Bienvenue !

Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

jeudi 31 août 2017

Ultime récit : Chapitre vingt-sixième


Le feu.

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

En suivant le cours de ce « ru », même si la pente vers la mer n’est pas très forte, Paul finit par déboucher sur une sorte de petit jardin, taillé dans une sorte clairière sise dans la végétation tropicale éparse, où poussent des tomates.
De vraies tomates !
Sublimes, même si elles ne sont pas très grosses ni très mûres…
Les « filles » se sont faites cultivatrices : incroyable !
Elles sont là depuis combien de temps ?
Comment sont-elles arrivées jusque-là ?
Qui sont-elles ? Des fugitives ou des proscrites ? Et pour quel crime odieux et barbare commis dans cette seconde hypothèse ?
Plus loin, ça ressemble à des radis, avec d’immenses feuillages et de toutes petites racines.
Les navets cultivés en aval sont quand même plus réussis.
Et alors, miracle, plus loin encore, guidé par les « filles », il y a des sortes de poules pleines de plumes qui vaquent en liberté. Ça donne des œufs, ces bestiaux-là, non ?
Tout cela ne vaut pas un trois étoiles du Michelin, mais c’est quand même suffisant pour faire un repas divin.
Sauf que tout est dégusté cru : pas de feu !
Même les œufs qu’il faut gober. Ce n’est pas qu’on manquerait si cruellement d’ustensile de cuisine, quoiqu’à part quelques bouts de bois taillés et des récupérations de la déchetterie de la plage, ce n’est pas Byzance non plus de ce point de vue-là.
Car Paul veut leur montrer comment il allume un feu avec deux bouts de bois secs et un peu de lichen…
Elles le regardent faire avec intérêt, assises en cercle autour de lui, lui-même assis en tailleur à même le sol, et puis quand elles commencent à comprendre, elles se mettent à pousser des cris d’orfraie !
Et bien sûr, pas d’explication avec leur logorrhée faite que d’onomatopées. Elles sortent d’où avec cette absence de langage et leur maigreur à faire peur à des anorexiques ?

Elles peuvent prononcer des consonnes, mais c’est dans un langage que Paul ne saisit pas, alors qu’elles ont l’air de pouvoir facilement communiquer entre elles. Paul devient d’ailleurs « bôô ». C’est vrai qu’il est beau, enfin… sans prétention il l’a toujours été aux yeux de la gente féminine, mais tout de même…
Et pourquoi cette peur du feu ? Impossible d’avoir une explication rationnelle.
Au moins au début de leur cohabitation.
Pareillement, à force de ténacité, Paul se fabrique une sagaie. L’arc et les flèches, une autre fois : il n’y a aucun outil et pas le moindre bout de chanvre assez résistant pour supporter d’être étiré afin de ployer un bout de bois…
Mais le lendemain, où il ramènera un second poisson pour le faire cuire, elles s’opposeront à sa tentative de faire du feu.
Là, ça ne vas pas être facile avec un régime d’œufs, de coquillages et de crudités…
En revanche, elles sont douées pour la cueillette de baies et de fruits plus gros qui ressemblent à des papayes. Et expertes dans l’ouverture des noix de coco qui viennent de tomber. Fraîches.
Quoique Paul s’essaye encore à grimper sur des cocotiers en bordure de mer qui ont l’avantage d’avoir poussé « pas droit », s’étirant vers le large en pente plus ou moins prononcée. S’il glisse et tombe, ce sera sur du sable…
Il se donne également un mal fou pour en faire tomber à coup de lancés de pierre. C’est beaucoup d’énergie pour un piètre résultat.

Les trois femmes dorment la nuit à même le sol, sous un petit abri fait de branchages de palmier-cocotier entrelacés. Et désormais Paul est invité.
Il faut dire que ça le change des cyborgs aux physiques « adaptables » à ses désirs, ceux à « géométrie variable ».
Là, on est quand même assez loin des lieux communs véhiculés par la culture cinématographique, par exemple d’un James Bond étalé sur une plage de sable avec une Ursula Andress qui sort quasiment nue de la mer avec ses formes divines pour venir séduire l’espion de sa très gracieuse majesté dans « Docteur No ». On est beaucoup plus proche de « Lost » ou « Koh-lanta », les caméras, l’équipe d’assistance et de soutien en moins, de Robinson Crusoé sans Vendredi et sans végétation généreuse, voire d’un épisode d’Exodus qui se serait échoué dans l’océan indien pour toute Terre-Promise.
Des clichés, ce sera une autre fois, réservés seulement à ce qui est télégénique, or là, personne ne l’est pour être plus proche de l’animalité de Cro-Magnon en mode « survie » !
Bref, la « belle-vie » dans l’Éden retrouvé, dans les livres seulement.
La séquence suivante a toutefois débuté par une sieste. Paul essaye de trouver le moyen de se raser : une barbe de quatre jours, ça gratte. Surtout qu’il va pour se décrasser dans les vagues. Ce n’est pas l’idéal, parce que si on ne se sèche pas rapidement, le sel se dépose sur la peau et les poils et ce n’est pas du meilleur effet.
Sa chemise et son pantalon font office de serviette à l’occasion, mais là encore, le tissu s’imprègne de sel et ça durcit le vêtement en séchant. Pas vraiment l’idéal, mais c’est mieux d’être propre dans des vêtements craquant de sel, que d’être sale dans des vêtements sentant la transpiration.

Première étape, sans aucune pudeur, les « filles » s’installent accroupies sur la plage et le regarde se dénuder entièrement. À la vue de ses fesses un peu ridées, comme le reste désormais, pour avoir salement maigri, elles gloussent de petits rires idiots.
Et quand il se retourne exhibant son sexe, elles se cachent les yeux mais mirent l’objet de leur gourmande convoitise avec délice entre les doigts.
Une fois ses ablutions faites, il s’étend sur le sable sec, à l’ombre, en slip. Histoire de finir de sécher. Là, curieuses, elles s’approchent prudemment, se posent, piaillent un peu et l’une, puis les deux autres, finissent par oser lui caresser le torse.
Les poils, tous ces poils, ça les perturbent. Elles, elles n’en ont que sous les aisselles et un peu sur les mollets. Le reste est dissimulé par leurs hayons, à moitié déchirés ici ou là.
Et puis « Hihi », celle qui a la chevelure la plus claire, avance sa main sur le slip.
Réaction immédiate de « Popol-au-col-roulé » qui se met à enfler…
La curiosité est alors devenue trop forte.
Le sexe de Paul est libéré, accueilli par des exclamations et des doigts maladroits.
La suite reste indécente à décrire … (1)

Elles ont beau ne vraiment pas être physiquement « attractives », mais alors pas du tout, notamment pour être dépourvues de « formes féminines », la plus « épaisse » ayant des seins en « goutte-de-lait », c’est quand même rassurant : ça fonctionne toujours !
« Hihi », la plus claire, de cheveu et de peau, le visage osseux. Mais elle a tout de osseux, comme ses comparses. On pourrait presque jouer aux osselets avec ses os saillants.
Petites fesses molles et inexistantes, poitrine désolante et flasque.
« Hoho » est beaucoup plus « mat » de peau, les cheveux toujours en bataille qui lui tombent au creux des reins. Elle paraît nettement plus jeune avec de vagues esquisses de « formes féminines », mais rien de très aguichant, il faut bien le reconnaître.
Quant à « Houhou », c’est elle qui se bat avec un chignon en perpétuelle décomposition. Elle est brune, la peau foncée, mais très… défoncée ! Elle a dû être « bien enveloppée » dans un temps lointain, avant son régime « bio » îlien imposé par les circonstances.
Outre ses perpétuels « houhouhou », elle a la voix douce et un sourire « mielleux ».
Paul les a baptisées comme ça au hasard de leurs onomatopées perpétuelles.
Et elles se reconnaissent alors pourquoi en demander plus, d’autant qu’elles ont aussi un prénom – et peut-être même un nom – mais c’est imprononçable, pas plus que mémorisable et de de toute façon, ça commence par leurs voyelles préférées…
Plus simple comme ça.

Quant aux étapes suivantes, elles se passent soit la nuit sous le petit faitage de feuillage, soit en mer ou sur la plage à l’occasion des ablutions quotidiennes de Paul, avant ou après la « cueillette » de quelques coquillages destinés à améliorer l’ordinaire végétarien, puisque la pêche et la chasse sont sans intérêt faute de pouvoir faire du feu.
« Houhou » est « mordue » et s’accroche souvent comme un poulpe avec ses jambes poilues et égratignées autour de la taille de Paul. En plus, c’est une rapide à jouir et très réactive…
« Hihi » est en revanche plutôt une peine à jouir, alors que « Hoho » s’extasie comme une gamine, à chaque fois qu’elle le peut, à la vue des éjaculations que Paul propose et qu’elle provoque volontiers : une douée.
Il n’empêche, tout cela l’éloigne de sa mission.
Paul fait donc de longues promenades pour découvrir « son » île, quitte à glaner encore ici et là des détritus éventuellement utilisables.

Et cette à cette occasion qu’il découvre, au loin et au nord, une « montagne », qui doit être une autre île située à la limite de l’horizon, grâce à des nuées d’oiseaux de mer et un nuage accroché au-dessus. Intrigué, il pense d’abord que les bestioles volantes planent au-dessus d’un banc de poisson.
Mais non, il y a bien autre chose.
Et Ô surprise, il perçoit de brefs éclats de lumière. D’abord, il pense avoir eu la berlue, une illusion d’optique, un coup de chaud sur le nerf optique, mais non : il s’agit probablement d’un rayon de soleil qui se reflète sur une vitre ou un miroir.
La vitre d’un bateau oscillant au mouillage semble nettement plus probable.
Découverte fantastique : il y a de la civilisation à quelques 10 milles nautiques, peut-être plus, peut-être moins, avec peut-être au bout un téléphone !
Il faut absolument qu’il se signale. Et comment faire avec un portable resté longtemps dans la poche de son pantalon d’origine et à la batterie épuisée ?
Eh bien en allumant un feu sur la plage, tout bêtement !
Ce qui ne va pas être facile avec les trois filles qui ont une peur bleue des flammes…
À moins que ce soit le fait qu’une fumée révélerait leur présence sur cet îlot ?
Il faut une explication et au soir, avec des gestes, il leur dit qu’il doit s’en aller d’ici.
Pas facile à faire comprendre…
Quant à leur expliquer qu’il reviendra les sortir de leur prison aquatique ensuite, encore moins !

Deux jours plus tard, il a amassé assez de bois mort sur la plage la plus septentrionale de ce bout de terre émergeante au-dessus des flots. Les trois filles ont disparu, sans doute cachées quelle que part où il ne saurait pas les trouver.
Le feu n’a pas pris du premier coup, et ce n’est qu’après le midi-solaire qu’a pu s’élever une mince colonne de fumée.
Il aura passé le reste de la journée à persister à alimenter ce foyer, en en profitant pour se faire cuire la chair d’un poisson plus gros que les autres qui a bien voulu se laisser approcher du bout de sa sagaie, avec l’idée de durer assez durant la nuit pour faire comme d’un phare.
Si avec ça, il n’est pas repéré, il faudrait envisager de confectionner une embarcation avec ce qui resterait de matériel flottant…

La première tentative ayant échouée, il lui faut recommencer le surlendemain.
Entre-temps le « potager » des trois filles a été « vidé » et la hutte démontée. Manifestement, elles n’apprécient pas l’initiative de Paul.
Mais comme lui ne compte pas vraiment vieillir ici, à passer son temps à se faire bouffer par les insectes ou à se retrouver au matin avec un lambeau de ses vêtements en moins, bouffé par les rongeurs du coin, il y met toute son énergie.
Et miracle, après un peu plus d’une semaine de « stage de survie » en milieu hostile, un hélicoptère est enfin en approche.
Franchement, Paul n’y croyait plus, d’autant que la brume matinale et marine cache parfois cet îlot toute la journée et que tous ses efforts pour faire de la lumière et de la fumée doivent se dissiper avant même d’alerter les éventuels plaisanciers qui se trouvent manifestement à portée de longue-vue.
Des plaisanciers, équipés d’un hélicoptère, ce n’est probablement pas très courant dans cette région du monde, mais passons.
Et c’est là qu’il a son ultime surprise : les hommes qui débarquent sur la plage à bord de leur petit appareil sont armés et … anglophones !
Des M16 américains, pas l’air commode et sur leurs gardes.
Évidemment, la première chose qu’ils font, c’est de fouiller Paul dans ses hayons, de le désarmer, de faire le tour de paquetage et de l’entraver, mains dans le dos.
Pas un mot d’explication, mais Paul est content de lui : il va pouvoir enfin regagner la civilisation, la vraie, la sienne !

Après une grosse heure à battre cette partie de l’île où Paul a échoué, ces gars-là repartent vers leur « navire ».
Pas du tout un navire.
Oui, certes, il y en a un, plusieurs même et de tailles différentes : un petit cabotier qui transporte manifestement des barils de pétrole et fait probablement office de navire de liaison, plus un yacht type « cabin-cruiser » et surtout une vaste maison de plain-pied en bordure de mer, dissimulée par une végétation nettement plus luxuriante que l’île d’où Paul est extrait.
Mais c’est quoi ça ?
Une station scientifique ou la demeure d’un richissime excentrique ?

  1. Et fera peut-être un jour l’objet d’une « aparté » dans un recueil de toutes les « apartés » qui parsèment les « Enquêtes de Charlotte » au fil des épisodes mis en ligne…
Accès au sommaire -> cliquez sur le lien !

mercredi 30 août 2017

Ultime récit : Chapitre vingt-cinquième


Les « rebelles ».

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

Sa seconde nuit est agitée. Les boyaux lui font mal, il a soif, il a faim et il est attaqué par un troupeau de bestioles minuscules volantes et rampantes qui ne cessent de lui sucer le sang et de lui piquer l’épiderme !
En plus, « les bêtes » font un vacarme épouvantable qu’il n’a pas remarqué la nuit précédente, sans doute écrasé par la fatigue, le stress de son hallucinant voyage.
Bref, il n’est pas frais au réveil…
Pas grave, l’urgence, c’est de boire : il ne va tout de même pas s’essayer à boire ses urines – de toute façon il n’a pas de récipient pour les recueillir – alors que l’océan est tout autour, même si le régime du bon docteur Bombard ne le tente pas trop pour savoir qu’il s’agit de ne pas en abuser. Forcément, s’il y a des rongeurs, forcément il y a une pièce d’eau dans cette satanée d’île perdue !

Il se retrouve très vite sur la plage « intérieure » du lagon, nettement moins encombrée de détritus, mais sans rien apercevoir d’un peu intéressant. Sur le chemin, il se met en tête de se fabriquer un arc et des flèches. Sans corde ni le moindre bout de ficelle, ça ne va pas être facile, mais ne sait-on jamais. Il y a du bois, des galets, on doit pouvoir en faire quelque chose.
Une sagaie paraît plus intéressante pour envisager une pêche…
Il ramasse ce qu’il trouve et pose tout ça dans quelques niches au pied de quelques arbres qui regorgent de noix de coco inaccessibles : il n’a pas du tout envie de refaire les acrobaties de la veille. Non seulement les éraflures et brûlures ne sont pas cicatrisées et lui font encore mal, mais il se sent nettement plus faible.
Et toujours cette soif qui commence à lui brûler le gosier et empâter la bouche. Ça va devenir une véritable obsession !
Un peu plus loin il se sépare d’ailleurs des dernières traces de civilisation qui l’encombre, posées au pied d’un arbre où il entasse ses « trésors ».
Et miracle, encore plus loin, il repère des mollusques comparables à des huîtres !
C’est bon, ça les huîtres. Même si ça baigne dans de l’eau de mer filtrée. Un espoir…
Mais un espoir vite déçu : comment ouvrir une huître sans au moins un début de lame ?
L’écraser à coups de pierre ? Oui, mais il n’y a plus rien à manger et des éclats de nacre plein la bouche…
Ce ne sera donc pas le festin auquel Paul s’attendait.
Il lui faut vraiment trouver autre chose et il repart en quête.

Pour finalement croiser des traces de pas dans du sable encore humide !
Alors, là, pour une surprise, c’est une surprise.
Une empreinte de pied bien dessinée, pas très grande, mais nette. Et ce n’est pas la trace d’un singe. De toute façon, il n’en a pas vu.
Enfin, peu importe, s’il y a un animal, il y a de l’eau et il suit donc « la piste » qui s’estompe au fil de sa progression sous les arbres. De toute façon, il n’a rien à perdre à trouver de l’eau, tant pis si cette île est finalement inhabitée, seulement visitée par des pêcheurs venus d’un îlot voisin. Ils reviendront peut-être un jour…
Au passage, Paul récupère un morceau de tôle ondulée qui fera un excellent « contenant » à condition de le « travailler » un peu en le tordant intelligemment. Encore un peu, et avec un peu d’adresse, s’il parvient à renouveler l’exploit d’allumer un feu et de se procurer soit quelques plantes ou fruits comestibles, soit de ces satanées bestioles qu’il entend le narguer avec leurs cris et se taisent quand il approche, il pourra peut-être se nourrir d’autre chose que des insectes trop petits pour être attrapés…
Et finalement, il parvient à une flaque d’eau croupissante où convergent de nombreuses traces d’animaux !
C’est probablement potable, mais il crache quand même dedans avant de se désaltérer. Si la mousse de sa salive se dissout et disparaît, l’eau est potable. Dans le cas contraire, il y a lieu de se méfier.
Elle a un drôle de goût de terre, mais finalement, très prudemment, Paul peut enfin boire après deux jours sans jamais avoir pu se désaltérer.
Que c’est bon.
Et il se remet en marche.

Cette flaque doit bien avoir une source, à moins que ce ne soit que la partie visible d’une nappe phréatique qui affleure le sol.
La seconde hypothèse paraît devoir s’imposer, jusqu’à ce Paul finisse par tomber sur ce qui pourrait être une rigole, probablement naturelle, un peu plus humide. L’eau n’est pas loin, il s’agirait de creuser : les arbres aussi ont besoin d’eau et ils l’ont forcément au bout des racines !
Pas très loin en profondeur.
Boire, d’accord, manger, l’autre priorité : il ne va quand même pas entamer des travaux de terrassement sans outil et sans calorie, même s’il a « des réserves » sous la peau !
Il lui faut retourner vers ses « haltes » où il s’est débarrassé peut-être trop vite de ses « traces de civilisation » : il y a son colt, la seule pièce en acier un peu solide qui peut servir à faire quelques trous sans s’arracher les ongles…
Et là, stupeur : ses petits paquets ont disparu !
Pas de doute, il y a des traces de pas humain tout autour, l’île est habitée et en plus par des voleurs.
Des voleurs armés, désormais !
Dingue ça, qu’il en hurle de rage à en faire fuir les oiseaux alentour !
Non mais, ce n’est pas de veine quand même ! Ça fait trois jours qu’il cherche des secours et les seuls qui ne se manifestent pas – et encore… – c’est pour plumer son maigre, très maigre bagage.
Vraiment n’importe quoi : il va falloir qu’il redouble de vigilance maintenant qu’il sait que ses voleurs sont armés. Quoique…
Un 11,43, ça fait très mal à plus de 50 mètres, mais encore faut-il savoir viser à pareille distance. Même si ça reste plus loin que le jet d’une simple pierre ou d’une sagaie.
Sagaie ! Il faut en faire une et trouver de quoi faire un arc et des flèches : la pêche et la chasse n’en sera que plus facile.
Mais là, au soir qui tombe, Paul est crevé et il s’allonge sur la plage, sans même penser à se mettre à l’abri de l’humidité de la nuit.

Mauvaise décision : sur le tapis d’humus et de branchages morts, on peut percevoir le mouvement des bestioles en approche. Pas vraiment sur du sable, ou il est déjà trop tard.
Le coup porté au crâne avec la crosse de son arme lui fera une grosse bosse mais n’est pas assez fort pour le mettre KO.
Certes, il n’est pas très frais quand il ouvre les yeux à l’aube naissante, la main portée au front, à l’endroit de l’impact où ça lui fait mal, et la lumière n’est pas encore très établie, mais il distingue nettement une silhouette qui se tient debout à trois mètres devant lui et qui hurle des paroles parfaitement incompréhensibles, que ça fait des « hihihi », des « hohoho », des « hahaha » et des « houhouhou » sur des octaves aigus et à un rythme élevé.
Il y en a une autre armée d’un bâton à sa droite, un peu en arrière et une troisième à sa gauche, un peu plus loin. C’est elle qui a donné le coup et qui tient à deux mains et en tremblant de tous ses membres, l’arme volée la veille, à bout de bras, pas très sûre de la suite.
Paul lève les mains en signe d’apaisement : les trois silhouettes se reculent promptement.
Oh, c’est qui l’agressé, au juste ? C’est lui qui devrait hurler, pas ces voix de crécelles.
Les « re-belles » ?
En tout cas, pas si belles que ça, toute efflanquées et égratignées qu’elles sont sur chacun de leurs membres, les joues creuses. Au fur et à mesure que la lumière naturelle s’accroit dans l’azur, elles apparaissent en hayons, le visage sale, les cheveux hirsutes, en bataille, dégoulinant au tour de la tête pour l’une, rejetés en arrière pour une autre, tenus en chignon incertain pour la troisième.
« Bon on se calme, on se calme. Moi Paul ! »
Pas beaucoup d’effet, sauf à se mettre les unes et les autres hors de portée d’un geste brusque de sa part.
« Manger ! Manger ! » fait Paul en portant sa main à sa bouche alors qu’il est désormais assis.
Pisser dans un violant aurait peut-être eu plus d’effet.
Les silhouettes semblent sans âge, archi-maigres : dans ces conditions, c’est lui qui fait figure de bon gibier à becqueter, oui !
C’est qu’il s’agit de désarmer la fille de gauche. Si elle veut bien bouger un peu l’arme, Paul verrait si elle a su ou non armer le cran de sécurité, situé à gauche de l’arme…
Il se lève, les cris redoublent et elles élargissent d’un bon mètre le cercle en s’éloignant.
Non le cran est en place, il bloque la queue de détente.
Et puis il reste 5 balles et Paul avait remisé celle introduite dans le canon par son second tir sur le vaisseau de la légion dans le chargeur.
Le coup peut être joué notamment si la chambre de détente est vide.

D’un bond, il saute de côté en hurlant à s’en péter les cordes vocales, se vidant par la même occasion les poumons.
Mais le coup à la tête, le manque de nourriture, peut-être aussi l’hyperventilation du moment, il retombe de travers. Il se reprend prestement d’un coup de rein…
Les troupes des « re-belles » sursaute en arrière, s’éloignant encore plus loin en hurlant à son tour.
Paul fait mine de se jeter dans la direction de la fille, peut-être encore plus maigre que les deux autres mais qui tient son bâton comme d’une arme en lui criant dessus et se retourne fissa vers celle qui tient son arme à feu.
Elle est tétanisée, tente de tirer, puis comme ça ne fonctionne naturellement pas, elle jette l’arme dans la direction de Paul et prend ses jambes à son cou, entravée par ses hayons.
Paul rattrape au vol le pistolet et se rue sur la pauvrette pour un beau plaquage au sol digne des biterrois au meilleur de leur époque. Sur du sable, ça ne risque pas grand-chose.
Elle crie et elle se débat, donne des coups de pied et de poing, de coude et genou un peu dans en désordre mais dont certains portent sur les parties molles de Paul.
Deux claques, aller et retour, et la voilà calmée pour de bon quand ses copines rappliquent après s’être enfuies à tire-larigot chacune dans une direction différente.
Celle avec son bâton a l’air con quand celui-ci percute l’avant-bras de Paul destiné à protéger sa tête malmenée et se casse en deux bouts de moins d’un mètre.
Paul se saisit d’un tombé à terre et fait mine de se mettre en garde, comme à l’escrime !
« Rhââââ ! On y va ? »
Éberluée, la fille en reste tétanisée d’effroi. Mouvement classique, mais dans le vide, attaque, parade-riposte, tourniquet !
Un coup sur les doigts, elle lâche son bout de bois qui choit sur la plage dans un grand cri de douleur. La troisième silhouette, probablement encore plus décharnée que les deux autres, tente à ce moment-là de se rapprocher avec un air menaçant, les canines en avant.
Blam ! Un grand coup de gourdin en travers de la tronche et elle est bonne à son tour pour un voyage au pays des songes…
Décidément, pas un traitement très digne pour un être humain normalement civilisé. Mais à la guerre comme à la guerre : c’est lui qui a été agressé en premier, il n’a fait que riposter et se défendre, après tout.

Faut quand même rattraper la troisième qui en a profité pour prendre un peu d’avance en direction du bosquet le plus proche, sans doute pour se mettre à couvert.
Paul pique un sprint dans sa direction. Mais se laisse distancer.
Il revient s’occuper de ses victimes restées inertes.
Chercher et trouver de quoi les entraver. Les algues pourraient faire l’affaire, à condition de bien les entortiller, tout du long du corps.
Et de ne pas faire confiance dans ces liens-là.
Comme elles ne sont pas bien lourdes, il peut les jeter chacune sur une de ses épaules et se mettre en marche dans la direction prise par la troisième.
Sauf qu’il perd ses traces.
Et puis, à peine quelques minutes plus tard, en voilà une qui reprend ses esprits et s’énerve d’être ballotée la tête en bas.
On ne va pas pouvoir aller plus loin de cette façon-là : il faut la poser et … l’amadouer !
Or, elle n’est pas bien contente de son sort, alors que Paul lui fait signe qu’il a mal à sa « bosse sur la tête », qu’elles n’avaient qu’à pas commencer.
Mais comment se faire comprendre d’une fille qui ne parle que par onomatopées incompréhensibles ?
Il s’occupe de la « petite-chose » encore inerte, de type sri-lankais ou mélanésien, comme ses deux autres potes, sauf qu’elles sont vraiment très maigres : des vrais plat d’os !
La peau sur les os…
Manifestement, ce n’est pas sur cette île qu’il fera bombance. Si au moins il pouvait boire à sa soif…

Vu la grande attention qu’il porte à la gamine inanimée posée sur le sol, sa comparse se calme.
Paul dénoue ses liens déjà lâches en espérant qu’il ne va pas s’en prendre une par surprise.
Penser à retirer le chargeur de son arme : il ne va pas rester éveillé comme ça avec ces donzelles à proximité toute une éternité non plus…
L’autre finit par sourire. Ah que c’est beau un sourire de femme, même édentée !
Et tous les deux réaniment doucement la seconde des femmes.
Qui hurle en voyant Paul penché au-dessus d’elle.
Quelques « hohoho », « houhouhou » et « hihihi » plus tard, elle s’est calmée et sans sourire vraiment derrière ses cheveux et son regard noir, elle redevient enfin aimable.
La guerre des sexes n’aura pas lieu ce jour-là.
Au contraire, au bout d’un moment, Paul qui leur fait signe qu’il a soif se fait guider vers un autre ruisseau, qu’il n’avait pas encore découvert.
Vraiment un tout petit ruisseau, moins que ça d’ailleurs.
Au pied d’un petit monticule, probablement l’endroit le plus élevé de cette île, un mince filet d’eau claire surgit entre deux pierres recouvertes de mousse bien verte !
Pas grand-chose, mais suffisant pour calmer la soif de Paul qui y consacre plusieurs minutes.
Bon Dieu, que c’est bon !
Un vrai miracle.
Et ce n’est que le début de ses surprises…


Accès au sommaire -> cliquez sur le lien !

mardi 29 août 2017

Ultime récit : Chapitre vingt-quatrième


Le naufragé.

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

« – D’autant plus gai que je vais d’abord vous déposer sur une île voisine. Sans grands moyens pour rejoindre votre objectif.
– Et pourquoi ça ? Je ne peux même pas prendre un petit chasseur-bombardier avec quelques pains de plastic à bord ?
– Comme vous y allez, vous les Sapiens !
– Et alors, je vais faire comment ?
– Vous allez vous appuyer sur les ressources locales. Je vous explique. Les laboratoires ont besoin de mécènes.
– Ne me dites pas que je vais devoir payer pour voir, Monsieur le Gouverneur ?
– Non pas du tout, Excellence ! Seulement « invité ». Ce que je voulais vous dire, c’est qu’ils ont aussi besoin de personnel féminin, pour satisfaire leurs instincts de primate et probablement faire quelques expérimentations. Mais…, des cobayes se sont échappés desdits laboratoires et se sont réfugiés dans l’îlot où je vous laisse. Bien sûr, ils sont recherchés et naturellement et vous serez localisé.
– Naturellement. On ne peut pas faire ça à ma façon : droit dans le tas avec une puissance de feu suffisante ?
– Non…
– Oui je sais : vous allez me dire que « ce n’est pas marqué comme ça » dans vos archives !
– D’une part et d’autre part, les installations sont pour une large partie souterraines. Ce sont celles-là qui vont vous intéresser. Les autres, vous pourrez les conserver. Et vous ne pourriez vraisemblablement pas y accéder autrement qu’en vous laissant faire prisonnier. »
Vacherie, en pense Paul !
Il n’a pas souvent été fait prisonnier, mais ça n’a jamais été une partie de plaisir.
C’est que pour retrouver sa liberté de manœuvre, il a fallu en faire des efforts. Et là, après un voyage intergalactique si prolongé, il n’a plus forcément la forme olympique d’un cocoï entrainé.

Il n’y a décidément pas plus simple, tel que, comme par magie, Paul se retrouve tout d’un coup à proximité de la planète bleue.
Il vient de se défaire de son lourd scaphandre, a récupéré sa tenue de voyage originelle, celle qu’il avait dans l’avion allant sur New-York, ses papiers, accréditations diverses, permis, de conduire, de pilote et celui de port d’arme dûment tamponné par l’autorité administrative préfectorale française, le tout coincé dans la ceinture, tout comme son téléphone portable, complètement déchargé pour l’occasion, et sa montre au poignet. Il y a 4 mois de ça.
Ainsi que son 11,43.
D’ailleurs le parcours de cette arme de poing est un vrai mystère qui n’aura jamais trouvé de solution. Pour ne pas faire sonner les portiques d’aéroport, elle voyage dans son étui en bagage en soute. Et il ne se souvient pas être allé se soulager dans les toilettes d’où il avait été enlevé par « Steph » en passant par la soute à bagage…
Et pourtant, il avait pu en disposer, coincée dans un logement de son scaphandre, à bord du vaisseau de l’amirale Landditsy quand il avait fait feu sur deux créatures du bord qui faisaient mine de se mutiner une seconde fois.
Probablement encore un tour de passe-passe, mais inexplicable, celui-là.
Et dans l’affaire, il aura juste perdu son baise-en-ville contenant une brosse à dent, un tube de dentifrice, un slip, une chemise de rechange et ses ordinateurs et disques de sauvegarde installés dans la valise en soute.
Seule différence notable, il ne boîte plus des suites de son opération en Normandie. Et depuis longtemps maintenant. Mais comme il sonnera encore à chaque passage sous les portiques de sécurité à cause de ses broches, ça ne change pas grand-chose, sauf à se signaler comme étant « Charlotte », le « pilote-légende-vivante » dans les forces aériennes occidentales et les flottes commerciales du monde entier (hors la Corée du Nord). 

Que ça lui fait tout de même comme un pincement au cœur : il a oublié comme ça peut être si joli, tout ce bleu profond, tacheté de nuées blanches et éparses !
Manifestement, ils viennent du vaisseau situé derrière la Lune, exactement dans la même navette qui l’avait arraché à la cabine des toilettes de son avion de ligne, il y a 4 mois de ça.
Enfin, 4 mois, là c’est ce qu’on lui a dit, parce que sa montre n’indique pas du tout la même chose.
Paul garde bien les pieds là où on le lui a précisé. Pas question d’arriver dans les pommes pour un coup de G trop mal placé.
D’autant que le voilà viré manu-militari par-dessus bord, dans le lagon d’un atoll minuscule, avec juste un gilet de sauvetage classique qui l’empêche de nager, mais le fait remonter à l’air libre rapidement !
Pour une arrivée, c’est une arrivée… un grand-plongeon d’une bonne dizaine de mètres.
Fabuleux : il pensait avoir droit à quelques égards en qualité d’Excellence de la Coupole !
Eh bien, rien, même pas une échelle de coupée, pas un seul matériel de survie, rien…
Et le voilà « ramant » vers ce qui semble être la plage la plus proche.
Pourvu que les requins fassent la sieste, dans ce coin perdu. Ou restent derrière la barrière du lagon.
Des oiseaux de mer se rapprochent. Sous la surface de l’eau, c’est splendide : il y a de la vie et des poissons de toutes les tailles et couleurs. Sans ration de survie, il lui faudra réapprendre à pêcher !
Il a finalement pied à un plus de cinquante mètres du rivage de sable blanc. Il se sent comme observé, espionné, mais n’identifiera ni par qui ni par où.
Maintenant, reprendre son souffle et faire l’inventaire. La plage où viennent mourir les vagues depuis les déferlantes océaniques de la barrière de corail est jonchée de détritus de toutes sortes à peu près à mi-hauteur de l’estran.
Paul imagine que le dernier coup de vent les a portés jusque-là.
Une monstruosité, la pollution maritime !
Et pourtant là, c’est inespéré : il va bien trouver de quoi sortir de ce trou ou de se signaler d’une façon ou d’une autre.

En l’occurrence, en bon naufragé, l’urgence, c’est déjà de trouver à boire, à manger et ensuite un endroit abrité pour pioncer et récupérer. Demain on verra bien.
Il s’enfonce ainsi dans la végétation de type tropical, pas très fourni. Il y a des cocotiers.
Donc du lait de coco, mais à… 15 mètres du sol !
Et à moins de disposer soit d’une perche, soit d’une lanière quelconque pouvant faire office de corde, voire des deux, et en ne s’y prenant pas forcément comme un manche pour éviter de se glisser et de se casser la gueule, se désaltérer, ce n’est pas gagné.
D’autant que le soleil cogne sans qu’on ne s’en rende compte, tellement l’alizé donne une sensation de fraîcheur… Toute relative la fraîcheur.
Paul se confectionne d’ailleurs un « couvre-chef », il n’y a pas d’autre mot parce que ça ne ressemble à rien de connu, avec quelques morceaux de sacs à patate échoués sur la grève.
Pas terrible, mais pour l’heure, il n’y a pas mieux.
La faune ne semble pas être très dense : juste des traces de rongeurs et des oiseaux. Il vaudra mieux s’essayer à la pêche, sauf à poser quelques pièges ici ou là.
Mais s’il y a des rongeurs, c’est qu’il doit bien y avoir des points d’eau douce, ou au moins saumâtre, mais assez peu salée pour être potable…
Il lui faudra envisager de suivre les pistes laissées par les bestioles.
Et oh surprise, son îlot s’ouvre sur une anse circulaire. La langue de terre est si étroite, qu’on se retrouve vite sur ce lagon intérieur.
Il ne sait pas où il est, mais lors des moussons ou simplement des tempêtes, vue que l’altitude maximum doit être de quelques mètres, et encore, il ne sait pas encore où, ça ne doit pas être confortable, ni très glorieux.
La nuit approchant, il s’agit maintenant de s’abriter de l’humidité de l’air marin. Derrière un petit monticule de terre émergeant de dessous le sable ?

Là, le lendemain, il est réveillé par la soif et la faim. Franchement, il est désormais temps de penser à s’hydrater. Il y a bien des baies sauvages accrochées à des arbustes maigrichons, mais Paul ne reconnaît pas l’espèce et remarque qu’aucun de ses fruits n’est grignoté par les rongeurs du coin. Pas forcément comestible et ce n’est pas le moment de se choper une « galopine » : il se viderait inutilement.
Aussi, en poursuivant sa randonnée « découverte », tout d’un coup, il repère une noix de coco au sol.
Avec beaucoup de difficulté et un caillou un peu plus gros que les rares autres – il mettra un temps infini à mettre la main dessus – il finit par la fendre…
Vide, évidemment. Mais le reste de la pulpe, pour autant ferme, calmera la danse de ses sucs gastriques insatisfaits.
En attendant.
Plus loin, une perche pas trop tordue. Ça peut faire un harpon s’il parvient à en tailler un des bouts, le plus fin, en pointe. Avec tout ce qui traine sur la plage, il va bien arriver à se faire quelques outillages.
Alors que le soleil grimpe à son zénith, il repère une nuée d’oiseaux marins qui survolent un coin du lagon pas trop éloigné du bord. Ils pêchent. C’est peut-être le moment d’aller les accompagner et d’en tirer de quoi se nourrir ?
Oui, mais avec quoi faire cuire la chair d’un poisson, d’un rongeur, d’un oiseau ?
On verra bien…
Paul passe ainsi une partie de sa journée à lancer maladroitement son « harpon » dans les eaux translucides, sur tout ce qui bouge.
« Saloperie de poiscailles ! » peste-t-il à plusieurs reprises. Il est « colère » de sa maladresse. C’est que c’est vicelard, ces bestioles-là ! Très agiles dans l’eau, très curieux de leur visiteur, elles te vous narguent à passer à portée de main, parfois entre les jambes, mais alors, en trouver une seule volontaire pour le sacrifice suprême et calmer l’estomac de Paul, c’est galère !
Finalement, après de nombreux échecs, Paul tire de l’eau une espèce de poisson coloré, plein de sorte d’épines sur la nageoire dorsale : si ça se trouve, ce n’est même pas comestible !
Fier comme Job, il lui reste à réinventer le feu…
Quelques brindilles, un peu de lichen sec, et quelques algues desséchées à craquer sous les doigts, beaucoup d’efforts et de chance pour la première fumerole indicatrice d’un foyer, le tout allumé avec deux petits morceaux de bois sec trouvés dans la « déchetterie » de la grève à l’occasion de « sa promenade » d’approche, qu’il s’agit de frotter vigoureusement l’un contre l’autre, mais sans les briser…
Pas facile.
Et encore moins facile de faire un vrai feu. C’est plus facile dans les livres…
Quant à cuire les chairs de la bestiole… n’en parlons pas ! Une partie est brulée, l’autre est crue. Il a encore des progrès à faire en matière de science culinaire.
À en regretter la cambuse du vaisseau de la légion et même ses rations infectes.
Dire qu’il restait encore des tranches de foie-gras d’oie dans la sienne… Et quelques bouteilles de vin blanc des vaux de Loire, liquoreux à souhait…

Il va devenir urgent de trouver de l’eau, de la vraie, parce que sa pêche à la noix de coco, elle reste maigre. Les rongeurs qui laissent tant de traces doivent bien avoir trouvé un coin de flotte abordable, pas possible autrement.
En fait, le lendemain, Paul est pris de maux de ventre qui lui tordent les boyaux. Le poisson au goût et à l’aspect si bizarre n’était peut-être pas comestible, finalement. Il va falloir qu’il modifie son alimentation.
Il a repéré que sur les rochers à fleur d’eau, il y avait des coquillages à « cueillir ». Mais sans récipient et sans eau, ce n’est peut-être pas du tout recommandé pour éviter une gastro-entérite.
Finalement, au deuxième jour, toujours avec cette impression d’être épié dans le dos, il finit par mettre la main sur une sorte de vieille liane assez souple pour ne pas se rompre en la tordant et paraissant assez solide pour supporter son poids.
C’est l’occasion de s’essayer à la grimpette sur un des cocotiers pas trop haut et chargé de fruits.
Là encore, plus facile à dire qu’à faire. La technique consiste à passer la « liane » autour du tronc, d’en saisir les deux extrémités, et de s’appuyer à la force des bras comme d’un point de rappel pour avancer les pieds de bas en haut sur la face antérieure du tronc de l’arbre, formant ainsi une pince à la force des jambes.
Premières glissades, premiers échecs.
Finalement, de rage, les articulations meurtries, Paul finit par grimper comme à l’école de guerre, en étreignant un tronc pas trop épais.
Nouvel échec et puis au fil de l’exercice, il s’agrippe assez fort pour atteindre le graal des noix de cocos accrochées en grappes…
Et réussir à en faire tomber.
À lui maintenant de les rejoindre, sans se rompre le cou à son tour. Ou se tordre la cheville. Et sans s’arracher la peau des bras et des jambes, s’il vous plait.
Et là, stupeur…
Avec bien des difficultés, alors que le soir tombe rapidement, confirmant qu’on se trouve sous les tropiques, pas moyen de mettre la main sur la demi-douzaine de fruits qu’il a réussi à faire tomber.
« Mais enfin quoi ? Elles sont où ces putains de coco ! Ce n’est pas croyable, ça ! »
Ce n’est pas croyable, effectivement : il n’y a pas de pente où elles auraient pu rouler, pas assez de vent pour les faire tomber ailleurs ni encore moins les pousser, pas d’animal assez gros pour les emporter, d’ailleurs les traces au sol sont illisibles tellement il a piétiné le pied de l’arbre depuis le milieu d’après-midi, alors quoi, où sont-elles ?

Il n’y a qu’une seule explication possible, hors toute tentative d’introduire une explication surnaturelle : on les lui a volé pendant qu’il descendait et il n’a rien vu trop occupé à ne pas déraper !
Ce qui veut dire qu’il n’est pas seul sur cet îlot perdu au milieu de l’océan, battu par les flots et le vent. Comme on l’a prévenu, il faut dire…
Mais alors qui ? Où ?
C’est à rien y comprendre…