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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

samedi 3 août 2019

Chapitre XIV – Sergueï Viktorovitch Skripal

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Le capitaine Igor se concentre exclusivement sur l’Angleterre comme il l’avait déjà préparé. Car d’une pierre deux coups, l’Angleterre a signé comme beaucoup d’autres nations la convention internationale d’interdiction d’armes chimiques et biologiques.
Mais comme beaucoup, elle persiste à en fabriquer voire même à les exporter, notamment jusqu’en Syrie pour le VX.
 
La principale installation se trouve effectivement à proximité de Salisbury, située en bordure du terrain d’exercice militaire contigu, le long de la voie ferrée, lui-même posé sur le plateau de Porton Down qui dominent la petite ville célèbre pour sa cathédrale du XIVème (Sainte Marie…) dotée de la flèche d’église la plus haute du Royaume-Uni (123 mètres ou 404 pieds) et du cloître le plus vaste d’Angleterre, une des quatre copies originales restantes de la « Grande Charte ».
Mais l’intérêt n’est pas là pour le service : il y dispose de plusieurs agents « dormants », des « illégaux » sur place, et d’une poignée « d’honorables correspondants » qui font souvent la navette avec le consulat local et Londres, distante d’environ 140 km par l’autoroute M3.
Deux heures de voiture, même quand il y a des embouteillages…
 
Et qui y’a-t-il dans les environs comme « cibles potentielles » d’attentat à exécuter ?
Pas grand monde, à part quelques seconds-couteaux qui y coulent des « jours heureux », mais en revanche plein de scientifiques de hauts-niveaux qui ont l’inconvénient d’être britanniques.
Et comme la plupart sont déjà « noyautés », ce serait contre-productif que de mettre la pagaille dans ce landerneau-là…
Il faut autre chose.
« Se montrer intelligent » en avait dit le chef du Kremlin.
 
Jusqu’à ce qu’enfin, à force de recherche, le capitaine Igor retrouve la trace d’un dénommé Sergueï Viktorovitch Skripal…
L’agent double par excellence et depuis le milieu des années 1990 !
Recruté par les Espagnols, il a vendu des informations au MI6, le service de renseignement britannique : en décembre 2004, il est arrêté par le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB) et en 2006, il est jugé, reconnu coupable de haute trahison et emprisonné dans un camp de prisonniers en Mordovie à quelques 300 km au sud-est de Moscou.
Le 9 janvier 2010, il est gracié par le président Medvedev et échangé contre des espions russes arrêtés en Occident dans le cadre du « Programme des illégaux ».
Et il débarque en Grande-Bretagne où il sera récupéré par les Britanniques et mis sous protection.
Selon un article du « Telegraph », il y est également proche d’un consultant de sécurité (« security consultant ») employé par Christopher Steele. Or, Christopher Steele, c’est le directeur de « Orbis Business Intelligence », celui qui a constitué un dossier concernant une alléguée compromission du président Tremp avec la Russie : un « nocif ».
La cible parfaite qui pourrait offrir même un message subliminal de menace à l’adresse de ce dernier !
Au pire, des journalistes feront bien le rapprochement et comme ils imputeront son assassinat au Kremlin, ils se perdront sur les mobiles cachant « le nœud » de l’opération d’un épais brouillard propre aux Îles-britanniques.
Vraiment parfait…
 
Né le 23 juin 1951 à Kaliningrad, marié en 1972 à Lyudmila, décédée en octobre 2012, ils auront eu une fille, Yulia.
Il a été formé à l’Institut militaire des forces armées et en est sorti comme officier affecté au GRU, le service de renseignement de l’armée.
Parfait, parfait puisqu’une des suggestions de son propre patron était de justement impliquer de près ou de loin ce service concurrent…
Une façon de plus d’impliquer ces brutes de militaires !
 
Réputé être amusant, heureux en compagnie d’autres hommes, Skripal vivait dans un bloc de logements minables dans un champ de blocs de logements identiquement minables, conduisait une Nivlet de chez Rotlet et racontait d’innombrables histoires de l’époque de ses stages de parachutisme.
Envoyé à Madrid, il noue un partenariat commercial avec un agent des services de renseignement espagnols, qui l’a « retourné » avant de devenir un recruteur des services de renseignements britanniques. Il rencontrait en fait son agent-traitant en secret depuis 1996, lui transmettant des secrets en échange d’un total de 100.000 dollars.
Ce n’était pas un gros montant, environ 12.500 $ par an, mais déjà assez pour une « petite-pointure ».
Les procureurs russes ont demandé une peine de 15 ans, soit cinq de moins que le maximum, et le juge a réduit sa peine à 13 ans, car M. Skripal avait coopéré.
Un tout « petit poisson » condamné pour haute trahison en 2006.
 
Problème : le GRU n’est pas le meilleur « allié » du FSB qui ne s’interdit pas d’aller dénicher des « agents-doubles » jusque dans ses rangs…
Et le capitaine Igor ne sait pas comment les impliquer.
Il en réfère alors à sa hiérarchie en temps utile, mais c’est là qu’il a une surprise de taille.
« Ça prend forme, votre projet ! »
Ce n’est pas une question, mais une affirmation de son colonel.
Comment ça ? Igor n’avait pas beaucoup avancé depuis leur dernier entretien.
« Place Loubianka, sous le sceau du secret le plus absolu, je peux vous dire qu’on verrait d’un très bon œil de mouiller les « collègues » du GRU dans cette affaire. »
Igor ne comprend plus très bien, sur le coup, même s’il l’avait déjà intégré et anticipé…
« C’est pourtant simple. Ce… Skripal est un de leurs agents-pourris. Une petite leçon pourrait s’imposer comme d’une couverture de votre opération. Ce qui va pouvoir en faire réfléchir quelques-uns à titre préventif.
Qu’en dites-vous, capitaine ? »
Que ce n’est pas beaucoup plus clair dans son esprit…
« Vous avez raison, soyons plus précis. »
Ça ne serait pas plus mal.
 
« Vous avez pour mission de faire sortir « Charlotte » de son trou. Objectif B, d’y placer des « oreilles et des yeux » dans son entourage direct en remplacement de notre agent Dichnikov. Avec pour principal objectif, le « A », de pouvoir le compromettre à plus ou moins long terme. Mais sans lui forcer la main et surtout sans toucher à sa famille. Qu’il a réduite.
Le tout en laissant bien à l’écart notre service.
Bien.
Vous nous dégotez une autre « Charlotte » qui pourrait bien jouer le rôle du « poisson-pilote » auprès de notre cible.
Parfait.
Vous nous imaginez un plan assez tarabiscoté pour appâter cette dernière moyennant quelques fonds pas trop dispendieux pour nos budgets réduits en l’invitant à utiliser un logiciel dont personne ne sait rien mais qui pourrait s’avérer plus qu’utile pour le pays. »
Très bien et pourquoi pas ?
« Et ce plan passe par l’exécution d’un traître parmi nos collègues du GRU qui ne tiennent décidément par leurs troupes depuis au moins l’attentat contre le MH 17 au-dessus de l’Ukraine.
Que ça a diablement fâché le patron du Kremlin, vous le savez bien.
Que diriez-vous de l’idée de laisser le GRU faire le ménage dans ses propres rangs ? »
 
Là, Igor ne comprend vraiment plus rien : Skripal a été condamné, emprisonné et déporté, à ce qu’il sache.
Sa dette a été payée.
Et doublement puisqu’il aussi servi de monnaie d’échange efficace contre quelques-uns des « illégaux » du SVR arrêtés en Occident.
« Oui, ce n’est qu’un pion sans valeur. Imaginez que ce ne soit pas nous, mais le GRU lui-même qui attente à la vie de leur traître-là jusqu’à Salisbury… »
Igor voit venir de loin les complications, d’autant qu’il avait déjà approché cette solution pour la rejeter…
« Vous n’y pensez pas, mon colonel… Ce sont des amateurs ! »
Justement !
« Ils foireront probablement la mission et ça leur retombera dessus. Mais notre opération à nous est de toute façon lancée sans que personne ne puisse s’en douter, même pas eux. Pensez-y sérieusement et préparez-moi un petit scénario comme on sait les faire et mettre en musique ici ! »
 
L’idée n’est certes pas mauvaise en soi, mais comment faire se bouger les gars du GRU ?
« Oh alors là… c’est assez simple. Vous leur « fuitez » l’information que les britanniques ont mis au point un nouveau gaz plus puissant que les nôtres et ils se feront un malin plaisir de faire « leur devoir » pour le bien de la patrie et pour se faire bien voir au ministère en allant sur place. »
Et là, on les piège ?
« Exactement ! On a assez d’agents sur place pour rendre crédible cette histoire-là ! »
Effectivement, pas idiot du tout, en pense Igor sur le moment, juste avant de se remettre au travail car c’est dans « ses cordes ».
 
D’autant mieux que le seul nom de « Novichok » aurait tendance à agir comme d’une décharge électrique à haut-voltage dans les cerveaux-militaires, parce qu’eux n’en disposent plus depuis 2017 pour avoir détruit tous leurs stocks…
Une munition létale de plus qu’ils n’ont plus dans leur arsenal, ça serait parfait de s’en procurer un petit échantillon pour mettre en difficulté les laboratoires et autorités britanniques…
L’idéal serait de « sortir » un échantillon à leur procurer. Comme ils se croient futés, ils enverront quelques-uns de leurs agents pour « tester » ledit échantillon et d’autres pour le ramener ou s’en servir contre Skripal. Et si eux ne le font pas, le SVR le fera.
Qu’ils le ramènent ou non, de toute façon on les piège avec une équipe du SVR qui se sera procuré un second échantillon et ira empoisonner leur ex-agent sur place.
 
Le plastron parfait : le GRU et ses hommes se retrouvent en première ligne et on leur fournit en même temps le motif pour « encadrer » la française Charlotte, du plan B, à la mettre sur leur piste, dédouanant non pas la Russie, mais le FSB avec des éléments incontrôlables.
Par effet de domino, le président Poutine lancera ses chiens pour soutenir les militaires, comme il a toujours fait, mais ne manquera pas de demander des comptes aux responsables du GRU.
Et l’opération « Novichok » pourra se poursuivre tranquillement derrière tous ces écrans de fumée…
Pas mal réfléchi…
 
Igor ne le sait pas à ce moment-là, mais en plus ils ont déjà « leur homme » pour ce genre d’affaire.

vendredi 2 août 2019

Chapitre XIII – La polémique « Litvinenko »

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Évidemment, le Service des renseignements extérieurs de la Fédération de Russie (SVR) a rejeté les accusations sur son éventuelle implication dans l’empoisonnement de cet ancien officier du FSB : « Le SVR n’a rien à voir avec le mauvais état de santé d’Alexandre Litvinenko », aura déclaré le chef du bureau de presse du SVR, Sergueï Ivanov considérant que les informations diffusées par certains médias sur l’implication du Service dans cet incident sont « purement fausses et infondées ».
Sergueï Iastrjembski, représentant spécial du président russe pour les relations avec l’Union européenne, a de son côté qualifié de « coïncidence inquiétante » les décès d’opposants au régime russe en place avec la tenue de forums internationaux où le président de la Fédération de Russie participe : la journaliste Anna Politkovskaïa avait déjà trouvé la mort le 7 octobre 2006.
« Un nombre manifestement excessif de coïncidences de morts retentissantes de personnes qui, de leur vivant, se sont positionnées en opposants au pouvoir russe en place, avec les manifestations internationales auxquelles participe le président de la Fédération de Russie est pour le moins inquiétant », a-t-il notamment déclaré à Helsinki à l’issue du sommet Russie-UE.
Et de préciser que n’étant pas un partisan de la théorie des complots, « quoi qu’il en soit, on a bien l’impression d’être en présence d’une campagne bien orchestrée ou même de tout un plan de dénigrement continu de la Russie et de sa direction », a-t-il ajouté.
 
De son côté, l’agence russe ITAR-TASS allume un contrefeu en accusant l’agence britannique des relations publiques Bell Pottinger, proche de Berëzovski, d’être derrière la campagne de dénigrement du président russe.
Pour faire écho, des analystes russes, et même le président des affaires extérieures de la Douma Konstantin Kosatchev, accusent les milieux proches des séparatistes tchétchènes (dont l’émissaire de l’Itchkérie Akhmad Zakhaev recherché pour meurtres par la Russie et réfugié à Londres, ainsi que son sympathisant Berëzovski, avec lesquels Litvinenko avait de multiples contacts) d’être impliqués dans cet assassinat, pour effectivement discréditer le président russe.
 
D’ailleurs, selon le quotidien londonien « The Independent », des traces de polonium 210 auraient été trouvées dans les bureaux de Boris Berëzovski.
Mais une « Inquest » (enquête judiciaire en cas de mort suspecte), menée par Sir Robert Owen, juge de la Haute Cour agissant en tant que médecin légiste, devait débuter le 1er mai 2013, a finalement été repoussée sine die.
Le ministre des Affaires étrangères, William Hague, jugera en effet la procédure trop coûteuse et délicate, du point de vue diplomatique, au regard des relations entre Londres et Moscou à ce moment-là.
Bien que des procureurs russes soient associés à cette enquête, Andrei Lugovoi, élu à la Douma en décembre 2007 et bénéficiant désormais de l’immunité parlementaire qui lui évite l’extradition, annonce de son côté en mars 2013 qu’il refuse de collaborer à cette enquête.
 
Toutefois, en janvier 2016, Sir Robert Owen, qui a été juge mais intervient ici en dehors du système judiciaire, reprenant les éléments de l’enquête publique, aboutit à la conclusion selon laquelle le Kremlin, dont le président russe Vladimir Poutine en personne, a « probablement approuvé le meurtre à Londres de l’opposant russe Alexandre Litvinenko ».
Le magistrat implique également l’ancien chef du Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB), Nikolaï Patrouchev, dans ses imputations.
Owen déclare qu’il fonde ses conclusions sur des preuves, mais que ces preuves, en raison de leur caractère « sensible », ne seront pas portées à la connaissance du public.
Peut-on prendre, en haut lieu, le risque d’une seconde affaire de cette ampleur, se demande le capitaine Igor, même si le Kremlin « couvre » ses agents jusque dans le « shoot » du MH 17 au-dessus de l’Ukraine ?
Un poison radical ferait bien mieux l’affaire, d’autant que plusieurs nations font tourner des laboratoires militaires autour de ces substances, dont les britanniques.
Ce qui peut générer le doute et brouiller les pistes sur les commanditaires d’une telle agression.
C’est probablement et justement « le nœud » d’embrouilles recherché.
 
Dans l’épure suivante du projet que le capitaine soumet au patron du SVR, il s’agit donc de perpétrer un attentat anonyme à l’aide de cette substance (ou d’une autre) laissant croire à une signature des services secrets russes, et de mandater « Charlotte » de la CIA pour tenter de prouver le contraire moyennant une belle enveloppe d’euros clinquants…
Avec son logiciel de traque qui aura impressionné « l’honorable correspondant » venue la tester il y a de ça quelques semaines à peine, elle doit pouvoir faire des miracles.
« Oui mais je ne comprends pas. Elle va découvrir que nos agents sont à l’origine de cet attentat. Quel intérêt ? »
Lui expliquer la guerre souterraine entre les services et mettre en cause le GRU…
« Une connerie ! C’est vrai qu’on peut penser de l’extérieur que c’est le foutoir dans notre communauté du renseignement, mais de là à laisser mettre son nez dans nos affaires à un petit détective privé, il y a une marge ! » s’exclame, outré, le directeur du service.
« Pas si l’objectif est de l’extrader jusque chez nous. »
Ah oui ?
Et il détaille une nouvelle fois son plan, en laissant de côté bien des variantes déjà discutées avec son colonel : manifestement, le directeur ne s’encombre pas de tous les détails pour ne pas être au courant de tout !
 
« Je m’explique : elle retrouve la piste de nos agents et nous en fait part. Nous nous montrons dubitatifs et nous revenons vers elle pour lui expliquer qu’on est très satisfait de ses recherches, mais que c’est plus compliqué que ça. Et nous l’invitons à Moscou visiter la Loubianka pour lui expliquer ce qu’on veut lui dire ».
Qu’il n’y pense même pas…
« Mais si, au contraire ! Soit elle mord à l’hameçon du grand honneur qu’on lui fait ainsi et de la « mise en confiance » recherchée, et on lui sert notre guerre des services. Alors elle en devient « complice » pour nous aider à prévenir des « écarts » futurs, voire passés comme avec le shoot du MH 17 au-dessus de l’Ukraine. Elle est de toute façon officiellement « compromise ». Soit elle ne mord pas et on la garde au chaud le temps qu’il faudra pour faire sortir notre cible de sa retraite océanique. »
Ah oui…
Et s’il ne sort pas ?
 
« Bien briffée, elle le fera sortir. Ou alors on lui fait savoir notre marché : une visite guidée par nos agents de ses installations contre sa libération ! »
Et la menace de quelques autres exactions à suivre.
Trop dangereux… « Et pour tout le monde ! »
Et il pourrait la sacrifier…
Ils ont déjà eu maintes fois cette conversation…
« Mais non. Ce sont de vieux complices ! Et puis un enlèvement, ça pourrait l’inciter à penser qu’il a autour de lui des personnes qui lui sont plus chers au cœur… »
Pas question de toucher à sa famille : « Ordre formel du Kremlin ! »
Une menace n’engage que ceux qui y croient…
« Admettons ! »
 
Pour ça, il faudrait opérer en France et choisir une cible sans importance, tel que cela ne mobilise pas trop les services du contre-espionnage tricolore, ni même leur diplomatie.
« À moins que l’on évite justement la France pour opérer directement en Allemagne ou en Angleterre… ».
C’est plus facile compte tenu des moyens humains déjà en place.
Pas l’Allemagne : « On a des opérations en cours qui méritent de ne pas soulever trop de vagues. L’Angleterre, au point où nous en sommes avec eux, c’est mieux. »
D’autant mieux si on se sert d’une molécule chimique : ça retournera les regards vers leurs laboratoires militaires.
Igor se frotte les mains : une opération en pays anglo-saxon, ça a toujours fait frémir les tchékistes…
Les effets de leur vieille histoire.
 
« Toutefois, capitaine, en admettant que nous détenions cette fille-là, comment allez-vous faire pour convaincre notre cible de trahir ses objectifs et son patriotisme ? »
À partir du moment où la fille, déjà « compromise » et où un « honorable correspondant » entre en contact avec Paul de Bréveuil, quel que soit le schéma de l’opération, « il est irrémédiablement compris aux yeux de ses autorités et de leurs alliés. On peut même imaginer d’en rajouter en faisant circuler des informations comme quoi il travaille en fait pour Pékin, ce qui est assez crédible parce qu’il l’a déjà fait pas le passé, et qu’il continue dans le dos de tout le monde… »
Ce n’est jamais qu’un rappel de son idée initiale.
Pour son « stage » en Chine, il semble qu’il avait l’autorisation des autorités françaises, puisqu’il était officiellement rattaché aux effectifs de l’usine d’Airbus à Tianjin.
« Exact, mais il n’y est resté que quelques heures et a développé son avion suborbital « tout en un » par la suite à Chengdu. Très en avance sur les américains… et sur nous ! »
Un pas de géant vers un « avion orbital » complet, il faut bien le reconnaître[1].
 
La question est : est-ce que cela sera suffisant ?
Parce que tout cela reste « bien léger ».
Le capitaine Igor n’en disconvient pas. « D’autant qu’il est désormais indépendant sur le plan financier… »
Il peut ne plus répondre à personne.
« Dans une troisième phase, on peut très bien entraver ses projets en lui pourrissant la vie… »
Il est bien présomptueux, le petit capitaine, là.
« Et lui offrir un soutien… »
C’est ça : présomptueux !
« Vous n’avez donc rien d’autre à proposer ? »
Pas pour le moment.
« Bon, alors étudiez encore tous les aspects de cette opération. Je ne vous garantis rien. »



[1] Cf. « Les enquêtes de Charlotte », épisode « Mains invisibles (tome II) » aux éditions I3

jeudi 1 août 2019

Chapitre XII – Préparatifs

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Il s’agirait de faire intervenir la Charlotte de la « CIA » dans une enquête sur un drame créé de toute pièce.
« Imaginons qu’un de nos ex-agents soit victime d’un assassinat, par empoisonnement par exemple, de telle sorte que tous éléments désignent le service et que nous lui demandions d’enquêter avec son fameux logiciel sur cette exécution jusqu’à la faire venir à Moscou pour nous rapporter ses résultats, nous l’aurions sous la main… »
Quel intérêt ?
« Elle part pour une de nos cellules, ce qui va obliger notre cible à se manifester… »
Mais non ! « On veut une collaboration. En grillant le plan B, on ne rendra que plus méfiant notre cible pour le plan A ! Pas question, capitaine ! »
Non, c’est plus retors que ça…
 
« Je m’explique. Elle découvre que les indices laissés sur place ne sont pas clairement imputables à nos services, mais à d’autres, des officines de renseignement comme la sienne, qui auraient voulu éliminer un traître en passe d’être « retourné » une nouvelle fois par nos services pour envisager de rentrer en la mère-patrie nous livrer sa part de secrets autour, par exemple, de l’affaire des sex-tapes du président américain, ou de je ne sais quel projet de « Tremp-Tower » à Moscou… »
Oui et alors ?
« On la paye grassement et elle rentre à Paris. Elle est déjà compromise aux yeux de notre cible sans qu’il ne le sache. Là, soit la dame devient nos yeux et oreilles auprès de la cible, le plan B, soit la cible réagit et sort de son trou. Ce qui entraine un contact immédiat et évaluation des faits et analyses, avec la promesse de réitérer l’opération autant de fois qu’il le faut afin de l’amener à coopérer même sommairement. »
Ou au contraire, il se bloque définitivement…
 
« Et pourquoi ça ? » insiste le capitaine Igor. « Pour quelle raison cet homme-là n’aurait aucune empathie pour le sort promis par nos services à plusieurs de nos ex-concitoyens qu’on peut compter par milliers, du moment qu’on ne lui demande pas plus qu’une visite de ses installations aux Chagos ?
Son patriotisme irait jusqu’à laisser sacrifier sans réagir des centaines et des centaines d’ex-agents pas très fiables, alors que ce que nous voulons rester bénins par rapport à ses autorités dont il a réussi à financièrement se délier ? »
Effectivement, on lui laisse un choix anodin pour des renseignements sans importance stratégique.
« Et de la sorte, nous le « ferrons ». Il ne sera plus crédible auprès de ses autorités de tutelle dès que nous le leur feront savoir, ce qui le conduira à se tourner vers nous, tôt ou tard. »
Pas mal raisonné.
Mais ce schéma classique a toutefois bien des aléas : il ne se laissera pas piéger pour si peu.
 
Et comment initier une opération d’exécution qui désignerait les SIS ou ses officines sans mêler le service ?
Il s’agira de fignoler la mise en scène et le script dans ses moindres détails…
« Continuez, capitaine, continuez. C’est une piste. Mais moi je mêlerai les gars du GRU pour nous dédouaner. Un soldat reste solidaire d’autres soldats, même de ses ennemis. Essayez ça ! »
Ce n’est pas un blanc-seing, mais ce n’est déjà pas si mal.
Probablement que son colonel espère un « feu-vert » du Kremlin si le SVR prend un coup d’avance sur le GRU, parce que lui avait plutôt pensé à « mouiller » les SIS anglais.
Et comment les embarquer dans une pareille combine ?
 
« Ne rien en dire. Le GRU reste avoir des officiers transfuges en Angleterre. Et ils vont se mettre en érection si on leur cause d’arme biologique. Je ne sais pas, moi, mais les anglo-saxons continuent de développer des neurotoxiques en violation de toutes les conventions internationales.
Essayez de trouver un point de convergence entre ces deux éléments… »
Le capitaine Igor se remet à la tâche.
Pas très longtemps.
À Salisbury, il y a plusieurs traitres et justement pas très loin, à Porton Down, un complexe militaire qui travaille sur ce type de molécules interdites par les traités internationaux.
Ah là, si ça fonctionne comme le souhaite son colonel, il y a de la montée en grade dans l’air !
Un neuroleptique ?
Mais lequel ?
 
Renseignements pris : le Novichok !
Du russe новичок, nouveau venu, débutant, novice, « le bleu » qui désigne en réalité une série de gaz innervant développés par l’Union soviétique dans les années 1970 et 1980. Ils seraient des gaz parmi les plus puissants jamais fabriqués. Certaines versions seraient cinq à huit fois plus puissantes que le gaz VX.
Le VX est un agent organophosphoré de la famille des phosphonothioates, inventé dans un centre de recherche britannique en 1952.
Il s’agit d’une version moderne et nettement plus mortelle du sarin.
Les symptômes et le mode d’absorption sont les mêmes que pour le sarin, à savoir l’inhalation ou le contact cutané. Seule différence : il peut se répandre dans l’air et dans l’eau et la dose létale est de 10 mg/min par m-3 contre 100 pour le sarin.
Contrairement à la croyance populaire, le VX n’est pas un gaz à température ambiante, mais un liquide qui se décompose à sa température d’ébullition. Le VX n’existe donc pas sous forme gazeuse.
Les Novichok, si. Liquide et gazeux. Et il en est qui sont solubles dans l’eau et/ou dans de l’alcool dilué.
 
Les Novichok appartiennent à la quatrième génération d’armes chimiques développées dans le cadre du programme soviétique « Foliant ».
Initialement appelée K-84 et plus tard renommée A-230, la famille Novichok comprend plus d’une centaine de gaz.
D’un point de vue militaire, le plus prometteur de ces gaz est A-232 (Novichok-5).
L’idée qui germe dans le service du capitaine Igor est de réitérer l’affaire Litvinenko.
Mais pas avec du polonium qui reste un métal lourd très radioactif, mais aussi la signature d’un État capable d’en fabriquer et de l’isoler ce qui suppose une technologie nucléaire performante.
Car, pour ça, il faut disposer d’une centrale nucléaire ou de laboratoires de pointe…
Avec le Novichok, ce n’est plus le cas : les anglo-saxons reviennent en première ligne, car d’après les dossiers issus du GRU, ils en ont à Porton Down !
 
Il se remémore que pour le service, Litvinenko était un officier supérieur du FSB, en opposition avec le Président Poutine, « retourné » par les services britanniques, la suprême offense des ennemis héréditaires anglo-saxons…
Le capitaine Igor ne connaît pas les détails, mais le 1er novembre 2006, Litvinenko déjeune dans un restaurant de sushis à Londres avec un contact, l’italien Mario Scaramella, universitaire napolitain soupçonné d’avoir trempé dans plusieurs trafics et qui prétendait détenir des preuves reliant le gouvernement de Vladimir Poutine à l’assassinat de la journaliste et opposante russe Anna Politkovskaïa.[1]
Ce qu’on en sait, c’est qu’à 16 h 30, il se rend à l’Hôtel Millennium où deux Russes l’attendent, Dmitry Kovtun et Andreï Lougovoï.
Anciens membres du FSB, ils sont à la tête d’une société de sécurité et souhaitent que son entregent les aide à décrocher des contrats dans leur domaine. Alors qu’ils commandent un verre de gin, Litvinenko se fait servir un thé.
Deux heures plus tard, après qu’il ait été ramené chez lui par Akhmed Zakaïev, ancien chef de guerre tchétchène lui aussi réfugié à Londres, il se tord de douleurs et tombe gravement malade.
Comprenant qu’il s’agit d'un empoisonnement, il avale deux litres d’eau pour laver son estomac, mais en vain.
Deux jours plus tard, il est admis à l’University College Hospital.
 
Les médecins de l’University College Hospital pensent qu’il est atteint par un virus mais son état se dégrade rapidement : il perd ses cheveux, son rein et sa moelle osseuse se détériorent. Ses symptômes font penser initialement à un empoisonnement au thallium, un composant de la mort aux rats dont un antidote existe.
Mais il décède le 23 novembre, à 21 h 21 à l’University College Hospital de Londres.
De « hautes quantités de radiations, probablement dues à une substance appelée polonium 210 », une matière hautement radioactive, sont alors détectées dans les urines de l’ancien espion selon les autorités sanitaires britanniques, bien que le rapport d’autopsie officiel, qui n’a jamais été rendu public, n’en atteste pas formellement.
Après avoir cru que l’empoisonnement avait eu lieu dans le restaurant à sushi, les autorités britanniques confirment que l’empoisonnement s’est en fait produit en buvant le thé au bar de l’Hôtel Millennium, les enquêteurs ayant de plus retrouvé des traces de polonium dans tous les lieux où sont passés Kovtun et Andreï Lougovoï.
Le 24 novembre 2006, la police entreprend des fouilles dans le domicile et le jardin de Litvinenko. Selon le quotidien londonien « The Independent », toutes les hypothèses de mort sont alors examenées par la police britannique, y compris celle du suicide, qui aurait pu être commis afin de discréditer le président Poutine.
En effet, plusieurs spéculations circulent sur les commanditaires de la mort de Litvinenko, mais aucune piste n’est encore privilégiée par les enquêteurs du Scotland Yard.
Bien trop voyant, le polonium.
Néanmoins, la presse britannique reste sensible aux « théories du complot » en évoquant « un suicide »…
 
Le 6 décembre 2006, Scotland Yard considère désormais la mort d’Alexandre Litvinenko comme un meurtre.
L’homme d’affaire russe Andreï Lougovoï, soupçonné par les autorités judiciaires anglaises d’être mêlé à l’empoisonnement, nie son implication et rejette l’accusation sur les services secrets britanniques du MI6, qui auraient voulu se débarrasser d’un enquêteur encombrant.
Selon l’édition du 27 octobre 2007 du Daily Mail, Litvinenko aurait effectivement été employé par le MI6.
Par ailleurs, en avril 2012, Andreï Lougovoï a été soumis au détecteur de mensonge par des spécialistes britanniques qui ont conclu à son innocence, quoique ce système ne soit pas toujours très efficace surtout quand il est appliqué à des espions bien entraînés.
Le général Oleg Kalouguine, ancien chef du contre-espionnage soviétique et aujourd’hui réfugié aux États-Unis, accuse le FSB qui selon lui « déteste les traîtres ; c'est pour cela qu’ils ont décidé de lui rabattre son caquet ».
Là, il n’a pas vraiment tort en convient le capitaine Igor…



[1] Mario Scaramella sera par ailleurs condamné en 2012 à trois ans et six mois de prison par la justice italienne pour calomnie contre un avocat de Saint-Marin.