merci Nathalie. Bonjour Alex. »
Quelle familiarité : il l’appelle déjà par son surnom, directement et sans même se présenter !
Et aucun visage n’apparaît sur l’écran. Seulement l’image d’un lagon sous la lumière d’un improbable après-midi finissant, probablement en direct.
La liaison n’est pas fameuse, il y a comme un écho, mais ça reste praticable.
« Désolé de ne pas avoir été là pour vous accueillir, mais je suis actuellement sur un atoll des Chagos et ses petits problèmes d’intendance, au beau milieu de l’océan indien. Ne vous en faites pas, nous nous croiserons rapidement. »
Il ne lui laisse même pas le temps de placer un mot, pas même répondre à son bonjour et il finit enfin par se présenter : Paul de Bréveuil.
Noté…
 
« J’ai besoin de vous. Acceptez-vous de devenir mon biographe officiel ? »
Pardon ? Elle était juste venue chercher des photos de sa mère… au démarrage !
« Ne réfléchissez pas : j’en sais beaucoup plus sur vous que vous-même… »
Il veut dire quoi par-là, le « grand patron » ?
« J’ai croisé votre mère il y a quelques années à Koweït-city. Je peux d’ailleurs vous dire que vous lui ressemblez. Sauf son handicap facial peu commun… En bien mieux en somme. Je sais aussi qui était votre père… Je dis « était » car il aura rendu l’âme à Dieu un peu plus tard. Désolé. »
Mais comment sait-il tout ça, lui derrière son écran situé à l’autre bout du monde ?
Son logiciel présomptueux ?
« Non.  Il n’y est pour rien. Il n’existait pas à l’époque de votre conception. En revanche, il a été utile pour vous identifier il y a quelques jours. Mais ce n’est pas ça qui me préoccupe. »
Et quoi donc alors ?
 
« J’ai un souci avec « Charlotte ». Elle a disparu et est devenue « intraçable », invisible sur nos bases de données. En fait pas tout-à-fait : on surveille, depuis là où vous vous situez, l’endroit où elle va borner avec son téléphone. Ainsi que celui d’Aurélie, son associée. »
Un peu lacunaire, comme présentation…
« Comment vous expliquer ? Disons qu’il y a des « nuisibles » qui cherchent la plus mauvaise façon de m’atteindre. Et pour ça, ils s’en sont pris à Charlotte. Probablement une mauvaise pioche : il aurait été plus efficace pour eux de s’en prendre à mes gamins ou à leur mère. Mais comme ceux-là sont étroitement surveillés, ils n’ont probablement pas osé. Alors c’est ma copine Charlotte qui prend les coups. »
S’il sait tout, il aurait pu l’avertir, lui faire bénéficier d’une protection, la mettre à l’abri.
« Oh, mais c’est ce que nous avons fait, bien entendu. Sauf que Charlotte n’en fait jamais qu’à sa tête, la bourrique !
Et puis ce qui est écrit est écrit : on n’y change rien. Mais du coup, j’ai besoin de vous pour aller remuer un peu la gadoue dans les yeux desdits « nuisibles ». »
Mais ça peut dangereux, ça !
« Oh rien de véritablement dangereux pour vous, mais votre seule présence dans « le circuit », à détailler ma bio va les faire bouger.
Ceci dit, si je vous embauche comme enquêtrice à charge pour vous d’enquêter sur moi afin d’en tirer une biographie, à 3.000 euros par mois pour un CDI longue-durée, plus les avantages de la maison, primes, bons d’essence, les fameux tickets-restaurants et une mutuelle. Vous ne pouvez logiquement pas dire non… »
Trois mille euros par mois, elle n’aura jamais eu autant d’argent à la fois !
Et si c’est un « CDI-longue durée », elle va pouvoir aussi rembourser ses crédits plus facilement…
 
« Et si je dis non ? Qu’est-ce qui va se passer ? »
C’est prévu : « On refile le bébé à l’une de mes équipes. Mais vous ne direz pas non. Vous avez 48 heures pour me faire savoir par l’intermédiaire de Nathalie que vous acceptez et je vous donnerai le nom de votre père à la fin de votre première mission. »
En prime…
Pourquoi pas tout de suite, comme d’un « cadeau de bienvenue » ?
« Parce que… idéalement je voudrais que vous le découvriez toute seule. Je fais le reste du chemin quand vous aurez atteint la moitié de votre parcours entre la dizaine de noms potentiels que vous avez déjà repérés.
Quand il ne vous en restera plus que deux, je vous dirai.
Mais avant, il faudra que vous mettiez… en émoi mes « méchants » ce qui va vous obliger à fouiner un peu et ça tombe bien, puisque votre rôle de biographe c’est justement de fouiner. »
Logique…
« Et je vous signale que Charlotte fait métier, entre autres, de rechercher dans le passé les personnes disparues. Elle est assez douée !
Vous en avez eu la preuve, me semble-t-il. »
 
Pas très clair, tout ça, surtout présenté comme ça.
Mais d’un côté, un salaire de 3.000 euros, de l’autre un délai de 48 heures pour apporter sa réponse, et enfin les mystères sur sa filiation qui pourraient s’éclairer…
Un choix pas vraiment cornélien.
Sauf que ce qu’Alex ne le sait pas encore, c’est que si elle accepte, elle entre dans une aventure « hors toutes normes » qui va lui faire vivre des moments… stressant et bouleverser sa vie.

lundi 22 juillet 2019

Chapitre II – Une rencontre

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Jusqu’à ce qu’elle participe à un salon de l’art photographique dans la capitale, envoyée presque de force par son agence qui lui a dégoté deux rendez-vous « d’artiste » de renom sur place avec mission de les interviewer et d’en faire un « 600 mots ». L’art moderne réuni sous les hospices d’un « événement » quelconque, sans grand intérêt, ce n’est pas vraiment sa tasse de thé.
Alexis reste insensible.
D’autant qu’on y croise une faune plus habituée aux soleils nocturnes de la ville qu’aux merveilles des lumières de l’aube naissante.
 
Sont présents en cette fin d’après-midi quelques « artistes » mis à l’honneur qui vous parleraient durant des heures et des heures de leurs « créations » argentiques (ou retouchées avec Photoshop), de leurs heures de labeur, de leurs « traits de génie » forcément indiscutables, donnant là des interprétations sur leur « moi-existentiel-profond » qu’ils s’imaginent probablement après-coup et qui sont également probablement sans intérêt véritable autre que d’être le centre de leur monde à eux…
Le « nombril des autres », même ceux des génies, ça lui passe largement au-dessus de la tête : elle a déjà assez à faire avec le sien et sa solitude affective.
Mais elle fait le boulot, couvrant son carnet de notes griffonnées qu’elle est la seule à pouvoir déchiffrer après-coup.
 
Est-ce aussi une occasion de trouver « un bon parti » assez friqué pour lui adoucir son train de vie ?
Son horoscope matinal l’avait annoncé…
Sauf que ça doit être un trait commun des « génies » et des « friqués » : il y a là une forte densité d’homos rassemblés qui se jouent la comédie de la séduction sans talent, en pense-t-elle après un rapide tour d’horizon.
Il faut dire qu’il y en a qui font ça très bien, sachant focaliser sur eux tous les regards rien qu’en « apparaissant » : il y aurait plusieurs livres à écrire sur le sujet !
Et dans le lot, par hasard, elle croise « Charlotte » de la « CIA » (Charlotte Investigations Agency, pas la centrale d’espions étatsunienne, mais ça doit être fait exprès comme pour faire préciser le nom…) qui, un peu pompette et accompagnée d’une sorte de grande jument dénuée de charisme et qui expose deux clichés. Là « rondelette » en profite pour préciser qu’elle se fait fort de retrouver n’importe qui, n’importe où, même le masque de fer…
Hors sujet, la prétentieuse !
« Moi, je cherche ma mère. »
Qui ça ? L’élu écologiste ?
Facile et pas drôle…
« Elle est morte et je n’ai aucune photo d’elle. »
Son père doit en avoir…
« Je ne connais pas mon père… »
Pas de trace.
« Ah, voilà qui est intéressant… Donnez-moi votre numéro de portable. Et si je vous retrouve l’un ou l’autre, feriez-vous un « papier » sur nous, par hasard, dans votre canard ? »
Camille ne sait pas bien si c’est possible, mais comme il lui semble improbable que cette dinde soit capable de quoi que ce soit, d’autant qu’elle ne lui demande aucun nom, même pas le sien, elle accepte.
 
Et elle repart dans sa forêt, ne sachant pas comment écrire un papier « intelligible » de six cents mots sur ce salon-là…
Tout juste peut-elle s’inspirer des nombreux flyers et « communiqués de presse » des agences de communications qui entourent l’éphémère événement-exposition, plus ses quelques notes.
Mais pour être originale, ça ne va pas être facile.
Ce n’est que la semaine suivante, alors qu’elle ne pensait plus à ce bref épisode, accaparée par d’autres sujets, que son passé lui saute à la figure.
« Mademoiselle Alexis Dubois ? Charlotte Maltorne de la CIA. Vous vous souvenez, nous nous sommes rencontrées il y a cinq jours de ça à l’occasion d’un vernissage où mon associée exposait deux clichés… »
Oui elle se souvient… La petite-boulotte dont le nez bouge de haut en pas quand elle parle et la grande efflanquée, décharnée à faire peur…
« Je me permets de vous appeler car nous avons retrouvé quelques traces de votre mère et même peut-être celle de votre père biologique, même s’il reste un doute. »
Pardon ?
En si peu de temps ?
Et une photo ?
« Et des photos d’identité, permis de conduire, passeport et copie de carte de presse. »
Pas croyable !…
Comment a-t-elle fait ?
« Venez dans nos locaux d’Issy-les-Moulineaux, disons dans… la semaine prochaine, vers 10 heures, je vous expliquerai. Vous vous souvenez de votre promesse ? »
Laquelle déjà…
« Un petit papier sur nous et nos activités à proposer à votre rédaction. Pour cela, il faut que je vous explique comment on travaille pour la sécurité de nos clients. Un peu de publicité, ça ne fait de mal à personne, n’est-ce pas ! » finit-elle en riant.
Et elle lui donne une adresse rue Guynemer, sur les terrains des anciennes usines Latécoère et autres diverses compagnies, désormais recouverts de bureaux de standing.
Un rendez-vous qui n’aura pas lieu.
 
La semaine suivante, Alexis est accueillie dans un bureau clair et en étage, au mobilier des plus succincts par « DD » (pour « Disque-Dur »), une sorte de boule de suif mal attifée, des rondeurs exagérément proéminentes un peu partout, affublée, derrière de deux montgolfières, devant de deux ballons de basket surmontant un énorme ballon de rugby qui se développe en bibendum Michelin autour de la taille.
Un phénomène visuel.
D’autant que pour rendre plus comique l’ensemble, comme d’une caricature de la « Vénus hottentote » – plus connue sous le nom de Saartjie Baartman, de son vrai nom Sawtche – le crâne est en forme de poire, de la taille d’un ballon de handball que mange une paire de narines volumineuses, surmontées de globes oculaires de la même taille approximative et s’ouvrant sur une bouche démesurée ornée de larges et pulpeuses lèvres rouge-sang, habitée de dents d’une blancheur éclatante : plus blanc que blanc, tu ne fais pas !
Et, comme d’un couronnement perpétuel, elle est coiffée d’un gros chignon de cheveux crépus noir-anthracite en forme d’ananas retenu par un foulard rose du meilleur effet : c’en est presque comique !
« Asseyez-vous. La patronne est manifestement en retard. Et je n’arrive pas à la joindre sur son portable. Je lui laisse un message. »
L’accent est typique « titi-parisien »…
Bien-bien.
 
Elle a peut-être laissé un dossier pour Camille.
« Naturellement. Je peux vous le montrer en attendant. »
En attendant quoi ?
Manifestement Charlotte lui aura posé un lapin.
Elle accepte le café type « jus de chaussette » proposé par la boule de suif et s’installe dans le fauteuil du bureau lui faisant face.
Pour parcourir le « fameux dossier ».
Copie de carte de presse, de passeport, de permis de conduire : et c’est la grosse surprise de sa vie !
Telle qu’Alexis pense d’abord qu’on se moque d’elle.
La dame représentée comme Camille Dubois, sa mère, est défigurée par un bec de lièvre mal reformé… Une horreur !
Le nez est exagérément épaté, la lèvre supérieure exagérément étirée !
Ce n’est pas possible d’être ainsi autant défigurée…
Ça ne peut pas être sa mère, sa grand-mère lui aurait expliqué d’abord, parlé de ça pour expliquer cette absence de portrait de sa fille…
Or, elle ne l’avait jamais fait.
C’est pourtant bien là sa mère : les papiers d’identité en attestent, alors on comprend mieux pourquoi il n’y avait dans ses affaires aucun portrait de face de Camille, hors ceux pris de loin.
En revanche, les traits correspondent.
Voilà un « secret de famille », bien bénin, qui est enfin dévoilé !
Mais qui n’explique pas tout.
 
Elle parcourt la biographie succincte, des dix dernières années de Camille, réunie par « Charlotte » : ça correspond à ce qu’Alexis savait de ses trente années de sa vie sur ce globe.
Un destin gâché par une nuit de pluie abondante et un poteau électrique planté au bord d’une route.
En atteste le rapport de gendarmerie et celui des pompiers locaux intervenus en « premier secours » dont Alexis peut lire les copies : morte sur le coup, ceinture de sécurité probablement mal bouclée…
Ou pas du tout.
Elle aura fini par se défigurer totalement contre le volant de sa voiture !
Comment la « CIA » – pas l’homonyme états-unien, mais la petite agence d’investigation de « Charlotte » – avait-elle pu réunir si facilement et si rapidement tous ces documents ?
Quelle était leur authenticité ?
Un journaliste, ça vérifie ses sources : une habitude, une seconde nature, même.
« Vous êtes sûre qu’elle va venir à notre rendez-vous, votre patronne ? »
La boule de suif lève le regard de son écran et clavier. Elle regarde l’horloge murale.
« Vous avez raison de m’inquiéter… Il y a quelque chose de pas normal. J’appelle. »
 
Le premier numéro aboutit avec obstination sur la boîte vocale de l’appareil récepteur.
« Je vais essayer celui de son associée… Elles sont rentrées hier soir de Moscou… Et le décalage horaire n’est pas si impressionnant que ça pour une telle « panne d’oreiller ». Il doit y avoir un contretemps. »
L’associée, Alexis l’avait déjà croisée : c’est probablement la grande efflanquée …
Même punition après plusieurs essais.
« Je ne comprends pas… À cette heure-ci, l’une ou l’autre aurait déjà dû m’appeler depuis longtemps pour m’engueuler ou me coller une corvée à faire en urgence… »
Un ange passe…
« Je vais essayer autre chose… » et elle se ressaisit du combiné téléphonique.
Là, manifestement on décroche : « Bonjour Nathalie. Votre père est là … ? »
Probablement que non.
« Bien. Charlotte n’y est pas non plus, j’imagine… »
De toute façon, il n’était pas prévu qu’ils se rencontrent.
« Ah… Oui, je comprends. Et est-ce que par hasard vous pourriez la géolocaliser, elle ou Aurélie… J’ai son rendez-vous qui poireaute ici depuis un moment, et je n’arrive à joindre ni l’une ni l’autre. Je voudrais savoir si elles sont en route ou non ? »
Géolocaliser s’interroge Alexis ?
Elles sont équipées de puces émettrices sous la peau, ou quoi ?
 
L’appel ne dure pas : « Merci pour le dérangement. »
« Désolée Madame » fait-elle à Alexis une fois le téléphone raccroché. « Il semble qu’elles se soient volatilisées ».
Comment sait-elle ça ?
« Oh, moi je ne sais pas. Mais notre entreprise a un accord avec une autre que je viens d’appeler, qui est capable, avec ses capteurs, de positionner en temps réel tous les téléphones portables qui circulent en ville… »
Réflexe de journaliste : quelle entreprise ? Privée ou publique ?
« Privée, strictement privée. Il s’agit de la CISA située à Kremlin-Bicêtre. »
Et… elle peut prendre contact avec des responsables sur place ?
« Ça, je ne sais pas… Dans quel but ? »
Mais elle aussi cherche Madame Maltorne…
Et pour quelle raison ?
« Nous avions rendez-vous, Je devais faire un « papier » sur votre entreprise, et j’aimerai bien comprendre comment à partir de rien, elle a pu réunir autant d’informations sur ma mère… »
Oh ça, c’est simple ! La secrétaire peut lui donner un « dossier de presse ».
Un « dossier de presse » bien mal fagoté, qui tient en quelques feuillets, mais c’est un début.
 
« Vous avez dû lui donner votre numéro de portable ou « borner » en même temps qu’elle sur un même relai de smartphone, ce qui a permis de vous identifier… »
Et puis ?
« Bé… je ne sais pas tout naturellement, mais avec les logiciels de la CISA, il est tout-à-fait possible de relier entre-elles des personnes qui pourraient « faire menace » en un lieu déterminé. C’est notre savoir-faire à nous : on participe ainsi à identifier les menaces qui pèsent sur nos clients quand ils se déplacent en France. Elles appellent ça la sphère de sécurité. »
Intéressant. Et ?
« Bé, je ne sais pas, mais avec des logiciels de reconnaissance faciale, il est assez facile de relier un numéro fiché avec un portrait, donc une identité. Et à partir de là, elle a dû lancer les robots butineurs sur vous puis étendre la recherche sur vos ascendants. Très facile avec les logiciels d’intelligence artificielle de la CISA… »
Il faut qu’elle les rencontre, ceux-là : ça fera un papier formidable !
S’il est accepté par son agence…
« Essayez ce numéro et demandez Nathalie. C’est la responsable sur le site, ma correspondante. Ou son père, l’amiral Morte de l’argenterie, je crois… »
Un amiral ?
Une entreprise publique ou privée dans laquelle il « pantoufle » ?
 
Le numéro de téléphone ne sert à rien avec les bottins inversés. Même l’adresse de la boîte n’est pas connue dans les fichiers du journal. En revanche, il y a « une brève » concernant la CISA : Charlotte Investigation Security Agency.
Que des Charlottes dans ce milieu-là !
Qui retrace la création d’un logiciel expert nommé « BBR », il y a quelques années de ça.
Il paraît même qu’il serait capable de prévoir des attentats terroristes, puisqu’il a été conçu pour ça[1].
Étonnant, si c’était vrai !
Mais ça pourrait expliquer le nombre impressionnant d’attentats déjoués annoncé par les autorités du pays, depuis quelques mois…
Et au registre K-bis, on retrouve assez aisément l’adresse de son siège social, justement au Kremlin-Bicêtre, déjà cité dans la conversation avec « DD » !
Ce sont eux qu’il faut qu’elle rencontre…
Il n’y a plus qu’à se rendre sur place et demander à voir la fameuse Nathalie. Là, sans prévenir pour éviter d’avoir à essuyer un refus, même poli.
Ce sera pour le surlendemain.
Alex s’enfonce dans une affaire qui la dépasse et ne le sait pas encore, ce jour-là, mais c’est pour elle le commencement d’une nouvelle vie…


[1] Cf. « Les enquêtes de Charlotte », épisode « Laudato sì… » aux éditions I3

dimanche 21 juillet 2019

Chapitre Ier – Enterrement

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Un mardi matin, blafard malgré la lumière du printemps. Cimetière parisien de Gentilly, coincé entre le périphérique sud, encore saturé à cette heure-là, la rue Sainte-Hélène, la préfourrière et le stade Charléty, du nom d’un recteur de l’académie de Paris de l’entre-deux-guerres, qui dresse ses gradins vers le ciel gris et chargé de bruine…
C’est là que Michel Jazy y battra le record du monde sur 2.000 mètres, en 1962.
En 1968, « le Charléty » fait de nouveau l’actualité le 27 mai, où se tient un gigantesque meeting de l’Union nationale des étudiants de France, l’un des événements marquants de mai 68, qui réunit 40.000 personnes en la présence de Pierre Mendès France s’imaginant bien pouvoir récupérer le mouvement étudiant…
À part ces détails et la muraille de HLM bâtie entre le boulevard Kellermann et l’avenue Caffieri qui font face aux « beaux » hôtels et immeubles de bureaux de la rue du Val de Marne à Gentilly même, il n’y a rien que le cimetière et son silence tout relatif contrastant avec la rumeur du périphérique, ses bruits de moteurs ronflant dans le tournant.
Même pas un marchand de fleur ni la moindre enseigne de marbrier !
 
Alexis est accompagnée de trois personnes pour porter en terre sa grand-mère, Dominique Dubois, née Desherbes, dite « triple D » dans sa banlieue et de son vivant dans les encore chauds souvenirs qui accompagnent avec tristesse sa dépouille, ce jour-là.
Une personne dont tout le monde dit dans son quartier que c’était une « brave femme », gentille, toujours prête à rendre service, rapporte l’une de ses trois voisines présentes ce jour-là.
Une « bonne voisine » en somme, qui laisse aussi un « bon souvenir »…
Son cercueil coiffera pour une longue éternité celui de la fille de cette dernière, Camille, qui surmonte celui du père de cette dernière, Claude.
Il reste une place qu’occupera à son tour « Alex », un jour qu’elle espère lointain, la seule femme de la troisième génération…
 
C’est là que, cette dernière remarque lui fait toucher du doigt ce qui ne l’avait jusqu’alors jamais effleuré l’esprit : tous les prénoms de cette « courte famille » son ambivalent, « non-genré ». Claude, Dominique, Camille et même Alexis, le sien, se portent aussi bien au masculin qu’au féminin.
Même si le sien n’est finalement plus courant que dans le monde anglo-saxon et pas ailleurs.
Car « Alex », le surnom par lequel tout le monde l’appelle dans son entourage, est une rousse tirant sur l’auburn avec l’âge, aux cheveux retenus par un petit chignon qui laisse échapper quelques mèches rebelles, portant des lunettes à monture… rouge.
Une femme grande et élancée malgré ses allures de garçon manqué.
La charpente osseuse est conséquente, mais ce sont surtout ses séances de musculation qui la rendent un peu « hommasse ».
De toute façon, elle n’a jamais pris soin de son apparence physique, elle n’a jamais porté de jupe ni de robe et quand elle s’habille « moulant », ce n’est pas sa poitrine insignifiante qui font se tourner les têtes, mais son large sourire illuminé.
 
Tout-à-l’heure, quand la pierre tombale sera de nouveau scellée, elle repartira chez elle, accueillir le camion des déménageurs qui ont vidé la petite maison qu’occupait sa grand-mère et où Alexis aura grandi en l’absence de sa mère qu’elle n’a pas connue. Très peu de photo de sa mère et même de son grand-père d’ailleurs, mais des cartons pleins entiers de souvenirs qui meublaient la grande armoire entre le linge de maison et les vêtements de Dominique, les étagères de la cave et les chaussures, et se partageaient le bahut breton avec la vaisselle, celle des dimanches. Il aurait fallu qu’elle fasse le tri « avant » plutôt qu’après ce déménagement : ça aurait coûté moins cher (et aurait peut-être fait quelques heureux… Car on ne croule pas sous la richesse dans sa banlieue : les jours sans pain sont plus nombreux que ceux d’abondante pitance).
Chez elle, elle aura tout le temps nécessaire pour trier, brûler, ou conserver les souvenirs de toute une vie.
C’est aussi un peu la sienne …
 
Alexis habite Milly-la-Forêt, un peu plus au sud que Dannemois et le moulin de Claude François, « l’illustre voisin » en périphérie de la forêt de de Fontainebleau.
Loin de chez sa grand-mère…
Encore plus loin aujourd’hui.
Ce matin-là, elle reste seule avec son chagrin.
Seule et désemparée.
Très triste.
Mais cette tristesse ne sera rien à comparer de celle qui s’annonce, quand dans l’après-midi les déménageurs auront posé les cartons et meubles de sa grand-mère chez elle.
 
C’est grand chez Alexis, une maison d’architecte, probablement bâtie avec des « matériaux tombés du camion » et quelques dessous de table…
Qu’elle a pu acheter à son copain du moment pour trois fois rien tellement lui-même était poursuivi par ses créanciers, avant qu’il ne disparaisse dans la nature et de sa vie…
Mais c’était limite.
Deux bâtiments de plain-pied entourés d’arbres. L’un aménagé en duplex avec une mezzanine, haute de 4,5 mètres sous ferme où elle avait aménagé une salle de musculation et un mur d’escalade pour y recevoir des adeptes de la varappe en forêt voisine qui logent en principe dans le bâtiment secondaire, tout équipé, pour se reposer et se décrasser, sa seconde source de revenu.
Dans les faits, Alexis est journaliste.
Plutôt « pigiste ». Elle est payée « à la ligne » sur des thèmes imposés par son agence de presse.
Il parait qu’elle a du talent… comme sa mère Camile Dubois.
Mais même le talent, ça ne paye pas, loin de là !
 
Dans les semaines qui suivent, entre deux piges et la réception de ses visiteurs « varappeurs », elle brûle les meubles de sa grand-mère dans le fond du jardin ou sa grande cheminée, ceux qui sont vraiment trop moches avec le temps et ses affronts pour être devenus totalement invendables, récupère ce qui reste d’encore « acceptable », trie les souvenirs de sa grand-mère et lave ses vêtements en vue de les donner à la Croix-Rouge du canton, ou au Restaurant du cœur le plus proche.
La mère d’Alexis, Camille Dubois… Il n’y a aucun portrait d’elle où on la voit dans le détail de ses traits et de face.
De profil et de loin, elle a une silhouette longiligne, plutôt flateuse.
C’est très curieux et même très quelque peu intrigant.
Au fil de la semaine, Alex a le temps de faire le tour des coupures de journaux religieusement conservées par sa grand-mère.
Et ainsi reconstituer, un peu, la carrière de sa mère.
 
Effectivement, pigiste comme elle, mais diplômée de lettres modernes et concours général des lycées en version latine, école de journalisme, piges pour quelques quotidiens nationaux et de province, puis le concours de l’AFP.
1988, elle est nommée correspondante de l’agence à Ryad. 1990 elle est adjointe de l’antenne de l’agence à Koweït-city où elle acquiert la notoriété qui la fera propulser à Washington comme attachée culturelle de l’AFP pendant quelques semaines…
En 1991, elle rentre en France pour donner naissance à Alexis. Et elle disparaît tragiquement dans un accident de voiture sur une flaque d’eau après un départ en aquaplaning sans jamais avoir pu en faire ni plus ni mieux, pas même de rentrer à Washington.
Le dossier « Guerre du Koweït » est le dossier le plus fourni : Camille aura été celle qui a révélé au monde l’invasion du pays par la division blindée « Hammourabi » de Saddam Hussein qui aura réduit un État souverain en simple 19ème province en moins de 48 heures[1] !
Quelle chance pour une journaliste, sans vouloir être cynique …
 
Dans ce qui ressemble à un journal intime de l’époque, perdu parmi d’autres, tous griffonnés de notes et de croquis, un examen particulier de ceux de 1990/91, période approximative de la conception d’Alex, signalent plusieurs noms, des photographes d’agence (un anglais, un koweïtien, un français, un italien et un journaliste américain) parmi beaucoup d’autres, dont ceux de ses collègues et relations à Koweït-city dans les personnels de l’ambassade, les officiers militaires et officiels, les visiteurs de ce micro-État véritable éponge à pétrole.
Hélas, rien ne suppose quelques relations intimes particulières…
Le père d’Alex n’est pas mentionné, même dans ses courriers à sa mère.
Dans l’idéal, il faudrait retrouver tous ces gens-là pour qu’ils puissent lui parler de sa mère.
Mais à quoi bon ? C’était il y a plus d’un quart de siècle, les mémoires se seront estompées.
Camille avait alors 30 ans. Ses supérieurs devaient désormais être tous à la retraite quand ils n’ont pas été emportés par la vie.
 
Même si c’est son métier que d’éplucher les archives, qu’en ressortirait-il ?
Peut-être une photo de sa mère : celle qu’elle cherche.
Mettre un visage sur un prénom.
De sa grand-mère, elle en détient désormais plein, ainsi que d’elle, de tous les âges. Beaucoup moins de son grand-père, ici en uniforme, beau comme un guerrier, là au volant d’une 2CV ou encore en maillot de bain sur une plage normande ou bretonne.
De sa mère et de son père, elle n’en a aucune !
Comme si la génération avait été effacée, inexistante, seulement virtuelle.
Curieux, tout de même…
Alexis reprend ses activités habituelles, dormant seule la plupart du temps, entourée de ses chats.
Jusqu’à ce que…



[1] Cf. « Les enquêtes de Charlotte », épisode « Laudato sì… » aux éditions I3