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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

dimanche 27 novembre 2016

Laudato si… (LXV)


Soixante-cinquième chapitre : Coup de pouce du 15 mars 2016.

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

Dans les textes, il aura fallu en fait attendre plus de quatre ans pour voir apparaître le fameux décret relatif à « la conservation des données des communications électroniques » qui précise quelles données de connexions les fournisseurs d’accès internet (FAI), les opérateurs de téléphonie fixe et mobile doivent conserver « pour les besoins de la recherche, de la constatation et de la poursuite des infractions pénales ».
Et surtout la durée de conservation, fixée à un an « à compter du jour de l’enregistrement ».
Selon les directives européennes en la matière, les pays membres de l’Union peuvent aller de six mois à deux ans maximum. Les autorités Française auront donc choisi de rester sur sa ligne adoptée en 2001, après les attentats de New-York et Washington. Le gouvernement de l’époque avait fait adopter la loi sur la sécurité quotidienne, qui édictait déjà les principes d’une rétention des données. Mais ce volet était resté lettre morte, faute de décret d’application.
Depuis, la loi sur la sécurité intérieure de mars 2003 et la loi contre le terrorisme de janvier 2006 sont venues renforcer le dispositif. Le décret du 24 mars de la même année vient en préciser la mise en œuvre. Il définit notamment le type de données qui doivent être conservées : les informations permettant d’identifier l’utilisateur ; les données relatives aux équipements terminaux de communication utilisés ; les caractéristiques techniques ainsi que la date, l’horaire et la durée de chaque communication ; les données relatives aux services complémentaires demandés ou utilisés et leurs fournisseurs ; les données permettant d’identifier le ou les destinataires de la communication.
Mais rien sur les contenus proprement dits des connexions au nom du principe de la protection de la vie privée.
Les opérateurs de téléphonie mobile doivent par ailleurs être capables de fournir l’origine et la localisation d’une communication, ajoute le texte : ils se contenteront de garder l’identifiant de l’antenne-relai la plus proche qui prend en charge la connexion et celui où le message est délivré.
Pour certains, ce décret représente toutefois l’aboutissement d’une stratégie de contrôle toujours plus large de la population, dont la lutte contre le terrorisme ne constitue qu’un alibi. « La rétention des données de communication révèle l’intimité des personnes, cartographie leurs activités et identifie les réseaux de relations tissées entre elles ».
C’est exactement ce qu’exploite le logiciel de Huyck le hollandais polytechnicien sous l’égide de Paul.

Le décret du 24 mars introduit également le principe d’une compensation pour dédommager les opérateurs « des surcoûts identifiables et spécifiques supportés pour la fourniture » de ces données aux autorités judiciaires qui en font la demande. Mais les montants les modalités devaient être précisés par un arrêté et le calcul n’a jamais été fait.
Signalons aussi que l’article 6 de la loi antiterroriste de 2006, ces dispositions s’appliquent non seulement aux opérateurs télécoms et aux FAI, mais aussi à tout établissement ouvert proposant un accès internet au public, comme les cybercafés.
Il prévoit également que l’accès aux « loggings » de connexion par les autorités policières, à savoir l’historique des événements, « log » pour « journal » de l’anglais « log file », ne soit plus soumis à l’autorisation d’un juge, mais encadré par une personnalité qualifiée, nommée auprès du ministre de l’intérieur.
Un des interlocuteurs de Gustave.
Et ce n’est qu’avec ça – et les écoutes des fréquences de police de Nathalie depuis le Kremlin-Bicêtre où les antennes sises sur le toit-terrasse des locaux qui n’ont jamais été démontées faute de temps (cf. l’épisode « Mains invisibles » des enquêtes de Charlotte, publié aux éditions I3) – que la première alerte de la CISA est déclenchée, via le ministère de l’intérieur, qui relaye en Belgique, alors même que des pandores visitaient le site du Kremlin-Bicêtre guidés par Gustave.
Les coïncidences hasardeuses…

De néant, on passe en quelques heures à « alerte-bleue », le lendemain à « jaune », puis quelques heures plus tard à « orange », plus précisément autour de Bruxelles. Puis à « rouge » avant de devenir « noire » quelques heures avant les attentats de Bruxelles : l’écheveau de connexions courtes, cryptées de quelques IP repérés préalablement dans plusieurs « groupes » et forums de l’historique chargé en janvier et février, s’anime brutalement alors qu’ils auraient été restés silencieux et inertes après les attentats de novembre à Paris.
Une « cellule » suspectée de terrorisme, déjà plus ou moins cernée par l’enquête policière qui dispose ex-post des mêmes données téléphonique de novembre et en remonte les fils depuis, vient de se rallumer : trop beau pour ne pas être « signifiant ». !
Plus tard, il y aura des niveaux intermédiaires d’alerte, comme « vert » entre la bleue et la jaune, « blanche » et « bleue-pale » signalant l’existence d’anomalies récurrentes sur les réseaux.
Il faut rappeler le contexte du moment pour mieux comprendre.

Tout d’abord, ça se passe en Belgique où il y a trois opérateurs de réseaux mobiles (BASE, Orange (ex-Mobistar), Proximus) mais aussi un certain nombre important d’opérateurs mobiles virtuels MVNO, ou encore par des partenaires commerciaux qui transitent par les mêmes antennes.
BASE, travaille ainsi pour Allo RTL, Turk Telekom Mobile, Aldi, Carrefour Mobile, Contact Mobile, Digiweb, Ello Mobile, JIM Mobile, Join Experience, Nextel Mobile, Ortel Mobile, Simyo, Sudpresse Mobile, United Telecom, Mobile Vikings, SFR, Transatel, Vectone Mobile.
Orange (ex-Mobistar) porte les réseaux du 1617, de Galaxy Mobile Solutions, de Lycamobile, Plug Mobile, Red Bull Mobile, Telenet, Tellink, Transatel, Voo.
Et Proximus travaille avec La Poste, Scarlet Mobile, Schedom/Dommel.
BASE, Orange et Proximus sont les seuls à avoir déployé des infrastructures radioélectriques en Belgique et exploitent des réseaux qui correspondent à différentes générations technologiques : 2G/GSM, 3G/UMTS/HSPA et 4G/LTE.
Le GSM (système 2G) avait été conçu pour n’offrir que le service de téléphonie mobile et des services de messagerie comme les SMS.
Par la suite, les réseaux 2G ont évolué pour offrir des services de transmissions de données appelés GPRS ou EDGE.
Les systèmes 3G (UMTS) et 4G (LTE) visent à fournir aux utilisateurs des services performants de transmission de données pour accéder à Internet, à partir de terminaux mobiles comme les smartphones et les tablettes. La principale différence pour l’utilisateur entre les systèmes 3G et 4G est la vitesse de transmission qui est de l’ordre de six à sept fois plus élevée avec le 4G. Par exemple, la transmission d’une photo dure typiquement une dizaine de secondes sur un réseau 3G, alors qu’elle peut s’effectuer en seulement une à deux secondes sur un réseau 4G.
Selon les enquêtes de satisfaction dans le royaume, c’est toujours Proximus qui mène la danse. Mais les autres opérateurs ne sont pas en reste et rattrapent progressivement le leader. Mobistar a augmenté le nombre d’antennes émettrices d’un tiers alors que Base est carrément en hausse de 50 % !
Globalement, la couverture 4G n’est pas encore au rendez-vous, se limitant bien souvent aux centres des villes et disparaît rapidement dès que l’on s’éloigne de plus d’un kilomètre du centre. C’est Mobistar qui sort vainqueur de ce test-là avec une disponibilité de 53 % du territoire visité par les testeurs contre 37 % pour Proximus et 41 % pour Base.
Proximus est donc étonnamment dernier sur ce seul critère.
Là où le bât blesse en Belgique, c’est que Mobistar est encore victime de nombreuses coupures de connexion : deux connexions sur trois seulement n’ont pas connu de coupures contre 84 % pour Proximus et 81 % pour Base.
De toute façon, les opérateurs sont soumis peu ou prou aux mêmes réglementations qu’en France et la présence à la fois d’Orange et de nombreuses connexions vers ce pays ou d’autres fait qu’une partie des fichiers téléchargés sans distinction par la CISA provient de Belgique.
A priori peu exploitables par la base de données du fichier de l’état-civil français, mais le trafic des messageries et appels cryptés semble être le fait des administrations sis sur place, en isolant assez facilement les administrations européennes (trafic Bruxelles/Strasbourg ou d’autres capitales européennes) et états-uniennes depuis le siège de l’Otan et jusqu’à Washington où les autorités avérées des pays membres.
Or, depuis les attentats de novembre 2015, la coopération anti-terroriste avec la Belgique s’est amplifiée : tout le monde sait les connexions entre les terroristes et leur base arrière en banlieue de Bruxelles et « la machine » surveille indistinctement tout ce qu’elle télécharge.
Et Nathalie voit passer les flux quasiment en direct…
La traque anti-terroriste se prolonge donc jusqu’aux abords de la capitale du plat-pays, ce qui la met en éveil.

Le 15 mars 2016, une opération policière à Forest, situé dans la région de Bruxelles-Capitale en Belgique, a lieu à la suite des attentats islamistes qui sont survenus quatre mois plus tôt à Paris dans les 10ème et 11ème arrondissements, ainsi qu'à Saint-Denis aux abords du Stade de France, et qui ont fait 130 morts et plusieurs centaines de blessés.

L’opération, menée par les services de police belge, appuyés par des membres des forces de l’ordre françaises, a tout d’abord pour but de mener une perquisition dans le cadre de l’enquête sur ces attentats.
Elle se déroule dans un immeuble à appartements situé à la rue du Dries n° 60, sur la commune de Forest où, à 14 h 15, les six enquêteurs se rendent sur place, en vue d’y mener leur perquisition. Dès l'ouverture de la porte, ils font face à un tir nourri d’armes à feu de type kalachnikov et riot-gun. Trois des six intervenants, dont une policière française, sont légèrement blessés par l’attaque à laquelle ils font face. Un quatrième policier situé à l'extérieur est également blessé.
Mohammed Belkaid, qui a joué un rôle notable de coordinateur à distance dans les attentats du 13 novembre 2015 à Paris sous le faux nom de Samir Bouzid, est tué en protégeant la fuite de Salah Abdeslam et d’un complice, qui seront retrouvés et arrêtés trois jours plus tard à Molenbeek.
Là, les compteurs de Nathalie ne tardent pas à s’affoler.
Un périmètre de sécurité est directement établi et la rue du Dries est fermée à la circulation. Les enfants présents dans les crèches et écoles situées à proximité, sont confinés dans les bâtiments.
Ce n’est qu’ensuite qu’interviennent les membres des unités spéciales belges, lesquels lancent l’assaut contre l’appartement concerné. Deux auteurs prennent la fuite par des toits situés à l’arrière de l’immeuble à ce moment-là. Ils ne sont pas interceptés.
À 18 h 15, un tireur d’élite de la police fédérale tue un suspect présent dans l’appartement, lequel s’apprêtait à faire feu de manière imminente sur des policiers présents dans la rue.
L’assaut prend fin à 18 h 50 et les médias mondiaux se seront précipités.
Gustave demande à sa fille comment on peut prévenir une récidive : instinctivement, il comprend que s’il y a des fuyards, ce n’est que le début des opérations…
Huyck Maartje est mobilisé par Paul : peut-il ou non déployer un dispositif de filature télécom en Belgique, sachant qu’on a les fichiers d’un des trois opérateurs de relais.
« Là comme ça, au pied levé, juste après la sieste ? »
Sieste pour le moins tardive, mais comme dit l’autre, s’il ne la fait pas avant d’aller se coucher, il va être « fatigué » le lendemain.
Oui, rapidement et sans autorisation…
« Ah, bé alors, si c’est sans autorisation, il fallait le dire tout de suite. Je te rappelle ce soir après avoir hacké leurs serveurs ! »
Le soir était définitivement installé depuis un moment et jusqu’à l’aube suivante : pas décalé pour un sou, le jeune-homme…
Il rappellera le lendemain soir, après avoir décuité…

Sur place, une fouille des lieux s’en suit, un drapeau de l’État islamique, une kalachnikov, onze chargeurs, de nombreuses munitions et un livre sur le salafisme sont découverts à proximité de la dépouille. Le corps est formellement identifié comme étant celui de Mohamed Belkaid. Il s’agit d’un individu de nationalité algérienne, âgé de 35 ans, en séjour illégal sur le territoire belge, qui aurait reçu en 2014 un ordre de quitter le territoire, non-exécuté. Il est uniquement connu de la justice pour un fait de vol simple. Son nom figurerait pourtant sur une liste de 22.000 combattants de l’État islamique, obtenue par la chaîne de télévision Sky5.
Toutefois, l’enquête démontrera qu’il a joué un rôle notable, si ce n’est important, dans les attentats du 13 novembre 2015 en région parisienne, en utilisant la fausse identité de Samir Bouzid. Il aurait coordonné les terroristes par téléphone depuis Bruxelles, étant notamment le destinataire du dernier SMS envoyé par les assaillants du Bataclan.
C’est aussi « Samir Bouzid » qui a effectué un virement de 750 euros à Hasna Aït Boulahcen, la cousine d’Abdelhamid Abaaoud que ce dernier avait chargé de lui trouver une cache.
Deux autres personnes sont interpellées, elles sont rapidement libérées par le juge d’instruction, sans être inculpées, hors du coup, pendant que se met en place la surveillance des réseaux belges, à l’arrache.

À la suite de cette première opération, d’autres perquisitions sont menées dans la commune de Forest, notamment à la chaussée de Neerstalle. Mais également une vers 21 h 25 à la rue de l’eau, à la suite du fait que des chargeurs de Kalachnikov ont été découverts à proximité.
Une arme de ce même type y est trouvée. Une trentaine de box de garages et un hangar sont également fouillés.
Le mercredi 16 mars 2016 une perquisition est également menée sur la commune de Sint-Pieters-Leeuw.
L’organe de coordination pour l’analyse de la menace, maintient pourtant le niveau de menace à 3, à la suite de ces événements. Soit que la menace est possible et vraisemblable, mais pas immédiate. Cela sera confirmé par le premier ministre belge Charles Michel.
La découverte d’empreintes digitales et de traces ADN de Salah Abdeslam aide à conduire à sa capture à Molenbeek-Saint-Jean, trois jours plus tard, le 18 mars 2016, alors que l’opération initiale ne le visait pas.

Cette opération policière s’est déroulée dans l’après-midi. Y sont interpelées cinq personnes, dont Amine Choukri et Salah Abdeslam, en cavale depuis le 14 novembre 2015.
Salah Abdeslam est suspecté alors d’avoir conduit trois des dix terroristes au Stade de France, qui s’y sont fait exploser, à bord d’une Renault Clio noire. L’automobile en question est plus tard retrouvée place Albert-Kahn. Il prend ensuite la direction de Montrouge (Hauts-de-Seine), via le métro parisien. Puis, une ceinture d'explosifs lui appartenant est retrouvée non loin de Montrouge, rue Chopin à Châtillon.
L’organisation État islamique aura revendiqué ces attentats, mais également une attaque dans le 18ème arrondissement, qui ne s’est pas produite. Salah Abdeslam est soupçonné d’avoir renoncé à commettre cette attaque.
S’ensuivra une cavale de 126 jours, au cours de laquelle Salah Abdeslam passe à travers plusieurs contrôles et reste introuvable. Le 15 mars 2016, lors de cette perquisition à Forest, on retrouve ses empreintes digitales sur un verre dans l’appartement perquisitionné.
Plusieurs appartements de Molenbeek-Saint-Jean sont mis sous surveillance dès le mardi, après un témoignage reçu qui apprend à la police que Salah Abdeslam est en mauvaise posture et qu’il cherchae activement un refuge. L’opération a été avancée, car les découvertes récentes de l’enquête avaient fuité dans les médias.
Les forces de l’ordre belge évacuent d’abord les riverains, avant d’ouvrir le feu à 16 h 47 précises sur une maison de deux étages, au 79 de la rue des Quatre Vents.
À 18 h 15, Salah Abdeslam est appréhendé. Il est blessé au genou et transporté à l'hôpital Saint-Pierre pour y être soigné.
Des déflagrations ont par la suite été entendues vers 18 h 40 et 19 h 10.
L’opération s'achève à 20 h 30 et le plan d'urgence est levé à 22 h 04.
L’opération policière donne lieu à l’interpellation de trois personnes, dont Salah Abdeslam, une femme et Amine Choukri, qui accompagnait Abdeslam à Ulm en octobre 2015.

Ceci dit, les logiciels Huyck Maartje et ses bases de données constituées et ingurgitées à la hâte des historiques belges auront détecté entre-temps plusieurs « groupes » suspects (cryptés et à connexions vers des sites réputés djihadistes) qui redeviennent inactifs, conformément aux schémas présumés annonçant une série d’attentats, comme l’avait indiqué Sir Oliver John, le sous-directeur du MI5 rencontré par Paul lors de son passage à Londres, de retour des Antilles-néerlandaises après les fêtes de fin d’année.
Alors que tout le monde pense que cette fois-ci, c’est bien terminé pour cet épisode-là.
Même Morthe-de-l’Argentière qui rentre, déçu d’avoir mis en transe tout le monde, sans résultat probant.
Car après la série d’arrestations des derniers jours, c’est logique.
Sauf que, Nathalie note des communications courtes et des SMS de 5 participants à ces forums fermés qui redeviennent actifs, contre toute logique : soit il s’agit de quidams qui n’ont rien à voir avec les personnes interpelées et reforment un groupe « d’idiots-de-Lénine », qui ne fait que passer pour prendre des nouvelles, soit c’est déjà plus grave.
Gustave, immédiatement alerté prend alors sur lui de lancer une alerte rouge sur Bruxelles, aussitôt transmise aux autorités locales par son correspondant au ministère de l’intérieur.
Il en dira plus tard qu’il n’avait rien à perdre et tout à gagner…
La nouvelle parvient au soir à Bruxelles et n’est exploitée qu’au lendemain matin : le pays est déjà en alerte niveau 3, pas la peine d’affoler les populations.

Ce jour-là, le 22 mars 2016, à 7 h 58, deux explosions se produisent dans le hall des départs de l’aéroport international de Bruxelles situé à Zaventem dans le Brabant flamand, l’une près de l'accueil de Brussels Airlines et l’autre près de celui d’American Airlines, où de nombreux passagers enregistraient leurs bagages pour un vol à destination de New York.
Une autre explosion se produit à 9 h 11 dans le métro bruxellois sur la rame qui quittait la station Maelbeek, rue de la Loi, dans le quartier européen, vers le centre-ville.
Le bilan provisoire fait état de quinze morts et cinquante-cinq blessés pour cette troisième attaque.
Les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, originaires de la commune de Schaerbeek, proches de Salah Abdeslam, viennent de se faire exploser, le premier à l'aéroport de Bruxelles et le second dans la station de métro de Maelbeek.
Najim Laachraoui, également de Schaerbeek qui apparaît avoir tenu un rôle notable dans l’organisation des attentats de Paris le 13 novembre 2015 sous le faux nom de Soufiane Kayal, est identifié comme l’autre terroriste kamikaze qui s’est fait exploser dans le hall d’enregistrement de l’aéroport bruxellois.
Mohamed Abrini, lui aussi impliqué dans les attentats de Paris, est identifié comme l’« homme au chapeau », le troisième terroriste de l’aéroport de Zaventem qui s’est enfui et qui a finalement été arrêté le 8 avril à Anderlecht.
Le « plan catastrophe » est enfin déclenché à la suite de cette double explosion. 

L’ensemble du trafic aérien de l’aéroport est alors suspendu et le niveau d’alerte est remonté au niveau 4 pour toute la Belgique, cette décision ayant été prise par l’organe de coordination pour l’analyse de la menace.
Via l’agence Amaq, l’organisation terroriste État islamique revendique, dans l’après-midi du 22 mars 2016, la responsabilité de ces attentats.
L’enquête démontrera plus tard que c’est la même cellule terroriste islamiste franco-belge, constituée au départ autour d’Abdelhamid Abaaoud, qui a préparé, coordonné et commis les attentats de Paris le 13 novembre 2015 et ceux de Bruxelles le 22 mars 2016.
Il semble que les auteurs prévoyaient initialement de seulement frapper le quartier de La Défense et l’institut catholique Civitas en France et pas du tout la Belgique, leur base de repli.
Ils auraient changé de cible en raison de la pression policière et de l’arrestation d’Abdeslam.
Un conducteur de taxi reconnaît les trois suspects et indique qu’il les a pris en charge en bas d’un immeuble à Schaerbeek. La police perquisitionne un appartement et découvrent un engin explosif contenant des clous, ainsi que des produits chimiques et un drapeau de l’État islamique.
Le responsable de la lutte antiterroriste de la police de New York, John Miller, annonce lors d’une conférence de presse que des enquêteurs américains du FBI, accompagnés de membres de la police new-yorkaise, allaient se joindre à l’enquête en cours, menée par la Belgique, du fait que parmi les victimes des attentats on dénombre aussi des Américains.
L’heure de gloire approche pour l’amiral : ils passeront aussi tous en délégations serrées au Kremlin-Bicêtre !

On confirmera par la suite que les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, des proches de Salah Abdeslam avait été précédemment condamnés par la justice pour grand banditisme, étaient liés aux attentats de Paris du 13 novembre 2015 dans la mesure où Khalid El Bakraoui serait l’homme qui aurait loué la « planque » de Charleroi d’où était parti un des commandos des attaques de Paris, et également l’appartement à Forest où se trouvaient d’autres terroristes dont Salah Abdeslam qui avaient échangé des coups de feu avec la police venue le perquisitionner ce qui avait entraîné la mort de Mohamed Belkaid alias Samir Bouzid, et la fuite d’Abdeslam interpellé trois jours plus tard à Molenbeek.
Le jeudi 24 mars 2016 en début de soirée, trois personnes sont arrêtées à bord de leur véhicule face au bâtiment du parquet fédéral à Bruxelles.
On apprend le 26 mars 2016 qu’une des personnes arrêtées est le nommé Fayçal Cheffou. Ce dernier est présenté devant le juge d’instruction le vendredi 25 mars 2016, lequel l’inculpe et le place sous mandat d’arrêt du chef de participation aux activités d’un groupe terroriste, assassinats terroristes et tentative d’assassinats terroristes.
Son domicile est également perquisitionné, sans qu’aucune arme ou explosif ne soit retrouvé. Le chauffeur de taxi qui avait convoyé les trois terroristes de leur planque de Schaerbeek à l’aéroport, et qui avait par la suite mené les enquêteurs vers cet appartement conspiratif rempli d’armes lourdes et de matériel explosif, reconnaît le troisième terroriste, surnommé par la presse « l’homme au chapeau », comme étant Fayçal Cheffou.
Fayçal Cheffou connu des autorités judiciaires, aurait notamment été arrêté administrativement à plusieurs reprises pour avoir tenté de recruter des personnes en séjour illégal dans le parc Maximilien à Bruxelles, lors de la crise migratoire en Europe.
Par le passé, il se présentait également comme étant un « journaliste indépendant ».
Il est libéré le 28 mars, sans être poursuivi par la justice. Il est cependant interpellé de nouveau le lendemain à Merchtem par la police pour soupçon d’intrusion dans une habitation privée, qui avait par ailleurs fait l’objet d'une perquisition plus tôt dans la journée dans le cadre d’un autre dossier d'enquête pour terrorisme.
« L’homme au chapeau » est finalement identifié comme étant Mohamed Abrini, interpellé le 8 avril à Anderlecht. Le même jour, les autorités belges arrêtent Osama Krayem, un jeune Suédois qui aurait assisté les kamikazes en achetant les sacs utilisés lors des attentats de l’aéroport et du métro.
Ses traces ADN sont retrouvées dans la planque de rue Henri-Bergé, à Schaerbeek, utilisée par Salah Abdeslam au début de sa cavale en novembre 2015. Krayem se serait enregistré sous une fausse identité, le 20 septembre, sur l’île grecque de Leros tout comme un de ses complices Sofiane Ayari arrêté en compagnie de Salah Abdeslam le 18 mars.

L’ensemble des transports en commun de Bruxelles seront mis à l’arrêt jusqu’à nouvel ordre. Le 23 mars, la STIB met en place un système de réseau ultra-sécurisé avec l’aide de militaires qui inspectent chaque voyageur, les lignes de métro 2 et 6 ainsi que le tram 81 restent à l’arrêt alors que le reste des infrastructures fonctionnent de manière limitées. La ligne de métro reliant les stations Herrmann-Debroux et Stockel à Érasme ne s’arrête que sur les principales stations.
Les gares ferroviaires de Bruxelles-Midi, Bruxelles-Nord, Bruxelles-Central, Bruxelles-Schuman, Bruxelles-Luxembourg, Delta, et Schaerbeek sont évacuées et fermées jusqu’à nouvel ordre, de même pour les tunnels routiers, eux aussi provisoirement bloqués.
Le 22 mars, vers 17 h, les gares de Bruxelles-Midi, Bruxelles-Nord, Bruxelles-Central, Bruxelles-Luxembourg rouvraient leurs portes avec un contrôle systématique de tous les voyageurs, mené par les militaires déployés depuis 14 h dans le centre-ville. Les gares de Bruxelles-National-Aéroport, Bruxelles-Congrès, Bruxelles-Chapelle, Mérode, Simonis, Delta et Bruxelles-Schuman restent inaccessibles aux voyageurs.
Un grand traumatisme pour les belges et les bruxellois, qui aura reçu un immense écho à travers le monde et trois jours de deuil national au royaume.
Par la suite, des réunions de crise à Paris, à Londres, et même à Amsterdam alors que les sièges des ministères concernés se trouvent à La Haye, auront eu lieu à la suite de ces attentats.

samedi 26 novembre 2016

Laudato si… (LXIV)


Soixante-quatrième chapitre : Mise en place.

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

Fin janvier, la peinture est enfin sèche dans les nouveaux locaux semi-enterrés, dits « le bunker », du « petit-bois » en contre-pente de Cabourg et les matériels informatiques, terminaux et serveurs, sont livrés, montés, câblés et connectés à l’intranet de la CISA et à un réseau sécurisé via des « certificats », près pour devenir l’extranet des réseaux à venir des services « abonnés » pour l’heure inexistants.
Paul « tourne » entre le Kremlin-Bicêtre en semaine, ses voisines de volupté oubliée de Paris sur berges, et Cabourg en fin de semaine où il a la bonne idée de se présenter non pas en « boss » ni même en propriétaire du « Les collines de Cabourg », mais incognito sous l’identité de Sir Archibald Kingsland où il bluffe tout le monde avec son accent anglais sur-joué.
Un visiteur régulier qui intrigue le personnel sur place, qui arrive en moto immatriculée en France dont ne sait où, manifestement en couple avec « l’habituelle » du second étage, Matilda « la silencieuse » qui passe ses journées à dormir ou à se promener, empruntant quelques fois la petite Twingo décatie mise à sa disposition, avec qui il déjeune parfois et dîne le plus fréquemment.
Qui reçoit également un homme élégant, manifestement un « patron », lui, à l’autorité naturelle et plus âgé, où ils s’échangent des « Charlie » et des « Gustave » sur le ton aimable des « grand secrets », parfois en présence de Matilda et d’une blondasse « Espelette » assez moche, Nathalie la-rouquine, qu’on prend volontiers pour la maîtresse du type distingué…

C’est l’occasion pour Paul de suivre la fin des travaux d’aménagement du futur site technique de la CISA et surtout de faire connaissance du personnel qui travaille dans la résidence normande de son grand-père.
Il y a là Alexis, le directeur-concierge de l’activité hôtelière proprement dite. Un quinqua divorcé qui loge sur place au second étage sous comble, où niche toujours Matilda et deux des employées du restaurant. Une tête sympathique, bilingue, au trois-quarts chauve, portant beau le bouc, en recyclage professionnel après avoir été maître d’hôtel au pied du Mont-Saint-Michel pendant des décennies et responsable de l’accueil du « Musée Mémorial Bataille de Normandie » à Bayeux plus récemment : il connaît son métier et la région, alors qu’il est natif de Montauban et en a gardé les particularités de langage, comme la locution spéciale du « avec plaisir » après qu’on l’ait remercié pour un service rendu ou un renseignement donné, typique du sud-ouest.
C’est lui qui s’occupe aussi de l’entretien des abords et rend des comptes à Jean-Charles par téléphone et Gustave, l’intouchable, en direct quand il passe.
Paul découvrira un peu plus tard la femme de chambre et lingère. Dorothée. La bouche de travers, blonde, qui roule de la hanche, vraisemblablement quadra et ne manque pas l’occasion de rappeler qu’elle a été Miss de beauté dans sa jeunesse, en Galice, sa région d’origine.
Naturellement, elle ne concoure plus à rien pour avoir radicalement changé depuis bien longtemps, s’être largement empâtée, là, là et là, mais reste toujours souriante et serviable.
Elle loge à Trouville sur les bords de la Dives avec ses grands-enfants et son mari qui fait serveur dans un des restaurants de Deauville sur mer…

Quant au restaurant où il prend ses petits-déjeuners et parfois ses dîners quand il arrive sur le tard, c’est réellement un établissement de filles !
Mylène n’a pas menti, sauf sur la « qualité » du personnel qui ne vaut ni une Virginie, ni une Elsa…
Une salle coquette, bien entretenue, Mylène n’a pas lésinée, et une cuisine pleine de spécialités locales, fruits de mer, viandes bien saisies ou en sauce, poissons, légumes frais mitonnés ou cuits à la vapeur, plateau de fromages gigantesque où on trouve même quantité de chèvre et de brebis, desserts normands, souvent à la crème, délicieux.
Seule la cave à vin reste basique : deux ou trois blancs secs dont un d’Alsace, un liquoreux, deux bourgognes, un chablis, du vin de Loire, et quelques bordeaux.
Elle sera à améliorer via les conseils téléphoniques de Mylène et instructions de Jean-Charles.
La bière est presque meilleure, servie bien fraîche et sans trop de col…
Le bar est correctement fourni en apéritifs et digestifs, mais sans plus : d’une part, il ne faut pas demander une Chartreuse et savoir se contenter d’un Cointreau. Et puis, question cocktail, si les fondamentaux sont présents au bar, le livre des recettes est souvent utilisé dès que ça devient inhabituel.
Quant aux viennoiseries matinales, elles croustillent et sentent vraiment très bon : un bon point.
En revanche, si le capuccino ou les cacaos sont des réussites, le café laisse parfois à désirer : il y a pourtant un percolateur tout ce qu’il y a de moderne…

Au début, il ne les a pas toutes croisées, par exemple, Irène, qui œuvre en cuisine avec une stagiaire, Emmanuelle.
La première se révélera, blonde, « grassouillette » et « molle » de partout mais fort aimable, jamais un mot au-dessus de l’autre, même en cas de casse intempestive et la seconde ne sort heureusement pas de sa cuisine avec son large sourire et son tchador vissé sur le crâne…
Mais il y en aura d’autres, et pas que piquées des vers…
En salle, on retrouve la chef de rang qui prend souvent conseil auprès d’Alexis, Christelle et ses grands carreaux devant les yeux qui n’améliorent pas sa physionomie, une rousse sombre, longue et souple, qui fait aussi les courses avec Irène, et sommelière pas très avertie, charmante mais pas très « sexy ».
Elle loge à Hérouville-Saint-Clair, en banlieue de Caen, dans un HLM après avoir arrêté sa carrière de cascadeuse, s’être reconvertie en pizzaïola et essuyé un dépôt de bilan pour avoir été plaquée par son mec du moment…
Elle est assistée en salle par Nadia, une fausse blonde, algérienne de naissance, la Cotorep du lot, pas sans charme mais sans plus, et Rosetta une autre blonde, mais authentique celle-là, au nez busqué et à l’accent polonais qui persiste à apprendre le français directement sur place !
Un joli sourire, une fille aux gestes doux malgré sa carrure un peu masculine. Elles logent toutes les deux au second étage de la bâtisse principale.
Et Mylène, les a prévenues que « le patron » n’est personne d’autre que le « six-coups » de la rive gauche de la Seine : « Méfiez-vous, mesdames ! »
Ce qui les aurait toutes poussées à accepter leur poste…
Heureusement qu’il y a Sir Kingsland, parce que Paul n’a pas trop la tête à ça et aucune ne provoque vraiment des poussées irrésistibles de libido…

Et souvent, on promène Paul au premier, jamais dans sa chambre-bureau du second, ou dans les nouveaux bâtiments construits par Florence : de la sorte, il a l’occasion de visiter presque toutes les chambres.
Des pièces toutes confortables, fonctionnelles, décorées avec goût avec accès à internet où Paul peut travailler avec Huyck le hollandais, exceptionnellement jusqu’à l’aube.
Florence aura réussi le tour de force de les rendre invisibles depuis l’entrée du parc les nouveaux bâtiments où se situent les 16 chambres : le chemin qui mène à la terrasse d’accueil serpente en effet de face et ces nouveaux bâtiments sont implantés légèrement de biais, vers l’intérieur dans un vaste « U » qu’ils forment avec le bâtiment d’origine.
Et comme ils sont partiellement enterrés, au moins pour les plus éloignés du fait de la pente naturelle du terrain, il faut vraiment contourner le bâtiment pour les apercevoir, notamment pour rejoindre le parking arrière ou les entrées des locaux techniques et celui des « fournisseurs », près de la cuisine, à gauche.
Ils restent invisibles pour un visiteur passant seulement par la route, pour ne même pas être plus hauts que le faîte du toit du bâtiment originel, de type local qui est déjà lui-même en surplomb de la route.
Une belle réussite architecturale, d’autant qu’à l’intérieur du « U » se retrouve la piscine ouverte sur le restaurant qui est transversal, situé sur la droite de l’entrée centrale et son grand escalier de marbre du meilleur effet.
L’ensemble cache en revanche moins bien le terrain de tennis et plus tard le potager d’Irène, installé plus haut et plus loin.
De là part un petit chemin rectiligne se dirige vers le bois, qui se perd sur rien avant d’arriver sur le sommet de la colline en se heurtant à une clôture barbelée moyennant l’aménagement d’un portillon verrouillé et vidéo-surveillé…
Intrigant pour tout le monde, le « voisin du fond du jardin ».
C’est en fait le cheminement enterré des réseaux de câbles et d’eau courante vers le « bunker » qui se poursuit vers la gauche à travers les arbres de haute futaie et est desservi par un « trou d’homme » fermé par une trappe insignifiante mais blindée équipée de vérins électriques. Il faut avoir la télécommande pour l’ouvrir.

De là, on peut descendre une quinzaine de mètres à la verticale par des barreaux scellés dans un puisard bétonné ou circulent les câbles et tuyaux, pour aboutir à un couloir étroit qui part de biais en descendant légèrement jusqu’à arriver dans le petit bureau qui surplombe la vaste salle du « bunker » qui s’ouvre elle-même sur la large porte d’entrée et la route qui descend vers la départementale.
Une large porte non-blindée : si un jour du matériel entreposé explose, il faut au contraire que le blast s’évacue ainsi par le sortie offerte et ne cause pas trop de dégât au reste de la structure bétonnée…
Non-blindée, mais protégée, à l’extérieure par un décrochement aux abords vidéo-surveillés qui sert aussi de plateforme de manœuvre aux éventuels semi-remorques des fournisseurs, notamment ceux qui apporteront les machines de McShiant dans le courant de l’année, qui aboutissent à un quai de déchargement intérieur, lui-même cloisonné.
Ainsi, impossible de tirer dessus au bazooka, de loin et sans se faire repérer.
Et à l’intérieur, les accès sont aménagés par une série de cloisons légères, mais équipées d’alarmes anti-intrusion.

La salle principale elle-même est haute de 12 mètres sous ferme, équipé au plafond de poutrelles autoportées qui portent les éclairages, le tout est bétonné hors l’issue vers le quai de chargement, équipés d’un rack de trois plans de pose d’un côté et « mangé » par les locaux de service et bureaux installés en mezzanine vers le fond, le long de la montagne, de l’autre côté.
Elle est équipée d’un treuil lui-même autoporteur amovible de 13 tonnes de charge sur 4 roues : de quoi voir venir. On aurait presque pu y installer le « Lisbeth » si ce connard « d’Ahmed-le-diabolique » ne l’avait pas envoyé au fond de l’océan, au large du Tage (cf. l’épisode « Parcours Olympiques » in fine et les chapitres suivants, des enquêtes de Charlotte, publié aux éditions I3).
Eurydice, pas question…
Derrière le mur supportant la mezzanine, il y a des locaux techniques sur trois niveaux, les générateurs, la climatisation qui refoulent vers l’extérieur via des conduits dispersés en surface, les onduleurs et des issues qui débouchent d’un côté sur la « tour de contrôle », située au-dessus de la large porte d’accès, d’une part, avec vue circulaire sur les collines avoisinantes et la vallée, la route et la clôture en contrebas, et d’autre part, la coursive d’accès au puisard que Paul emprunte rarement, préférant venir en moto, pour investir le lieu et qui mène à l’hôtel à travers les bois.
Sous la dalle de béton de la grande salle et sur toute la surface, sont situés les locaux informatiques, avec au fond, une « panic-room », une armurerie sommaire et quelques pièces où sont installés des terminaux de gestion des serveurs. On y trouve aussi quelques lits de camps un peu sommaires : un endroit de vie, cuisine-frigo-cambuse, douches et commodités.
Des lieux à accès contrôlés et assez bien dissimulés derrière des racks à bouteille (il y en a partout dans les couloirs) et une porte coulissante formée très naturellement de parpaings montés sur rail, à télécommande électrique qui dissimule un escalier et un monte-charge suffisant pour y descendre l’informatique, notamment le gros onduleur.
Là où les personnes non autorisées ne peuvent même pas imaginer pouvoir y pénétrer, pour ignorer jusqu’à l’existence de ce lieu…
Un endroit reclus, à l’abri de l’extérieur et de la lumière naturelle.
Parfait pour travailler sans être dérangé, d’autant que tous les terminaux des alarmes et caméras de surveillance, installés par Charlotte, la vraie, celle dont le nez bouge quand elle parle, y sont dédoublés depuis le bureau de la « tour de contrôle », au-dessus.
Détail que la miss ignore, bien entendu…
Et encore plus loin mais en-dessous, le collecteur des eaux, de pluie, d’infiltration et usées qui sont pompées pour déboucher dans la fosse septique située en contre-bas qui ruisselle vers le cours d’eau au fond de la vallée non sans parcourir un bout de la route, selon la pente naturelle.
Très bien conçu, finalement.

Huyck Maartje y viendra d’ailleurs fignoler l’installation de ses logiciels aidé de Nathalie.
On y verra passer Matilda quand elle veut se rendre utile et bien sûr, Gustave qui lui passe par le puits d’approche du fond du bois, de derrière le parc de l’hôtel, pas rebuté par le petit côté « sportif » du parcours, même quand il pleut et vente.
Bien plus tard, Dimitri mais qui ignorera très longtemps l’existence de ce lieu… bien qu’il suppose qu’il existe.
Mais c’est tellement bien fait qu’il imaginera d’abord qu’il est situé dans les caves de l’hôtel. Il faut dire que sous ce bâtiment originel de celui-ci, sont situés les locaux techniques – laverie, lingerie, chaufferie, cave à vin, frigos, congélateurs, entrepôt de victuailles – et sous les nouveaux bâtiments formant les branches du « U » se trouvent de larges salles de conférence servant parfois de dépotoir à meubles, qui peuvent servir de salle de danse, de gymnase de musculation, ou de vastes tripots (c’est d’ailleurs là que Jean-Luc, le pornocrate établi à Caen voulait tourner ses clips « à décor », quand ce n’étaient pas des « extérieurs » ou des séquences « en chambre »). Ou plus simplement être utilisées comme salle de réception, mariage, banquet, etc. puisque les unes et les autres débouchent aussi sur le niveau zéro, entre les branches du « U », sur la piscine centrale…
Qui reste sans eau durant la saison froide : un sacré turbin pour la garder propre et praticable, même en été. Alors à l’automne et au printemps, n’en parlons même pas…

Après avoir reçu les autorisations idoines, fin janvier, les fichiers d’identité sont chargés assez facilement : même pas quatre heures/machine tellement l’installation est puissante.
Reste que parfois, le réseau des communications filaires est pris en défaut lors des mises à jour quotidiennes : en Normandie, non seulement le courant délivré par le réseau laisse à désirer avec ses innombrables microcoupures qu’assument sans broncher les onduleurs installés, mais c’est parfois le réseau tout-court qui flanche en cas de tempête. Alors, les câbles aériens de télécom, n’en parlons même pas, même si c’est exceptionnel et seulement à la mauvaise saison, rien de plus.
Et puis le wifi peut prendre le relai avec le réseau de mobiles.
En revanche, si « la machine » a correctement mouliné ces données, l’équipe a eu du plus mal avec les fichiers de téléphonie, nettement plus gros, notamment durant les remises à niveau quotidienne à mâtine J + 1.
En France, on compte quatre opérateurs mobile de réseaux : Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR, mais aussi une quarantaine d'opérateurs de réseau mobile virtuels, dits MVNO, qui utilisent les réseaux de trois des quatre opérateurs disposant d'un réseau d'antennes.
Les plus importants sont Virgin Mobile, NRJ Mobile et La Poste Mobile.
Il faut compter sur plus 74 millions de cartes SIM en service et souscrites auprès d'opérateurs de réseaux, contre 7,5 millions auprès des MVNO.
Et on dénombre 15,5 millions de clients de cartes prépayées pour 68,5 millions de clients ayant souscrit un abonnement.
À titre de comparaison, fin décembre 2008 il y avait 39,3 millions de clients ayant souscrit un abonnement et 18,8 millions de client ayant souscrit une offre prépayée.
Le cumul des temps de communication en téléphonie mobile (appels émis) était d’environ 43 milliards de minutes, soit plus que le temps des appels en téléphonie fixe, pour environ 2 h 40 d’appels émis par mois et par abonné.
Quant au nombre de SMS émis et acheminés, il faut compter avec plus de 60 milliards de messages chaque trimestre, soit environ 350 SMS par mois et par abonné !
Là, c’est inchargeable sur un seul site : les routines de Huyck passent leur temps à écrémer les IP classés « non-suspectés » après avoir cherché des flots de fortes-eaux de mots-clés et se contentent d’enregistrer « la crème » où, provisoirement, les nouvelles adresses…
Ce n’est plus un raz-de-marée, mais un tsunami de données permanent qu’il faut actualiser tous les jours et ça prend une machine tous les jours qui mouline une bonne partie de la journée.

Rappelons que les prestations de téléphonie mobile sont soumises aux mêmes lois que les autres prestations de services (code de la consommation, code des postes et télécommunications, etc.) auxquelles s’ajoutent des règlements spécifiques, tels que l’arrêté du 1er février 2002 relatif aux factures des services téléphoniques.
L’autorité indépendante chargée de la réglementation et du règlement des conflits s’appelle l’ARCEP, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Elle a plusieurs missions, dont la réglementation des conditions d’accès pour les nouveaux opérateurs mobiles et le suivi de la couverture et de qualité de service.
Tous ces opérateurs ont l’obligation de garder la trace de tous les trafics à travers le fichier « Préventel » des opérateurs mobiles, l’enregistrement ou le script (la durée de conservation des enregistrements est cependant limité) pendant 10 ans dans la base « archives » de votre opérateur à des fins de recherche.
Dans la réalité, et depuis 2002, une seule année est disponible et ça représente déjà des centaines de téraoctets de données…
Huyck a failli en devenir fou, tel qu’à un moment, il a envisagé de renoncer avant qu’il n’accepte d’écrire ses routines de filtrage.
« Mais à quoi ça sert, mon ami ? On s’en fout des archives… Ce qu’on cherche, ce sont des activités suspectes, des échanges cryptés, des accès au blacknet, des entrées venant hors d’Europe, une toute petite, minuscule proportion de tout ce trafic ! Non mais tu te rends compte quand il faudra étendre notre bidule à toute l’Europe ? Moi, je renonce, là… »
Non, en aucun cas maintenant que c’est parti.
« Tu n’as pas pigé Huyck. On cherche quelques minuscules aiguilles dans des meules de foin entassées en montagne, juste des « anomalies ». Et si tu veux devenir l’expert de ces « anomalies » recherchées, il faut que tu balayes le passé, puisque ça s’est passé et qu’on peut donc en faire des corrélations non-hasardeuses et vérifiables : il nous faut remonter tous les « antécédents » disponibles pour mettre au jour les points qui sont pertinents et ceux qui ne le sont pas. En pariant que « la machine » saura faire à travers tes logiciels une fois correctement calibrée.
Je ne vois pas comment on peut faire autrement, désolé. »
Oui, mais l’extension des activités de la machine ?
« Pas notre problème l’ami : il nous suffira de faire tourner ton logiciel sur des bases de données stockées, mises en forme à ton format et financées par les États participant au programme.
Moyennant licence et un accès, mutualisé et payant, aux requêtes de tout le monde.
Mais pour ça, il nous faut un système-expert soit capable d’être prédictif à haute résolution, quitte à moduler les niveaux d’alerte, de rien à alerte noire et géolocalisée, même globalement, je veux dire sans être précis. Ce sont les IP qui nous intéressent. Ceux qu’on corrèle avec les ID et nos numéros d’identification des quidams, eux étant déjà géolocalisés.
Si on ne fait qu’une seule alerte, une seule seulement, même approximative, ils y viendront tous et on aura réussi. »

Gustave en dira qu’à 12 K€/an l’abonnement et un centime la requête, on n’est pas prêt de rentabiliser tout ce travail.
« – Gustave, vous avez déjà oublié ?
Quoi donc, Charlie ?
On travaille à titre expérimental et provisoire, enfin voyons…
Et alors ? Si on se plante, on aura jeté l’argent par les fenêtres. Je ne vois pas l’intérêt ! Et si on réussit, je ne vois pas non plus comment on peut rentabiliser…
Dans la première hypothèse, c’est mon argent. Dans la seconde, très simplement : en décuplant les prix !
Décupler ? » s’exclame-t-il ! « Mais ils ne vont jamais suivre !
« Vous plaisantez ! » lui rétorque Paul. « Ce n’est même pas le coût d’un seul fonctionnaire dédié. On multiplierait nos prix par cent qu’ils ne pourraient même plus imaginer de s’en passer dès lors qu’on aura fait la preuve de la pertinence du bidule ! »
Il hoche la tête et laisse tomber : « Pas faux. La sécurité publique n’est même pas politiquement un coût déterminant ! Pas encore… »
Et puis il reprend : 
« – Mais ils pourraient développer leurs propres logiciels. On dit que les gendarmes s’y essayent.
Ça existe déjà effectivement, avec plus ou moins de réussite. Les américains exploitent « Prepol », un programme issu de « Promap ». On dit que les anglais s’y collent aussi, mais ça vise la délinquance classique et n’apporte rien de nouveau. Et puis, pour l’action anti-terroriste, sans le fichier d’état-civil et des entrées et sorties de territoire, ça ne vaut rien.
Leur problème sera comme le nôtre actuellement : reconstituer un « big-data » et les logiciels d’analyse.
Si nous, on peut le faire, n’importe qui peut le refaire !
Naturellement, amiral, mais… vous vous souvenez de Louvois, le logiciel de paye des militaires ?
Oui… un désastre !
Et portant, tous les logiciels privés du pays savent faire. Et ils ont mis combien de temps avant de le jeter le leur à la mer ? Pensez-vous qu’ils sont capables de se passer autant de temps d’un truc qui marche en pleine guerre anti-terroriste qui de toute façon va durer des décennies ? Soyez sérieux !
D’autant que nous on va avoir le temps d’affiner notre bidule, de le rendre encore plus performant, plus réactif, plus complet : on va prendre une avance technologique qu’il ne s’agira pas de perdre mais d’entretenir ! Et là, plus personne ne pourra plus suivre.
Un peu comme Bill Gates et son MS-Dos… »
Il y a eu l’Ios en contre-point.
« Surtout Android de Google. Là, les équipes de Microsoft se sont laissées dépasser pour partir en retard. Comme nos futurs et éventuels concurrents.
Vous vous rendez-compte, Gustave, même le Mossad ou le Sin-Beth, voire le FSB n’ont pas encore ça : quand ils deviendront nos clients, on aura définitivement gagné la partie contre toute autre concurrence possible ! »
Jusqu’à l’émergence d’une rupture technologique… mais inenvisageable avant une bonne décennie.
Vu comme ça…

« Et puis réfléchissez, si on compte 10 administrations publiques à 120 K€/an l’abonnement nouveau tarif, on peut compter au minimum 2 à 2.500 requêtes/an par pays, à 10 centimes soit plus de 10 à 50.000 requêtes/an au total, c’est un budget minimum d’1,4 millions…
Là, on équilibre. »
Tout cela sans compter les agences privées. « Là, en doublant, même sans décupler le tarif, on multiplie par 5 ou 6 notre budget. De quoi financer les mises à jour et les versions plus performantes… »
Et si on nous vole le logiciel ? Ou seulement la base de données ?
« La base de données est déjà fragmentée. C’est son architecture elle-même. Le point-clé étant le logiciel de numérotation des identifiants. On nous vole celui-là, il ne sert à rien sans les autres. On nous en vole plusieurs dont le premier, jamais la mise à jour ne sera complète puisqu’on bloquera l’accès aux logiciels et à tous les fragments du data. Simple !
Les mecs qui feraient ça se grilleraient définitivement, comme s’ils se tireraient une balle dans le pied… Même pas envisageable ! »
C’est une des raisons pour rester provisoirement « soft » au niveau des prix et conditions d’accès, notamment pour faire vivre les mises-à-jour et que le coût reste largement marginal par rapport à une recréation complète… qui elle aussi sera limitée par les autorisations à requérir et donc limitée à un seul pays à chaque fois.
« Notre force, c’est de dépasser les frontières et de mutualiser les informations avant tout le monde. »
Reste l’étape indispensable : réussir au moins un coup, pour se rendre indispensable…
« Là, il faut compter sur les djihadistes ! Sans eux, le projet serait déjà mort. Souvenez-vous : servir ! »