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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

jeudi 4 août 2022

La croisière d’Alexis (23)

Vingtième-troisième chapitre
 
Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existantes par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Ce n’est pas que je sois vraiment moche en soi, mais par rapport aux deux « jeunettes » étudiées pour être plus que séduisantes, je ne fais pas le poids.
Elles n’ont pas un seul défaut visible à l’œil nu sur l’épiderme, elles sont habillées avec goût même si c’est terriblement érotique : la « blackette », qui ne doit pas avoir plus de 16 ans, est menue, les yeux sombres et la chevelure crépue, de longues mains et des jambes effilées, porte une robe noire, courte et échancrée jusqu’au nombril, planquant à peine sa poitrine menue.
L’asiatique est un peu plus « étoffée » du point de vue charnel. Elle a de longs cheveux et des yeux verts, habillée d’un juste au corps mauve qui lui va à merveille. Et toutes les deux minaudent avec de larges sourires à faire se damner un moine pas encore défroqué.
Elles n’affectent aucune humeur à mon égard, me souriant également quand je m’installe en face du beau prince à la tête ovale qui se sera levé de son siège pour me tirer le mien avant qu’un numéro 16 n’en ait l’initiative.
Galant.
Disons plutôt qu’il a une tête en forme d’œuf, un effet renforcé par la calvitie du bonhomme plutôt bien portée.
 
Et nous entamons la conversation, ponctuée par quelques onomatopées émises par les « poupées ». Le prince veut savoir qui je suis et ce que je fais à bord. J’invente que je suis contrôleur de gestion pour l’armateur, Paul de Bréveuil.
« Ah non ! C’est maître Jacques, l’armateur. »
Je ne le contredis pas : « Peut-être, si vous le dites, votre altesse… »
Et je continue : « Et vous, quelles affaires vous attirent à bord ? »
Alors il me raconte des balivernes : « Un ami m’a invité à faire un détour. J’étais à Nicosie pour affaires et je vais à Beyrouth demain matin. »
Il ne fait pas mention du fait qu’il était à bord une première fois avec Ziguinchor et quelques autres il y a à peine une poignée de journées.
Et je fais celle qui ne sait pas ce détail.
« J’avoue que ces installations sont assez surprenantes. Si Jeffrey en avait disposé d’autant, il serait probablement encore en vie… »
Il fait manifestement allusion à Epstein, le pourvoyeur de chair fraîche pour le gotha mondial.
 
Epstein ! Une affaire criminelle impliquant le milliardaire américain gravitant dans le jet set et dont le réseau de prostitution était international.
En 2019, c’est encore récent, il a été incarcéré dans l’attente d’un procès pour trafic de mineurs où il risquait la perpétuité mais il est retrouvé pendu dans sa cellule, si je me souviens bien.
Deux enquêtes américaines sont alors ouvertes à la suite de ce qui est décrit comme un « suicide apparent » afin de poursuivre ses complices. Dans la foulée, le parquet de Paris aura ouvert une enquête pour « viols », « agressions sexuelles » et « association de malfaiteurs ». Ses dîners en son hôtel particulier new-yorkais auraient notamment accueilli Katie Couric, George Stephanopoulos, Charlie Rose, et Woody Allen, le prince Andrew et plein d’autres.
Il faut dire que les 2.600 m² de ses appartements, qui comptent 40 pièces, dont 10 chambres et 15 salles de bains, sont situés juste à côté de la Cinquième Avenue et surplombent la Frick Collection.
C’est la plus grande résidence privée de l’arrondissement de Manhattan, la Herbert N. Straus House, ancien siège de Birch Wathen School. En 2020, l’hôtel particulier sera mis en vente pour le prix record de 88 millions de dollars.
Epstein avait d’autres propriétés immobilières, notamment une grande villa à Palm Beach, en Floride, un appartement à Paris (22, avenue Foch), un ranch de 4.000 hectares avec un manoir à Stanley (Nouveau-Mexique) et une maison avec des chambres d’hôtes sur son île privée près de Saint-Thomas, Little Saint James.
Et il entretenait de multiples connexions avec des personnalités puissantes, riches et célèbres, dont Bill Clinton (il a donné des millions de dollars à sa fondation humanitaire et financé la campagne sénatoriale de sa femme Hillary), Donald Trump 6, et le prince Andrew.
 
Les enquêteurs ont même affirmé que Jeffrey Epstein filmait tous les ébats qui avaient lieu dans sa maison, y compris quand c’était le fait d’invités. Le journal L’Incorrect suppose que cela lui permettait de pratiquer le chantage sur des politiciens et des partenaires d’affaire. Maria Farmer, une victime, confirme que Jeffrey Epstein filmait secrètement les ébats à l’aide de caméras cachées.
Le journaliste Olivier O’Mahony raconte qu’« effectivement, Epstein avait placé des caméras dans toutes ses propriétés ― à New York aussi bien que dans les îles Vierges ― pour piéger ses invités. C’est une tactique d’espionnage et de chantage : on noue des ‘‘amitiés’’ avec des gens très puissants qu’on va faire chanter en les filmant en position compromettante et, ensuite, en leur faisant savoir. »
On sait aussi que, d’après une interview accordée en 2017 au Miami Herald, Virginia Roberts Giuffre, raconte qu’Epstein lui avait demandé d’avoir des rapports sexuels avec des hommes influents pour qu’il connaisse leurs « excentricités sexuelles et puisse les utiliser comme levier, si besoin ».
 
« Ce qu’il y a de bien, ici, c’est que c’est absolument discret : personne à bord que des « invités choisis », un personnel on ne peut plus discret puisque ce sont exclusivement des robots et en mer, on est loin de tout paparazzi ! »
Oui mais : « il y a des caméras partout. »
Dans les cabines aussi ?
« Non, seulement dans les parties communes. Pour des raisons de sécurité. Ne vous compromettez pas avec des « poupées » dans les coursives… vous pourriez être poursuivi pour détournement de mineur… »
Il en rit aux éclats.
« Ce sont des robots, des machines sans âme ! Elles n’ont pas d’existence légale et c’est tout le sel de ce navire.
D’autant qu’elles sont vraiment parfaites, jusqu’au duvet sur les avant-bras. »
De la soie. Un brun pour les duvets, trois pour les poils pubiens, cinq brins pour les cheveux.
« Et puis elles sont paramétrables à souhait depuis les claviers des cabines mis à ma disposition…
La seule chose qui leur manque, c’est le sens de l’humour et des jeux de mots… Là on sent bien que ce sont des machines.
Mais pour le reste, je vous assure que vous ne feriez pas mieux ! »
C’est ça, un « queutard » comme tous les autres qui passent ici…
 
Comme s’il lisait dans mes pensées, il réplique à sa façon et sa voix douce : « Vous savez, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes besoins. Nous, du moment qu’on mange, boit et sommes contentés en-dessous de la ceinture au moins une fois de temps en temps, on peut consacrer le reste de notre vie à des choses étonnantes : vous rendez-vous compte, chère Alexis, que grâce à ce mécanisme, nous avons conquis toute la planète et qu’on s’apprête à en faire autant du cosmos proche !
On a même déjà marché sur la Lune, demain sur Mars, puis probablement qu’on flottera prochainement dans la haute atmosphère de Vénus…
Toutes choses que personne ne nous a jamais demandé de faire.
Alors que vous, mesdames et ce n’est pas péjoratif dans mon esprit, vous recherchez toute des CDI de longue durée pour vous projeter dans un avenir incertain.
C’est normal : bien souvent on vous confit la permanence du foyer pour le bien être des petiots que nous vous faisons… »
Une certaine idée de l’altérité sexuelle…
Hélas, elle immensément partagée sur cette planète.
 
« Alors que nous, on peut se contenter de CDD ou même d’intérimaires !
L’idée lumineuse de Jacques aura été de remplacer les intérimaires par des machines. Comme on le fait de plus en plus souvent dans les ateliers du monde entier… »
C’est cela, voui…
Il n’empêche, quand il s’agit justement de procréer une descendance, pour l’heure, tous en passent par « les voies naturelles ».
« Oh mais ça aussi, ça va changer avec les technologies de clonage et de l’utérus artificiel… »
Écœurant, décidément.
Nous ne sommes que des ventres pour ce type de personnage, ou seulement des orifices !
Rien d’autres.
Paul m’en dira plus tard que ce n’est pas l’avenir du genre humain : « Ce type-là et quelques autres de son espèce sont des dinosaures appelés à disparaître.
Mais en attendant, ça fait mes affaires… »
 
« Et pourquoi vous n’achetez pas ces poupées, au lieu de passer par ici incognito ? »
« Et je les mettrais où ?
Et puis ce qui reste irremplaçable ici, c’est qu’on peut changer de modèle à chaque passage. Alors que de se contenter d’un seul, j’ai déjà à la maison : mon épouse légitime… »
Oui mais le jour où Paul fera des « poupées viriles » et pas seulement à son effigie, les rapports entre les deux sexes seront radicalement et à jamais changés…
Son altesse sérénissime Robert n’anticipe manifestement pas tout ça.
Et puis il se fait plus entreprenant.
 
« Vous êtes du type, « un soir » ou « tous les soirs », vous ? »
La moutarde me pique un peu le nez : « Je suis mariée à un homme qui m’aura fait trois enfants et qui est présent à chaque fois que j’ai besoin de lui, même pour faire la vaisselle, » invente-je sur le moment.
« J’ai un boulot un peu chiant mais j’ai un patron exceptionnel qui ne m’aura jamais mis la main aux fesses ni même palper les seins !
Vous n’avez aucun espoir à nourrir à mon égard. Contentez-vous des « poupées » mises à votre disposition votre altesse… »
Et puis, je ne sais pas pourquoi, la moutarde ne me pique plus mais me monte carrément au nez quand il me réplique que : « Mais je suis également marié et ai trois enfants et deux petit-enfants. Ce qui n’empêche pas que j’aurai bien voulu comparer ces « poupées » avec une vraie femme ce soir. Juste pour le plaisir. »
Le mufle !
Je me lève brusquement : j’aurai peut-être perdu l’occasion de me faire trouer le cul avec une bonne saillie bien dure et lui balance : « Emmenez donc votre épouse, pour vos expériences comparatives ! »
Il se lève pour accompagner mon mouvement.
À un moment je crois qu’il veut m’en coller une, mais c’est en réalité un réflexe de bienséance : il aura été éduqué aux meilleures écoles du savoir-vivre européen.
 
Je rentre donc dans mes quartiers passablement énervée et passe la soirée sur mon balcon à siroter un mojito.
Seule : Aurélie est « en main », indisponible.
Il fait bon, il fait frais, la nuit est tombée et les étoiles illuminent la voute céleste.
Et Minouche est rentrée : je vais pouvoir télécharger ses images.
Sauf que ce qui m’arrête une nouvelle fois, c’est cette odeur de tabac qui est revenue.
Pas tout-à-fait la même odeur : on dirait du tabac à pipe, style Amsterdamer, une odeur bien reconnaissable entre mille autres.
Ce navire est un vrai mystère : d’où cela peut-il bien sortir ?
 
Le lendemain, j’ai mal à la gorge d’avoir abusé de la fraîcheur nocturne et en plus j’ai mal aux cheveux d’avoir exagéré sur mojito servi par une chenillette qui sonne avant d’entrer.
Je me sens si nauséeuse que je me fais une grasse matinée alors que le soleil illumine ma cabine.
Que j’en loupe le petit-déjeuner avec Aurélie : de toute façon, je n’ai pas faim. Je me fais seulement un grand double-café avec la machine à expresso et vais me recoucher.
Je n’assiste donc pas au départ du prince Robert, ni même à l’arrivée de ce qui semblera, plus tard, être des russes venus de Syrie.
Quand j’émerge, c’est pour retrouver Aurélie à la piscine, se faisant une petite séance de jacuzzi pour se laver de sa énième « folle nuit ».
Elle m’aura attendue en vain mais se rattrape avec un brunch pantagruélique.
Et l’on découvre que nous sommes « escortés » par un navire militaire, probablement un turc, vraisemblablement une corvette.
On entre en zone de conflit potentiel et un épisode « tourmenté » de notre vie à bord.

mercredi 3 août 2022

La croisière d’Alexis (22)

Vingtième-deuxième chapitre
 
Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existantes par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Aurélie n’a juste le droit que de recevoir ses « poupées » et on peut encore palabrer et jacasser sur le réseau téléphonique du bord autour de notre nouvelle condition de « gardées-à-vue » par les cyborgs.
Elle est encore plus inquiète que moi.
« Paul ne nous aurait jamais envoyé à bord si notre sécurité n’avait pas été assurée à 100 %. »
Mais il aurait pu nous avertir.
« Je te dis que les robots et l’IA ont pris le pouvoir, tous les pouvoirs à bord et que Paul n’est même pas au courant ! D’ailleurs, on ne peut pas le joindre. On est coupé du monde ! »
On peut toujours sauter en mer et rejoindre à la nage la côte, qui se dessine sur tribord et qui doit être la Sardaigne, armées de nos gilets de sauvetage…
« Non mais tu n’y penses pas tout de même ! On sera morte d’épuisement et de froid avant que le soleil ne se couche. »
Elle a raison : on ne peut même pas l’envisager.
Ce serait du suicide alors qu’on ne manque de rien à bord.
Je tue le temps à observer le vol des mouettes et autres goélands, à me passer des séries disponibles sans internet. Alors qu’Aurélie noie ses inquiétudes dans une débauche de luxure : elle aura « essayé » toutes les « poupées » du bord, toutes aussi expertes les unes que les autres…
Forcément, l’IA apprend au fil du temps ses préférences et sait désormais situer toutes ses zones érogènes et « sensibles ».
 
Minouche rentre le soir même. Je me précipite sur sa webcam. Parce que naturellement, n’ayant plus accès à l’IA centrale, je n’ai aucune donnée sur l’activité des robots ni les déplacements des « invités ».
Voilà pourquoi, j’imagine que Paul avait insisté pour que je l’embarque.
Car si la plupart des images que ma chatte enregistre restent sans intérêt, il est tout de même deux séquences où elle croise nos « invités » du moment.
Il s’agit bien de Patrick Ziguinchor, le juif anti-islamique, avec son physique rabougri, qui fait penser au Président Krazoski, l’appendice nasal démesuré et en forme de bec d’aigle, le sourcil bien fourni, le regard direct mais souvent « par en dessous », chroniqueur et polémiste qui vit de ses saillies à l’encontre du Président Makarond, de son gouvernement, mais également de la plupart des personnages du paysage politique du pays.
À part lui, personne ne trouve grâce à ses yeux et il fait ça avec talent, détrônant même les journalistes les plus aguerris dans la polémique.
Avec une touche d’humour à la ChanteLoup il ne lésine pas sur la dérision.
C’est d’ailleurs curieux de se dire journaliste, car ils sont quelques-uns à avoir « antenne-libre » de propos pourtant cadrés et policés, juste ce qu’il faut, pour éviter les procès antiracistes, antisémites, sectaires et la censure du CSA qui peut encore interdire d’antenne telle ou telle émission et de pouvoir ainsi se livrer à ces critiques « unilatérales ».
 
Un type qui tient des propos plutôt d’extrême-droite, sans que quiconque ne réagisse pour défendre la doxa de gauche sociale-centriste « bien-pensante » toujours promptes à lever ses étendards compassionnels de la défense des minorités au nom de l’égalité de traitement et de la libre-pensée.
Piégée comme beaucoup par le principe de la liberté de presse.
 
Il n’est pas franchement anti-européen, ni fascisant extrémiste, seulement un brin « négationniste », mais il fait de l’ombre à la leader du Front National et quelques autres plus ou moins xénophobes et souverainistes, avec ses propos qui labourent les mêmes archétypes pro-patriotes qu’ils colportent tous.
En plus, parfois, il est dans l’excès. Mais reste non condamné ― ou ça ne change rien à sa condition de « libre-penseur » ― quand il « dérape » alors qu’on aura fustigé à foison l’auteur du « détail historique » jusqu’à ce qu’il se taise définitivement.
D’ailleurs, les personnalités les moins critiquées sont des proches ou des ex-frontistes. Le maire de telle ville ou de telle autre, l’eurodéputé un tel ou tel autre.
Et il ignore totalement, et dans une indifférence éclatante, ses « confrères » sionistes, car il en existe encore.
Un cas dans le paysage médiatique et je m’étonne que Paul accepte de couper du monde son navire amiral, pour l’heure, rien que pour accueillir une réunion qui sonne comme d’un épisode « complotiste » : il a toujours dit qu’il ne faisait pas de politique !
« Je vous expliquerai plus tard, Alexis ! »
Comme toujours avec lui dans ces cas-là.
 
Le plus étonnant, peut-être, c’est la présence du prince Robert.
Celui-là ne fait pas de bruit et sait se faire très discret. Mais c’est un membre influent du Gotha, allié par mariage et consanguinité à la plupart des familles princières et royales de la planète européenne.
En bref, il est bien présent sur tous les événements « princiers », mais n’a pas de hordes de paparazzi dans son sillage et il ne fait que très rarement une apparition dans la presse.
Mais tout le monde connaît son visage ovale et sa calvitie prononcée.
Il a des frères et des sœurs, surtout des sœurs, qui restent plus abonnées des magazines people que lui et font encore buzz sur les réseaux sociaux.
Mais c’est lui le chef de la dynastie depuis la mort de son beau-père, le Prince Henry.
Également une famille de milliardaires qui œuvre depuis peu de temps pour la planète après l’avoir consciencieusement mise en coupe réglée ― mines, bois & forêts, carrières, vignobles pour l’essentiel ― ce qui aura grandement participé à construire la fortune familiale depuis au moins six ou sept générations.
 
Naturellement, quand on est prince consort et bourré aux as, on ne fait pas de politique. Le gars se contente seulement d’un siège de conseiller municipal dans une petite commune rurale, sans délégation et sans étiquette politique.
Juste un mandat pour ouvrir les portes.
Et probablement avoir une ruelle à son nom, à son décès, pour assurer la postérité de la famille… sauf si un ancêtre y a déjà une place, une avenue ou un boulevard.
Les vanités de ce monde, décidément…
Mais comme là il est en présence avec au moins trois autres personnes qui me sont inconnues, je suppute une sorte de « complot » organisé par Jacques, le frère de Paul, et sa « réunion secrète », parce que si le « baron avocat au conseil » n’est pas présent, me semble-t-il, je sais encore additionner deux et deux…
Tellement secrète cette réunion dont il aura préparé sa tenue via sa « reconnaissance » préalable, que j’en suis « casernée », internée dans ma cabine, coupée de tout : aucun doute sur la relation de cause à effet, là !
Mais nourrie, blanchie et chauffée, tout de même.
Si secrète que quand « ces messieurs » repartiront, je n’aurai aucun accès à leurs divagations à bord : tous les fichiers, de ceux que je consulte de temps en temps, auront disparu ou seront inaccessibles !
Ostracisés !
 
On arrive désormais au large de Malte après avoir contourné la Sicile, dont je ne verrai rien, une fois de plus : la vitesse s’est un peu accélérée, me semble-t-il. Et il commence à faire bon à tel point qu’Aurélie se partage désormais entre ses « poupées » et ses sorties en mer poursuivie par un drone de surveillance.
Personnellement, je préfère l’eau de la piscine à l’arrière du navire : elle est chaude, on est à l’abri du vent et le soleil donne à plein : faire le plein de vitamine D en plein hiver de façon aussi confortable, c’est un vrai plaisir. Je vais rentrer avec une mine superbe !
Le navire accueille des « touristes » probablement ukrainiens ou russes depuis quelques temps et on navigue vers l’Égypte.
Il est question de passer par le canal de Suez jusqu’en mer rouge dans les prochains jours.
Les slaves s’épuisent dans leurs cabines avec les « poupées » dont manifestement ils raffolent.
J’en croise peu au restaurant ou au self-service, d’autant qu’Aurélie n’y va plus non plus : on se fait servir dans nos chambres, soit chez l’une soit chez l’autre.
Petit-déj’, déjeuner et dîner.
Quoique certaines fois je mange seule, Aurélie oubliant de s’alimenter.
En revanche je croise parfois quelques passagers à mâtines quand je fais mon footing et le soir quand je vais perdre quelques jetons au casino.
Je patrouille comme Minouche…
Mais l’essentiel que je croise reste les robots type numéro 16, des « chenillettes » ou des têtes de con malappris quand ils dédaignent jeter un œil sur moi.
 
Depuis plusieurs jours je m’inquiète : je ne vois plus Mélanie. Elle semble se déplacer à la vitesse de la lumière d’après les indications de l’IA qui fonctionne de nouveau et sans relâche avec sa data associée, disparaissant ici, réapparaissant là, notamment quand je cherche à la croiser.
Je repère bien mes déplacements horodatés, mais pas les siens qui restent, comment dire… « hachés ».
Autre surprise, depuis le passage au large du continent, je n’ai plus à me plaindre des odeurs de cigare qui empestaient mon balcon le soir.
Ce navire reste décidément un vrai mystère.
Il marche et fonctionne tout seul et c’est finalement un véritable désert, sauf à quelques occasions.
Les seuls mouvements qui peuvent être intéressants, parce que sortant de l’ordinaire, ce sont les aller-et-venues des hélicoptères.
De l’intérieur, écoutilles et portes fermées, on ne les entend pas.
En revanche, depuis les ponts et notamment la piscine, on les voit arriver de loin, s’aligner sur la poupe et la trajectoire du navire, avancer en crabe en fonction du vent relatif, ajuster leur vitesse, passer au-dessus des deux petites cheminées rases, et venir se poser sur le pont supérieur pour déverser leurs passagers et marchandises, puis en embarquer d’autres, les « partants ».
Les turbines font parfois un boucan d’enfer quand ils décollent, modifient un peu les vents apparents jusque sur le pont arrière : on ne peut pas les manquer alors qu’ils ne restent pas longtemps au-dessus du navire, virant à gauche ou à droite pour prendre leur cap vers leur destination finale.
Mais jamais les pilotes ne descendent de leur machine…
Ce qui est bien dommage, finalement.
Sauf une fois où le pilote est sorti, pas longtemps, juste pour vérifier la fermeture d’un coffre.
Et il est reparti rapidement.
 
C’est que sur ce navire où tout le monde ne pense qu’à bouffer, baiser et boire, ça manque décidément d’hommes disponibles.
Ils sont là, mais sont occupés avec leurs « poupées ».
D’ailleurs ils ne viennent que pour ça.
La table est bonne, la cave est bien garnie et les « poupées » ne sont pas farouches, loin de là : même pas besoin de passer par l’étape de la drague pour obtenir son compte !
Un drame.
Tout se perd !
Les hommes, même les mâles vraiment dominants, ont-ils oublié l’ambition et le dessein de l’humanité de se dépasser pour pouvoir tutoyer les dieux, à leur égal, au lieu de devoir se contenter de ne devenir que de piètres machines à éjaculer pour assurer leur rôle de maîtres de la planète ?
Où va-t-on au juste ?
Où sont-ils ceux qui nous feraient tant honneur ?
Même aux abords du tripot, quand j’y suis et que j’en croise un, aucun ne s’approche : j’ai droit à un coup d’œil presque méprisant et ils passent à autre chose.
 
Jusqu’à ce que, entre Chypre et Port-Saïd, réapparaisse le prince Robert…
Je le repère sur l’écran de mon ordinateur, parce que là, il n’est pas censuré par l’IA.
Que j’en reste toute surprise.
Je fonce au restaurant où il s’est installé avec les poupées « Aïcha » et « Clara », deux « jeunettes » au physique appétissant.
Et je m’installe à une table.
Il faut dire que je viens de manger dans ma cabine d’un fondant de foie-gras tiède accompagné d’un Sauternes absolument délicieux et que je me mortifiais d’avaler autant de calories en si peu de temps : j’avais pourtant pris le temps de déguster.
Assez pour vider une demi-bouteille avant de me plonger devant mon ordinateur pour télécharger les images de Minouche prises dans la journée.
C’est à cette occasion que je repère le prince Robert.
Un petit tour sur l’IA du bord et je le loge assez facilement au restaurant.
Sur une pulsion, je décide de le rejoindre après m’être recoiffée et quelque peu maquillée pour ne pas paraître sortir d’une grotte du Neandertal.
Et ça n’a pas loupé !
Lui me regarde avec avidité et je lui rends son œillade et son sourire.
Le temps de m’assoir et de commander une salade de fruits frais, il est déjà à m’interpeler de loin pour que je vienne le rejoindre à sa table avec ses « poupées » qui minaudent devant leur assiette de mets qu’elles ne savent pas métaboliser.
Tu penses, enfin un gentleman qui ne laisse pas seule une inconnue, même moche par rapport à ses « poupées », ce n’est pas innocent !

mardi 2 août 2022

La croisière d’Alexis (21)

Vingtième-et-unième chapitre
 
Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existantes par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
C’est ce que Paul m’expliquera bien plus tard, à la lecture du « premier jet » de ce récit.
« C’est l’objectif. L’homme n’est qu’un animal. Avec une particularité qu’il partage avec une poignée de mammifères, pas beaucoup plus : la reproduction de l’espèce s’accompagne d’un sentiment de plaisir sexuel intense qui l’oblige à s’y soumettre.
Sans ça, aucun d’entre nous ne serait né ! »
Probablement.
« C’est d’abord l’attirance qui co-génère un flux d’hormones se traduisant par un fort désir sexuel.
On croit tous qu’il s’agit de sentiments, si puissants d’ailleurs, qu’on les imagine éternels et même bien au-delà, alors qu’en fait c’est une façon pour nos organismes de se « dépasser ».
On sublime et on pense « amour » alors que nous sommes esclaves de nos jeux d’hormones.
En réalité, ça existe bien, l’amour, et c’est souvent romancé de jolies façons ― les plus belles pages de littérature, de poésie et de tragédie ― mais ce n’est jamais qu’une façon comme une autre à laisser nos « humeurs » prendre en main notre destin.
Les femmes nidifient, les hommes fécondent, rien de plus.
Or, si on laissait faire notre seule raison, il ne se passerait rien.
Vous-même, vous avez parfaitement compris l’incongruité du procédé pour le ressentir comme grotesque, n’est-ce pas ? »
Effectivement.
Au moins ce soir-là et plusieurs fois avant et après…
Mais on peut aussi mettre ça sur le compte d’une frustration d’être obligée d’y assister alors qu’on s’imaginerait bien en être acteur engagé corps et âme…
 
« Eh bien, c’est exactement comme ça que je rentabilise toutes ces installations qui vous paraissent si luxueuses. »
Comment ça ?
Vais-je enfin savoir ?
« On attire le chaland par la promesse d’expérience unique au monde. Pour un prix finalement dérisoire mais sélectif. Ça fonctionne en appuyant sur différents aspects en fonction du public auquel on s’adresse.
L’objectif est de « goûter » à la marchandise proposée et on fabrique un environnement luxueux pour y ajouter quelques artifices qui donnent le sentiment d’être un personnage important.
Un peu comme mon frère que vous avez croisé… »
Oui, il s’est même cru comme son associé pour revendiquer un statut supérieur qu’il n’avait pas…
« Exact. Mais lui, il s’est toujours cru vraiment sorti de la cuisse de Jupiter depuis tout petit et ça s’est aggravé au fil des années. La principale qualité de tous les « baveux » du monde sans ça ils feraient un autre métier. Acteurs, par exemple… »
Et puis, ils « tombent amoureux » de leur poupée dès après la première passe…
 
« Comme « mes » clients sont en principe un peu friqués ― il faut déjà avoir envie de se faire plaisir trois jours et deux nuits perdu en mer à 300 euros le séjour ― ils ont les moyens d’acheter une, voire plusieurs poupées… »
En général celle qu’ils ont essayé.
« Facturée 500.000 euros, SAV assuré à vie moyennant le paiement annuel d’une « prime d’assurance », j’en ai vendu des dizaines rien que le premier mois de croisière.
Et quand ce navire-là ira en mer du Japon, ce sera tous les jours ! »
Ah oui… tout de même !
 
Plusieurs questions me viennent à l’esprit. Pourquoi un million d’euros, le double pour la coréenne ?
« Parce qu’il s’agissait de reproduire un modèle avec la plus fine précision. Là, les mannequins peuvent être fabriqués à la chaîne et ne doivent surtout ressembler à personne de connu. »
Pas de concurrence à redouter ?
« Bé si, naturellement, surtout de la part des japonais et des chinois.
Mais en Chine, ce genre de production sera interdite par le PCC, après qu’ils en auront goûté tous les effets pervers. Et au Japon, nous aurons pris une telle avance technologique protégée par toute une série de brevets que nous resterons en position oligopolistique pendant très longtemps. »
Et ses clients, ne se lassent-ils pas à force d’abuser ?
« Si, mais on propose d’autres modèles à découvrir… »
C’est dégueulasse pour les « vraies femmes » !
« Mais non : elles auront elles aussi leur toys couillus ! »
Infernal.
 
Et l’espèce, dans tout ça ?
« Il paraît quelle ravage la planète ! »
Alors lui aussi ferait parti du grand complot de « l’agenda 2030 », à sa façon ?
« Pas du tout ! Mais certains le croiront, naturellement.
L’espèce humaine a encore de longs siècles d’évolution en devenir… »
 
Quels sont les effets pervers, tout juste mentionnés à l’instant ?
« L’addiction. Quand vous trouvez le partenaire « idéal » pour répondre systématiquement aux moindres de vos désirs, on a du mal à s’en séparer.
En fait, ce n’est pas tant la représentation physique fournie par la poupée, là il s’agit d’un choix qui peut être évolutif.
C’est en réalité l’ordinateur qu’il y a derrière et qui gère la machine. Or, cet ordinateur gère les mouvements et attitudes, mais sait aussi apprendre de « son client ».
Vous avez vu comment la poupée de mon frère aura été capable de soutenir son attention en lui parlant de droit à travers les QPC du moment ? »
Oui, je dois dire, a posteriori, que c’était assez bluffant, finalement.
« Il n’y a vu que du feu mais la « poupée » était branchée via Internet sur les données disponibles du moment et les plus fines analyses pour lui donner la répartie.
À la limite, ça l’aura intéressé bien plus pendant le dîner que de fantasmer sur les charmes et rondeurs du modèle choisi.
D’ailleurs, il aura complété sa fin de soirée par un second modèle correspondant également à ses fantasmes.
Une belle intellectuelle d’un côté, une sauvageonne de l’autre côté… »
Juste un trou dans lequel « purger le jonc », quoi ?
« Trois trous ! » répliquera Paul avec un sourire malin au coin de lèvres…
 
Le lendemain, je ne recroise pas Jacques le pédant : il sera reparti avec la bordée d’hélicoptères qui feront des rotations depuis Marignane au loin et de nouveaux passagers.
Des italiens et des ingénieurs pétrochimiques qui viennent se dévergonder pour des motifs divers, plus quelques autres, au moins jusqu’au large de Gênes, qu’on aura vu de loin, où on embarque des suisses.
Il y aura d’ailleurs un pianiste célèbre parmi eux qui restera plusieurs jours trouvant les sonorités du théâtre « absolument parfaite »…
Lui, les « poupées », c’est juste un amuse-gueule : il aura passé son temps à faire des arpèges, déchiffrer des partitions et composer des improvisations.
J’avoue que ce n’est pas toujours mélodieux même s’il y avait assez peu de fausses notes, de celles qui écorchent les oreilles, durant ses heures et ses heures de « travail ».
Le ciel est plus limpide et l’atmosphère moins fraîche quand on passe à proximité de l’Italie.
J’ai enfin la possibilité de voir des côtes et même des volcans, de loin, quand je suis dans la cabine d’Aurélie ou sur un des ponts à lézarder ou à lire.
Je peux même voir la Corse et ses montagnes ourlées de nuages. Il me semble d’ailleurs qu’il y a de la neige en altitude.
 
Plusieurs changements : je n’ai plus cette odeur vespérale de cigare quand je me pointe sur mon balcon pour observer le coucher du soleil.
Aurélie devient plus « sociable » : elle sort plus souvent de ses parties de jambes en l’air.
Aura-t-elle fini par avoir exploré tout le catalogue des « poupées » du bord ?
Ou alors ça ne l’amuse plus : elle préfère même jouer aux dominos avec moi ! Pas longtemps ni très souvent, dois-je rajouter.
Jusqu’à un soir où, pour une raison inconnue, nos portes ne s’ouvrent plus.
Je m’en alarme !
Une panne à bord ?
Franchement, c’est paniquant.
Et si le navire coulait, je fais comment pour récupérer Minouche et aller jusqu’aux canots de sauvetage ?
Rien à faire et le numéro 16 affecté à mon quartier reste muet.
La situation dure un moment pendant lequel j’explore les voies de secours possibles.
En fait, il n’y en a qu’une : le balcon.
Mais il faudrait un drap ou une corde, équipée d’un grappin pour tenter l’escalade de la paroi jusqu’à l’ouverture sur un des ponts promenade, probablement au-dessus de ma fenêtre.
Ou seulement s’attacher pour éviter de se flanquer à la flotte…
Je ne tente pas l’aventure, préférant laisser des messages de détresse à toutes les adresses de l’intranet du bord auxquels même Aurélie ne répond pas.
Car évidemment, l’internet est coupé : pas moyen d’avertir Paul de ce dysfonctionnement majeur, voire très inquiétant !
Même mon portable n’a pas de réseau.
C’est vraiment paniquant.
 
Finalement je reçois un message sur mon ordinateur m’indiquant qu’il s’agit d’un exercice.
Tu parles, en pleine nuit alors qu’il n’y a plus personne à bord…
Et puis j’entends et je vois le ballet des hélicoptères qui survolent la zone d’appontage.
Il se passe des choses au cœur de la nuit qui ne sont pas habituelles.
Même l’accès aux données de l’IA et de la data est interrompu !
Le lendemain, « l’exercice » se poursuit : nous sommes consignées dans nos cabines, l’intranet refonctionne mais pas l’internet. Nos « chenillettes » nous apportent à manger et boire selon nos désirs, d’autres font le ménage et le lit, mais des numéros 16 en surnombre nous barrent le passage de sortie.
Ce n’est pas que je n’ai pas essayé, mais, sans violence, ces robots sont physiquement nettement plus fort que leur silhouette gracile ne le laisse supposer.
Pas moyen de les déstabiliser, les faire chuter ou ne serait-ce que de les bouger d’un seul centimètre. En plus, ils sont vraiment très agiles et rapides.
Et, sur un ton très aimable, ils t’expliquent avec douceur qu’il s’agit d’un exercice qui ne va pas durer mais qu’il faut s’y plier !
Prisonnière, voilà ce que je suis devenue…
Jamais je ne me suis sentie prise au piège de cette façon aussi flagrante, jusqu’à en avoir la rage, avant de me calmer, car à quoi bon : tout casser ne servirait à rien.
 
Quand enfin Minouche parvient à se faufiler entre mes garde-chiourmes.
Je la caresse et lui demande ce qui se passe à bord. Elle miaule gentiment pour me répondre : je la pose sur la table du bureau et je télécharge les images que sa caméra aura recueillie.
La manœuvre est relativement rapide, même si ça fait plusieurs jours que je ne l’avais pas fait.
Je sauvegarde et duplique sur le disque dur amovible avant de lire.
 
Rien d’anormal durant les longues heures de la journée et de la précédente.
En revanche, approximativement au moment du « blocage » de l’IA, Minouche est sur le pont arrière, couchée sur le coussin d’un transat quand les hélicoptères embarquent tous les passagers puis en débarquent d’autres, une poignée seulement.
Des visages inconnus, en complet-veston, la plupart du temps sans cravate et équipé de seulement un petit-attaché-case ou d’un étui d’ordinateur portable.
Sauf un, qui arrive seul.
C’est fugitif puisqu’il s’engouffre à son tour dans le local des ascenseurs.
Celui-là, c’est sûr, même si ça mérite confirmation visuelle : il s’agit de Patrick Ziguinchor, dit aussi Zébulon, le chroniqueur polémiste de plusieurs médias français qui vient s’encanailler avec les machines de Paul.
Je comprends mieux que moi, la journaliste, on me tienne à l’écart : imaginez le scoop que ça pourrait faire !
Et il est accompagné de qui ? Mais du prince Robert, le multimilliardaire Cannois qui a fait fortune dans le commerce international et plein d’autres choses…
Là, il se prépare une « opération de l’ombre » dans le dos de tout le monde, où je ne m’y connais pas…
Je renvoie donc Minouche se promener dès qu’elle a fait ses besoins et sa toilette. Un chat, ça passe son temps à se toiletter ou à dormir. Accessoirement, ça mange, boit et réclame des caresses…
On verra bien demain quelles images elle me rapportera.
Car je compte bien comprendre ce qui se passe : après tout c’est mon rôle dans cette croisière.
Tout ce qui se passe à bord.
Mais il y a comme une atmosphère « complotiste » qui ne s’épuisera qu’au lendemain soir avec le départ de « ces messieurs-là » : on peut déjà en conclure qu’ils ne sont pas venus pour la gaudriole avec les poupées de leur choix, sans ça, ils seraient restés une nuit de plus, évidemment…

lundi 1 août 2022

La croisière d’Alexis (20)

Vingtième chapitre
 
Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existantes par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
« Enchantée ! »
De Bréveuil, je connais puisque c’est le nom de mon patron, mais Jacques en baron, si je savais que « ça » existait en chair et en os, je n’avais pas encore croisé.
« Je suis l’aîné de la fratrie que je forme avec Paul. »
Ça, je savais déjà : le « petit-frère ».
J’avais lu les deux épisodes de « Au nom du père » sur le blog de « I-Cube ».
Et que me vaut l’honneur d’une telle visite ?
« Je viens faire mon petit tour du propriétaire ! »
Parce qu’en plus il se prendrait pour le propriétaire de la compagnie et du navire, cet oiseau-là ?
« Comprenez, mon statut d’avocat à la Cour de cassation et au Conseil d’État, m’interdit de gérer des sociétés commerciales… Ce que mon frère peut faire sans être gêné… »
Oui c’est ça : il délèguerait ainsi son frère à la gestion de « sa » propriété, le fat !
Du grand n’importe quoi, là !
C’est que je ne connais pas encore tout de mon « boss », mais je sais au moins une chose c’est la façon qu’il a de « faire ses affaires », d’où vient sa fortune et comment il la gère en vue d’atteindre ses propres objectifs, avec qui il s’associe et surtout avec qui il ne s’associe pas.
Or, son « petit frère » fait plus que probablement partie de cette dernière catégorie !
 
D’autant que je sais aussi qu’ils ne s’entendent pas très bien : ils ont toujours été « en compétition », probablement sur bien des plans, et que l’affaire de la succession de leurs parents aura été interminable pendant très longtemps. Une tautologie, en somme. Elle n’a été soldée que contraint et forcé il y a seulement quelques années.
Ce qui n’a pas empêché Paul de « mouiller la chemise », comme on dit, pour sauver la vie de son « petit frère ».
Ces deux-là sont finalement incompatibles. L’aîné reste « l’héritier », le cadet est l’électron libre.
Et comme en plus ils sont « en concurrence » permanente, me semble-t-il, ça n’arrange pas leurs relations.
Le présomptueux, qui a tout de même un air de famille avec mon patron, la carrure en moins, continue sur sa lancée : il en est fort drôle, finalement.
« Je constate que Paul a toujours eu l’idée fixe de faire dans l’hôtellerie. C’est une manie chez lui. J’ai bien fait de l’encourager tant et plus : à chaque fois qu’il dispose d’un bâtiment, je veux dire d’une bâtisse, il la transforme en hôtel-restaurant.
Mais là, je dois dire que, comme si la terre ferme était trop petite pour lui, cette affaire « en mer » est une pure merveille.
Grand-luxe, chapeau ! »
C’est vrai que c’est pas mal, finalement. Un peu étroit pour des longs séjours, mais on peut ne pas s’ennuyer… si on ne fait que passer.
« Ça doit coûter bonbon… »
Voilà qu’il se coupe : « Vous devez savoir combien, puisqu’il me semble que vous gérez tout ça de loin, d’après votre propre dire… »
Il reste un peu gêné… cherche une réplique : « Je ne suis pas comptable mais avocat ! »
La « race supérieure », en tout cas à celle des « gens du chiffre » ?
Et il change de sujet…
 
« Vous êtes à bord depuis combien de temps… ? » et patati et patata et pata-couffin, bref, une tentative de drague maladroite.
Tout y passe : ce que je fais dans la vie. Journaliste. Ce que je fais à bord, des vacances ? Je fais un reportage. Voilà pourquoi il n’y a pas d’enfant. Je ne me suis pas encore reproduite. Pas trouvé le père idéal ? Il y a un trop plein de candidats : un dans chaque port. Peut-il m’offrir un verre dans ce cas ? C’est Paul qui offre : « Tout est gratuit ici ! »
« Non mais écoutez, Maître Jacques, si c’est un coup d’un soir que vous cherchez, allez donc épuiser le cheptel des jolies demoiselles qui vous auront accueilli. Il suffit de passer commande depuis l’ordinateur de votre cabine. Il paraît qu’elles sont vraiment expertes et ça ne vous coûtera pas un sou de plus ! »
Là, il s’offusque : « Un bordel flottant alors ? Et mon frère qui ferait proxénète sans que je le sache ? Pas possible ! »
Mais si !
« Ici, tout est conçu pour le bien-être des passagers. Et vous le verrez très vite, à part eux, ma copine, moi, notre capitaine, tout n’est que machines, robots, automatismes, y compris les minettes qui vous ont accueilli. »
Pas possible !
Mais si justement : « Pas de proxénétisme à redouter, puisque ce sont des machines. Des sex-toys grandeur nature et c’est assez bluffant paraît-il.
Vous n’avez qu’à essayer. »
On serait à la pointe du progrès de la cybernétique, à ce bord ?
« Ce n’est probablement pas pour rien que ça s’appelle « Paradise Cruise ». Vous devez savoir ça si vous en êtes le patron véritable… »
Ce n’est pas ce qu’il a dit…
« J’aurai mal compris, alors… »
 
En réalité, après ce second mouchage de nez, le suffisant se résigne à redevenir un être normal et il explique qu’il cherche un endroit discret pour une réunion secrète avec des personnages importants … pour l’avenir du pays…
« Si elle est secrète, je n’ai pas à le savoir !
Mais vous êtes probablement tombé au bon endroit. L’accueil est somptueux et les oreilles indiscrètes ne sont pas très nombreuses.
Regardez-moi : je n’ai croisé notre seul membre d’équipage, à savoir notre capitaine, que quelques poignées de minutes hors le tour qu’elle m’a fait faire à mon arrivée.
Personne ne sait ce qui se passe dans les chambres sauf ceux qui y sont. La discrétion totale est la norme ici. »
Me voilà qui fais involontairement l’article.
« C’est exactement ce que je recherche pour cette réunion… qui n’existera dans aucun livre d’Histoire… »
Ça, il ne le sait pas encore, puisque j’en parlerai dans le rapport que je ferai de mes activités à bord.
 
Je commence à deviner la raison pour laquelle mon boss, Paul de Bréveuil, m’aura envoyée ici pour mes vacances de fin d’année.
Ce qu’il confirmera par la suite telle que je serai dans l’obligation de rappeler ces éléments nouveaux dans un volume inédit des « Enquêtes de Charlotte », sa biographie.
Mais à ce moment-là, je ne le sais pas encore : je suppute seulement.
Jacques prend congé de ma compagnie quand une « chenillette » vient me servir un « cocktail maison », une invention de Mylène - coco/ananas/glace pillée qui est rehaussé à la demande de rhum blanc, de gin ou de vodka, au choix.
Là, c’est servi avec du vin blanc pétillant, probablement italien.
Ça devrait avoir un succès formidable quand il fera plus chaud, car ça se boit comme du petit-lait.
 
Le ciel se voile un peu et je décide de rejoindre Aurélie. Elle va finir par me faire une « grosse fatigue »…
Nous allons dîner au self où nous croisons Jacques qui se fait accompagner par une « poupée ». Véra, je crois.
Blonde, cheveux longs et ondulés, yeux bleus, la vingtaine, taille de guêpe, poitrine « massive » et petites fesses rondes : un archétype !
Il veut absolument qu’elle prenne quelque chose à manger ou à boire pour l’accompagner, mais c’est une machine et elle le lui répète : elle ne peut rien métaboliser alors que lui se remplit une assiette entière de divers mets analogues à une montagne que la « chenillette » en a bien du mal à ne pas en renverser au-delà des bords de ladite assiette pourtant déjà grande.
Et il a l’air content.
Les voilà partis pour une longue discussion qui tourne, d’après ce que j’en ai compris, autour des dernières QPC, questions prioritaires de constitutionnalité, qui font l’actualité du Dalloz.
J’imagine que la machine a du répondant, puisque c’est l’IA du bord qui lui fait poser des questions et parfois le contredit ou rajoute des détails sur des points de doctrine pointus auxquels je ne comprends rien.
Il doit la trouver vraiment intéressante puisqu’une des spécialités de la machine c’est de le laisser parler le plus possible.
Aurélie, qui est enfin sorti du « piège du buffet », à savoir se contenter du nécessaire pour se nourrir et non pas s’empiffrer de tout ce qui passe à sa portée sans modération, ne peut pas s’empêcher, en sortant de se présenter en interrompant la conversation de « la belle et la bête ».
« Vous savez, ce n’est qu’une machine. La seule chose qu’elle sait bien faire, c’est baiser ! »
Surpris, il lève ses yeux sur elle et lui demande : « Vous êtes qui, vous ? »
À laquelle elle répond sans flancher : « L’associée de Paul de Bréveuil ! »
Ce qui est en partie vrai puisqu’elle aura officiellement pris le relai de Charlotte, la sienne, celle dont le nez bougeait de haut en bas quand elle parlait, dans la « CIA », Central Investigation Agency, dans laquelle Paul aura repris des parts via un compte courant, permettant à Aurélie de toucher un salaire régulier…
Le fat en reste interloqué.
« Ce navire vous appartient, alors ? »
Pas du tout. « Paul a de nombreuses activités très lucratives. Moi, je n’en aurai pas les moyens. Mais je m’occupe de l’une d’entre elles en qualité d’ex-maîtresse de Charlotte. »
De quelle « Charlotte » parle-t-elle ? Parce qu’il y a la sienne, mais aussi le mien, son surnom dans tous les services aéronautiques mondiaux…
Finalement, je me rends compte qu’Aurélie aura eu deux amant/amante portant ce même prénom…
Parce qu’elle a d’abord été la bateau-stoppeuse embarquée à Calvi avant de connaître l’actuaire débarquée de sa compagnie de réassurance !
Et nous le laissons avec sa « poupée » après l’avoir salué et lui souhaité une bonne nuit.
 
Au retour, nous croisons dans le couloir un « passager » éméché aux bras de deux « poupées », l’une rousse et grassouillette, l’autre émaciée et blonde.
Aurélie est attendue par « Fathia », une poupée aux allures rebeu, brune et potelée à souhait, pendant que ma chatte en profite pour me faire faux bond, une fois de plus…
De tout façon, elle ne fait que ce qu’elle veut et part en patrouille.
Mais je n’aurai pas eu l’occasion de télécharger ses prises de vue de la journée. Je le ferai demain.
Et je me fais servir un verre de Grand-Marnier où flotte deux glaçons par « ma chenillette » venue préparer mon lit, pour le siroter sur mon balcon.
Il fait frais, le ciel est dégagé et je ne sais pas du tout où l’on est : pas une lumière à l’horizon, sauf celles d’un porte-containers au large. La mer est légèrement agitée, mais le navire n’oscille pas du tout sur ses axes d’avancement.
Une merveille.
Sauf, qu’une fois de plus, par bouffée, je sens cette odeur de cigarillo venir chatouiller mon nerf olfactif. Décidément pénible…
 
Ce qui me décide à aller patrouiller sur les ponts extérieurs à la recherche de l’origine de cette satanée odeur.
Une fois de plus, pour rien.
Je me console en descendant jusqu’au casino où je suis seule à animer la table de boule.
Je perds rapidement mes jetons et je prolonge alors jusqu’à la discothèque qui est déjà animée par quelques passagers qui dansent sur la piste.
J’y retrouve « mon avocat au Conseil » qui se déhanche face à sa « poupée » qui en fait autant, voire même un peu plus, illuminée par un immense sourire.
Un monde d’illusions, oui, c’est ça. Tout n’est qu’illusion à bord de ce navire, finalement.
Elle danse bien alors que lui ne fait qu’agiter ses bras faisant passer le poids de son corps d’un pied sur l’autre à la manière d’un twist improvisé et lui glisse quelques bécots quand elle s’approche de très près.
Elle finit par l’enlacer tendrement…
Un autre « passager » est déjà passé à l’étape ultérieur dans un coin sombre, en oubliant qu’il a une chambre avec un vaste lit confortable pour cette activité-là.
Je m’en vais, une nouvelle fois un peu écœurée : la fornication est probablement la seule activité jouissive qui permet la perpétuation de l’espèce, et j’en suis ravie, seulement quand j’en reste le centre de gravité.
En revanche, le spectacle de celle-ci, quand on n’y participe pas soi-même aurait tendance à m’indigner profondément.
Le manque de pudeur m’exècre, probablement.
Mais alors, avec « des machines », on touche là au summum du ridicule, puisqu’il ne s’agit que de sexe, même pas de procréation et de toute façon, sans aucun sentiment : juste une attirance sexuelle.
Or, l’illusion est vraiment confondante avec les « poupées » de Paul.