Sacrifier d’urgence la démocratie…
Dans un manifeste en 22 points, l’entreprise « ricaine »
« Pas-ralentir », qui vend des logiciels de sécurité et notamment de « traçage »
aux autorités policières, défend bien plus que l’usage militaire de
l’intelligence artificielle. Pour résumer, elle propose une nouvelle légitimité
du pouvoir technologique : Remplacer les lenteurs de la délibération
démocratique par l’efficacité supposée de la croissance de l’IA, de la sécurité
et de la puissance armée.
Sauf que le problème n’est donc pas seulement que « Pas-ralentir » vende des logiciels de renseignement, de coordination opérationnelle ou de gestion de données à des armées, polices, agences de renseignement et administrations publiques, c’est qu’elle en profite pour imposer sa doctrine à ses États-clients.
Ce manifeste de « Pas-ralentir » publié
le 18 avril 2026 sur « Xxxxl » condense en 22 points « The
Technological Republic », un livret coécrit par son patron et qui dépasse
le statut de livre : C’est une « feuille de route » reprise et
assumée par le compte officiel d’une entreprise qui travaille déjà au cœur des
fonctions de sécurité, de renseignement et de défense d’États puissants.
D’autant qu’on y parle comme un fournisseur d’infrastructures critiques qui expliquerait ce que devraient devenir les États : Plus armés et moins embarrassés par le débat public, tout en étant davantage structurés autour de la donnée et de l’intelligence artificielle !
Et au-delà des outils, l’entreprise « high-tech » formule une idée du pouvoir bien précise sans même que cela ouvre le moindre débat, voire l’intérêt de l’opinion publique ou seulement ses dirigeants.
Le cœur du manifeste tient en une
substitution : À la question démocratique classique – qu’est-ce qui rend
un pouvoir légitime ? ‒ « Pas-ralentir » répond par deux critères : La
capacité à produire de la croissance économique et celle à garantir la
sécurité. Point à la ligne. Le reste est « hors-sujet » !
Le texte affirme ainsi qu’une civilisation, même décadente, pourra être pardonnée si elle livre ces deux résultats !
La politique n’est plus d’abord affaire de représentation, de conflit social, de droits ou de délibération, elle devient une épreuve de performance.
Assez étonnant, finalement… parce que ce n’est pas ce qu’on attend d’une telle société de sécurité !
C’est aussi le sens de la charge contre la «
tyrannie des applications ». « Pas-ralentir » ne reproche pas à la
Silicon Valley d’avoir concentré trop de pouvoir économique ou d’avoir capté
trop de données personnelles. Sa critique est inverse : Elle lui reproche
d’avoir réduit son ambition à des objets de confort, à des plateformes de
consommation, à des technologies de distraction !
L’iPhone, les applications, l’e-mail gratuit : Tout cela aurait changé la vie quotidienne, mais pas suffisamment transformé la puissance des États.
Ainsi, pour « Pas-ralentir », la technologie véritable n’est pas celle qui divertit ou connecte, mais c’est celle qui gouverne et surveille l’action publique.
Probablement, effectivement peut-on se dire…
Sous ses airs de critique interne de la tech,
le manifeste produit donc une réhabilitation du pouvoir technologique comme
pouvoir politique. La Silicon Valley aurait ainsi une « dette morale » envers
les États-Unis, parce que c’est ce pays qui a rendu possible son essor.
Et cette dette ne se paie pas par l’impôt, la redistribution ou la modération des monopoles, mais par la participation directe à la défense nationale !
La technologie n’est plus seulement une industrie « ricaine » : Elle se doit d’être le principal atout de la puissance « ricaine » !
Belle ambition que voilà…
La partie militaire du manifeste est nettement
la plus explicite de cette colonne vertébrale dogmatique. « Pas-ralentir »
y explique que le « soft power » ne suffit plus, que la puissance des
démocraties doit désormais reposer sur le logiciel, que le débat sur les armes
dopées à l’IA est secondaire face à la question de savoir qui les construira,
et que l’âge atomique céderait la place à une « nouvelle dissuasion fondée
sur l’intelligence artificielle ».
Le texte va jusqu’à mettre sur le même plan la demande d’un « meilleur fusil » par un « Marine-ricain » et celle d’un meilleur logiciel : Dans les deux cas, il faudrait répondre à la demande.
L’analogie a cependant une limite : Un fusil ne suggère pas ses cibles, alors que…
Mais la manœuvre rhétorique est simple : Rendre
la course aux armes inévitable, puis disqualifier toute discussion sur ses
finalités !
Si les adversaires des États-Unis ne s’arrêtent pas pour débattre, alors le débat devient une faiblesse, presque une comédie : « Nos adversaires ne s’attarderont pas à débattre de manière théâtrale sur l’intérêt de développer des technologies ayant des applications cruciales pour l’armée et la sécurité nationale. »
Ce n’est plus à la société de décider si certaines armes doivent exister, c’est aux ingénieurs patriotes de s’assurer qu’elles existent du bon côté.
Ce manifeste ne supprime pas officiellement la question politique, mais il la déplace après coup : On pourra toujours débattre de l’opportunité d’une intervention militaire à condition de ne jamais ralentir la construction des outils qui la rendront possible.
C’est suffisamment pragmatique pour être clair…
Ce discours serait déjà préoccupant s’il
venait d’un think tank subventionné par un « Naze-pop » (Nationalpopuliste)
quelconque. Mais il l’est davantage lorsqu’il vient d’une entreprise dont les
logiciels sont installés dans l’appareil militaire « ricain » et
encore ailleurs en Europe, sans avoir été élu (mais c’est un détail).
En mai 2025, l’US Army a accordé à « Pas-ralentir » USG une modification de contrat de 795 M$ pour des licences du « Maven Smart System », une plateforme capable d’analyser des données de champ de bataille et d’identifier des cibles potentielles.
En mars 2026, Reuters aura rapporté que le Pentagone devait faire de « Maven » un programme officiel de référence, c’est-à-dire un système durablement intégré et financé au sein de l’armée « ricaine ».
Mais ce n’est pas le seul bénéfice du fameux logiciel (qui s’apparente dans mes propres fictions de « romancier délirant » autour des « Enquêtes de Charlotte », à son logiciel BBR de surveillance : Mais j’étais déjà un peu en avance sur mon époque, en… 2015, plus de 10 ans déjà !)
Il faut vous dire que « Pas-ralentir »
insiste beaucoup sur le fait que ses logiciels ne prennent pas eux-mêmes les
décisions létales et que les humains restent responsables de la validation des
cibles, pas comme en Ukraine où Kiev laisse l’IA de la DCA défendre ses ponts
contre les drones à réaction russes.
Mais c’est justement là que se situe la question démocratique : Même si l’humain garde la décision formelle, l’IA comprime le temps, hiérarchise les options, suggère les priorités et transforme la manière dont la guerre est pensée.
Le risque repose donc sur l’humain qui, dans une chaîne accélérée par la machine, ne ferait plus qu’entériner.
A-t-il d’ailleurs un autre choix ?
On peut se poser la question notamment pour avoir fait deux expériences de mes propres petits-doigts en refaisant un tarif complet de 4.500 références d’un grossiste, dont 10 à 15 % en prix promotionnels, avec prix de vente conseillé aux détaillants (7 tarifs en tout). Pour faire vite, je laissais la machine faire sans contrôler, mon seul souci étant seulement de préserver la marge de mon patron.
Et j’avais repris le boulot d’un approvisionneur malade (sur les trois de la même « boutique ») aidé par un logiciel d’IBM (qui tournait uniquement sur 36 – ont était dans les années 90) qui me préparait les commandes que les « petits-kamarades » ne pouvaient ou ne voulaient pas faire pour dépanner leur collègue : N’y connaissant rien, je validais 90 % de ce que me proposait la machine… et il n’y a pas eu beaucoup d’erreur, si je me souviens bien…
Donc, ce manifeste prend bien soin de
présenter cet alignement avec l’État « ricain » comme un devoir
patriotique pour revenir à nos moutons. Or, ce devoir correspond aussi au cœur
du modèle économique de l’entreprise. Dans son rapport annuel 2025, « Pas-ralentir »
indique avoir réalisé 4,5 Mds$ de CA, dont 54 % auprès de clients
gouvernementaux. Comment ne pas dévier ?
Elle précise aussi que 74 % de son CA provenait de clients situés aux USA.
A-t-elle vraiment d’autres choix ?
Quand « Pas-ralentir » appelle la
Silicon Valley à s’arracher aux applications de confort pour se tourner vers la
sécurité, la défense et les infrastructures publiques, l’entreprise décrit
aussi les secteurs où elle vend déjà ses services et où elle veut étendre sa
position. Son rapport annuel le dit à sa manière : « Pas-ralentir »
vise les grands problèmes complexes, difficiles à résoudre, aux coûts
d’installation élevés, aux environnements de données compliqués, ceux où les
barrières à l’entrée sont fortes. Son modèle économique repose finalement sur
un État dépendant d’une infrastructure logicielle privée, un client captif et
indéfiniment solvable !
Son secret de la réussite…
Et cette logique ne se limite pas au champ militaire : En avril 2025, Business Insider a révélé que l’ICE, la police fédérale « ricaine » chargée de l’immigration, avait signé avec « Pas-ralentir » un contrat de près de 30 M$ pour l’application « ImmigrationOS », un système destiné notamment à suivre les auto-expulsions, les dépassements de visa et le processus allant de l’identification à l’éloignement.
Le contrat s’inscrit dans une relation ancienne entre « Pas-ralentir » et le Department of Homeland Security…
Ainsi « Pas-ralentir » conteste
l’idée que ses outils serviraient à une logique indiscriminée de chasse de
masse et présente son rôle comme un travail d’intégration de données, encadré
par les règles d’accès existantes !
Cette réponse est certes importante, mais elle ne règle pas la question : Même lorsque l’entreprise ne décide pas de la politique migratoire, elle fournit l’architecture qui permet de l’industrialiser… Sans elle la décision politique serait inopérante.
Ainsi, la souveraineté ne disparaît pas, elle se reconfigure autour de prestataires capables de rendre certaines politiques plus difficiles à contester au moment où elles s’exécutent.
Mais ce manifeste bute pourtant sur une
contradiction : « Pas-ralentir » n’est pas anti-État. Elle veut
au contraire un État fort, dépensier, armé, capable de centraliser des données,
d’acheter des plateformes et d’agir vite. Ainsi ce que « Pas-ralentir »
conteste, ce n’est tant pas la puissance publique comme telle, c’est seulement que
la puissance publique, lorsqu’elle régule, ralentit, interroge, impose des
normes, demande des comptes ou prétend juger la technologie depuis un point de
vue extérieur et bureaucratique à l’efficacité opérationnelle des ingénieurs.
Ce qui a le don d’énerver ses dirigeants (et ses ingénieurs) qui sont contraints de se plier inutilement à ces exigences-là.
Dans son manifeste, des tensions traversent donc les passages sur les fonctionnaires.
Le manifeste affirme ainsi que les agents publics n’ont pas à « être traités comme des prêtres » et suggère qu’une entreprise « qui rémunérerait ses salariés comme l’administration fédérale aurait du mal à survivre » !
La formule vise à ridiculiser l’État bureaucratique, présenté comme coûteux, moraliste et inefficace, rien de moins pour son principal client !
Néanmoins, « Pas-ralentir » ne propose pas de réduire la place de l’État dans l’économie, elle propose seulement de transformer l’État en client et en accélérateur de puissance.
L’État doit donc maigrir partout, sauf sur la ligne budgétaire de « Pas-ralentir », bien évidemment.
À la réflexion, la cible véritable de ce
manifeste tient donc dans « la délibération ». Les débats sur les
armes assistées par l’IA deviennent des spectacles inutiles, la prudence en
politique devient corrosive, la critique des milliardaires devient une forme de
petitesse culturelle, l’examen public de la vie des puissants devient un
obstacle au recrutement de personnalités fortes.
Tout cela reste « toxique ».
Ainsi, sans le dire, le texte dessine une République où l’action vaut mieux que la discussion, où l’audace vaut mieux que la transparence, où la capacité à construire l’emporte sur la légitimité à décider collectivement de ce qui doit être construit ou non.
Or, cet imaginaire trouve un écho dans
l’évolution récente de la politique « ricaine » de l’IA. L’ordre
exécutif signé par « Trompe-le-clown » le 2 juin 2026 met notamment en
avant une collaboration volontaire avec l’industrie pour sécuriser les systèmes
publics et privés, développer des capacités US avancées et organiser l’accès du
gouvernement à certains modèles de pointe.
Reuters précise que les agences « ricaines » pourraient disposer jusqu’à 30 jours pour tester des modèles avant leur diffusion à des organisations extérieures au gouvernement.
Ce n’est plus une autorisation préalable générale typique d’un régime politique libéral, mais c’est bien l’institutionnalisation d’un axe État-industrie autour de l’IA stratégique. Tout devient permis, à condition d’être autorisé au préalable… typique des régimes politiques antilibéraux (voire dictatoriaux) !
Pas mal pour des « libertariens » dans l’âme…
Le manifeste ne s’arrête de toute façon pas à
la guerre et à la sécurité : Il propose carrément une « lecture
civilisationnelle » du monde. Probablement pour faire bon poids et emmener
l’adhésion inconditionnelle.
Les USA y sont présentés comme la puissance qui aurait « le plus fait avancer les valeurs progressistes » et rendu possible une longue paix mondiale…
Pour un pays qui n’a cessé d’être en guerre durant tout le siècle qui vient de s’écouler, c’est un bel oxymore !
Dans le même mouvement, « Pas-ralentir » rejette l’idée que toutes les cultures se vaudraient, oppose les sociétés productives aux sociétés dysfonctionnelles ou régressives, et appelle à résister à un pluralisme jugé vide et contreproductif.
Ce glissement n’est cependant pas anodin : La
technologie n’est plus seulement justifiée par son efficacité militaire ou
économique, mais par une prétention à défendre une civilisation supérieure…
(élue des dieux informatiques, c’est ça ?)
Dès lors, l’adversaire n’est pas seulement stratégique : Il est culturel.
Le pluralisme n’est plus seulement une méthode de coexistence démocratique, il devient forcément un affaiblissement moral.
Le désaccord et le débat ne sont plus seulement des éléments normaux de la vie politique, il peut être requalifié en symptôme de décadence !
Mais qui décide de ce qui est décadent ?
Le manifeste ne le dit jamais et c’est bien un des problèmes.
Or, si la « République technologique »
de « Pas-ralentir » se présente comme démocratique, elle supporte mal
ce qui fait la démocratie : L’incertitude des urnes, la contradiction
dogmatique, le pluralisme, les contre-pouvoirs, les délais, la possibilité de
dire non qui l’entrave. Elle conserve juste le mot de République, mais en
modifie le centre de gravité.
Ce n’est plus le citoyen qui en est la figure principale, c’est l’ingénieur, le soldat, le fondateur, le décideur opérationnel, celui qui construit plus vite que les autres et ne perd pas son temps en discussions oiseuses.
Lorsque « Pas-ralentir » s’est déjà installée au cœur de fonctions régaliennes, dans l’armée « ricaine » avec ses systèmes de ciblage et de commandement qui ont pris une importance stratégique, lorsque dans l’immigration, ses outils participent à la mise en données de politiques d’éloignement, son propre modèle économique, la frontière entre logiciel privé et puissance publique devient structurante.
« Pas-ralentir » ne se contente pas de commenter l’État, elle travaille dans ses organes sensibles.
Mais l’entreprise commence aussi à susciter
des résistances. En « Gauloisie-spécifique », la DGSI doit remplacer
progressivement les outils de « Pas-ralentir » par ceux de
ChapsVision, une entreprise tricolore, au nom de la souveraineté numérique. Même
si Reuters rapporte que le contrat de « Pas-ralentir », renouvelé fin
2025, reste en vigueur pendant plusieurs années et que la transition prendra du
temps afin d’éviter une rupture capacitaire.
Cette précision est essentielle : Sortir des griffes de « Pas-ralentir » n’est pas un geste instantané, c’est une opération lourde, parce que la dépendance est déjà bien installée.
C’est aussi pour cela que son manifeste mérite d’être pris au sérieux. Non pas parce qu’il serait subtil, ni parce qu’il inventerait seul l’avenir de la politique, mais parce qu’il dit à voix haute ce que de nombreuses infrastructures numériques font déjà silencieusement : Déplacer la décision publique vers des architectures privées, transformer la sécurité en marché, convertir la guerre en horizon technologique, et présenter la délibération démocratique comme une faiblesse face à l’urgence.
Finalement « Pas-ralentir » ne fait
pas que vendre des logiciels aux États. Elle vend surtout une certaine idée de
l’État, un État client moins soucieux de débattre que d’agir, moins préoccupé
par le pluralisme que par la cohérence, moins attaché à la lenteur démocratique
qu’à la vitesse opérationnelle. C’est tout l’avenir qu’on va vous imposer…
La question n’est donc plus de savoir si les démocraties doivent utiliser des technologies puissantes. Elles le feront. La question est de savoir si elles peuvent les utiliser sans adopter, avec elles, la politique de ceux qui les conçoivent.
Et là, il semble que ce n’est pas gagné…
L’incroyable, c’est que c’est un sujet d’actualité
qui n’est absolument pas débattu par tous ceux qui s’estiment en position de
succéder à notre « Jupiter » national : C’est à se demander s’ils
sont vraiment compétents pour prendre les rênes du pays !
Il en va pourtant de l’avenir du pays et de vos gamins (qui cassent leurs bahuts) !
Drôle d’époque, finalement…
Pour mémoire (n’en
déplaise à « Pal-Poux-tine ») : LE PRÉSENT BILLET A ENCORE ÉTÉ RÉDIGÉ PAR UNE
PERSONNE « NON RUSSE » ET MIS EN LIGNE PAR UN MÉDIA DE MASSE « NON RUSSE »,
REMPLISSANT DONC LES FONCTIONS D’UN AGENT « NON RUSSE » !
Post-scriptum : Alexeï Navalny est mort en détention pour ses opinions politiques. Les Russes se condamnent à perpétuité à en supporter toute la honte !
Постскриптум: Алексей Навальный умер в заключении за свои политические взгляды. Россияне обрекают себя на всю жизнь нести весlь позор!
Pétition · Renommez la rue de l’ambassade de Russie à Paris en rue Alexeï Navalny - France · Change.org
Sauf que le problème n’est donc pas seulement que « Pas-ralentir » vende des logiciels de renseignement, de coordination opérationnelle ou de gestion de données à des armées, polices, agences de renseignement et administrations publiques, c’est qu’elle en profite pour imposer sa doctrine à ses États-clients.
D’autant qu’on y parle comme un fournisseur d’infrastructures critiques qui expliquerait ce que devraient devenir les États : Plus armés et moins embarrassés par le débat public, tout en étant davantage structurés autour de la donnée et de l’intelligence artificielle !
Et au-delà des outils, l’entreprise « high-tech » formule une idée du pouvoir bien précise sans même que cela ouvre le moindre débat, voire l’intérêt de l’opinion publique ou seulement ses dirigeants.
Le texte affirme ainsi qu’une civilisation, même décadente, pourra être pardonnée si elle livre ces deux résultats !
La politique n’est plus d’abord affaire de représentation, de conflit social, de droits ou de délibération, elle devient une épreuve de performance.
Assez étonnant, finalement… parce que ce n’est pas ce qu’on attend d’une telle société de sécurité !
L’iPhone, les applications, l’e-mail gratuit : Tout cela aurait changé la vie quotidienne, mais pas suffisamment transformé la puissance des États.
Ainsi, pour « Pas-ralentir », la technologie véritable n’est pas celle qui divertit ou connecte, mais c’est celle qui gouverne et surveille l’action publique.
Probablement, effectivement peut-on se dire…
Et cette dette ne se paie pas par l’impôt, la redistribution ou la modération des monopoles, mais par la participation directe à la défense nationale !
La technologie n’est plus seulement une industrie « ricaine » : Elle se doit d’être le principal atout de la puissance « ricaine » !
Belle ambition que voilà…
Le texte va jusqu’à mettre sur le même plan la demande d’un « meilleur fusil » par un « Marine-ricain » et celle d’un meilleur logiciel : Dans les deux cas, il faudrait répondre à la demande.
L’analogie a cependant une limite : Un fusil ne suggère pas ses cibles, alors que…
Si les adversaires des États-Unis ne s’arrêtent pas pour débattre, alors le débat devient une faiblesse, presque une comédie : « Nos adversaires ne s’attarderont pas à débattre de manière théâtrale sur l’intérêt de développer des technologies ayant des applications cruciales pour l’armée et la sécurité nationale. »
Ce n’est plus à la société de décider si certaines armes doivent exister, c’est aux ingénieurs patriotes de s’assurer qu’elles existent du bon côté.
Ce manifeste ne supprime pas officiellement la question politique, mais il la déplace après coup : On pourra toujours débattre de l’opportunité d’une intervention militaire à condition de ne jamais ralentir la construction des outils qui la rendront possible.
C’est suffisamment pragmatique pour être clair…
En mai 2025, l’US Army a accordé à « Pas-ralentir » USG une modification de contrat de 795 M$ pour des licences du « Maven Smart System », une plateforme capable d’analyser des données de champ de bataille et d’identifier des cibles potentielles.
En mars 2026, Reuters aura rapporté que le Pentagone devait faire de « Maven » un programme officiel de référence, c’est-à-dire un système durablement intégré et financé au sein de l’armée « ricaine ».
Mais ce n’est pas le seul bénéfice du fameux logiciel (qui s’apparente dans mes propres fictions de « romancier délirant » autour des « Enquêtes de Charlotte », à son logiciel BBR de surveillance : Mais j’étais déjà un peu en avance sur mon époque, en… 2015, plus de 10 ans déjà !)
Mais c’est justement là que se situe la question démocratique : Même si l’humain garde la décision formelle, l’IA comprime le temps, hiérarchise les options, suggère les priorités et transforme la manière dont la guerre est pensée.
Le risque repose donc sur l’humain qui, dans une chaîne accélérée par la machine, ne ferait plus qu’entériner.
A-t-il d’ailleurs un autre choix ?
On peut se poser la question notamment pour avoir fait deux expériences de mes propres petits-doigts en refaisant un tarif complet de 4.500 références d’un grossiste, dont 10 à 15 % en prix promotionnels, avec prix de vente conseillé aux détaillants (7 tarifs en tout). Pour faire vite, je laissais la machine faire sans contrôler, mon seul souci étant seulement de préserver la marge de mon patron.
Et j’avais repris le boulot d’un approvisionneur malade (sur les trois de la même « boutique ») aidé par un logiciel d’IBM (qui tournait uniquement sur 36 – ont était dans les années 90) qui me préparait les commandes que les « petits-kamarades » ne pouvaient ou ne voulaient pas faire pour dépanner leur collègue : N’y connaissant rien, je validais 90 % de ce que me proposait la machine… et il n’y a pas eu beaucoup d’erreur, si je me souviens bien…
Elle précise aussi que 74 % de son CA provenait de clients situés aux USA.
A-t-elle vraiment d’autres choix ?
Son secret de la réussite…
Et cette logique ne se limite pas au champ militaire : En avril 2025, Business Insider a révélé que l’ICE, la police fédérale « ricaine » chargée de l’immigration, avait signé avec « Pas-ralentir » un contrat de près de 30 M$ pour l’application « ImmigrationOS », un système destiné notamment à suivre les auto-expulsions, les dépassements de visa et le processus allant de l’identification à l’éloignement.
Le contrat s’inscrit dans une relation ancienne entre « Pas-ralentir » et le Department of Homeland Security…
Cette réponse est certes importante, mais elle ne règle pas la question : Même lorsque l’entreprise ne décide pas de la politique migratoire, elle fournit l’architecture qui permet de l’industrialiser… Sans elle la décision politique serait inopérante.
Ainsi, la souveraineté ne disparaît pas, elle se reconfigure autour de prestataires capables de rendre certaines politiques plus difficiles à contester au moment où elles s’exécutent.
Ce qui a le don d’énerver ses dirigeants (et ses ingénieurs) qui sont contraints de se plier inutilement à ces exigences-là.
Dans son manifeste, des tensions traversent donc les passages sur les fonctionnaires.
Le manifeste affirme ainsi que les agents publics n’ont pas à « être traités comme des prêtres » et suggère qu’une entreprise « qui rémunérerait ses salariés comme l’administration fédérale aurait du mal à survivre » !
La formule vise à ridiculiser l’État bureaucratique, présenté comme coûteux, moraliste et inefficace, rien de moins pour son principal client !
Néanmoins, « Pas-ralentir » ne propose pas de réduire la place de l’État dans l’économie, elle propose seulement de transformer l’État en client et en accélérateur de puissance.
L’État doit donc maigrir partout, sauf sur la ligne budgétaire de « Pas-ralentir », bien évidemment.
Tout cela reste « toxique ».
Ainsi, sans le dire, le texte dessine une République où l’action vaut mieux que la discussion, où l’audace vaut mieux que la transparence, où la capacité à construire l’emporte sur la légitimité à décider collectivement de ce qui doit être construit ou non.
Reuters précise que les agences « ricaines » pourraient disposer jusqu’à 30 jours pour tester des modèles avant leur diffusion à des organisations extérieures au gouvernement.
Ce n’est plus une autorisation préalable générale typique d’un régime politique libéral, mais c’est bien l’institutionnalisation d’un axe État-industrie autour de l’IA stratégique. Tout devient permis, à condition d’être autorisé au préalable… typique des régimes politiques antilibéraux (voire dictatoriaux) !
Pas mal pour des « libertariens » dans l’âme…
Les USA y sont présentés comme la puissance qui aurait « le plus fait avancer les valeurs progressistes » et rendu possible une longue paix mondiale…
Pour un pays qui n’a cessé d’être en guerre durant tout le siècle qui vient de s’écouler, c’est un bel oxymore !
Dans le même mouvement, « Pas-ralentir » rejette l’idée que toutes les cultures se vaudraient, oppose les sociétés productives aux sociétés dysfonctionnelles ou régressives, et appelle à résister à un pluralisme jugé vide et contreproductif.
Dès lors, l’adversaire n’est pas seulement stratégique : Il est culturel.
Le pluralisme n’est plus seulement une méthode de coexistence démocratique, il devient forcément un affaiblissement moral.
Le désaccord et le débat ne sont plus seulement des éléments normaux de la vie politique, il peut être requalifié en symptôme de décadence !
Mais qui décide de ce qui est décadent ?
Le manifeste ne le dit jamais et c’est bien un des problèmes.
Ce n’est plus le citoyen qui en est la figure principale, c’est l’ingénieur, le soldat, le fondateur, le décideur opérationnel, celui qui construit plus vite que les autres et ne perd pas son temps en discussions oiseuses.
Lorsque « Pas-ralentir » s’est déjà installée au cœur de fonctions régaliennes, dans l’armée « ricaine » avec ses systèmes de ciblage et de commandement qui ont pris une importance stratégique, lorsque dans l’immigration, ses outils participent à la mise en données de politiques d’éloignement, son propre modèle économique, la frontière entre logiciel privé et puissance publique devient structurante.
« Pas-ralentir » ne se contente pas de commenter l’État, elle travaille dans ses organes sensibles.
Cette précision est essentielle : Sortir des griffes de « Pas-ralentir » n’est pas un geste instantané, c’est une opération lourde, parce que la dépendance est déjà bien installée.
C’est aussi pour cela que son manifeste mérite d’être pris au sérieux. Non pas parce qu’il serait subtil, ni parce qu’il inventerait seul l’avenir de la politique, mais parce qu’il dit à voix haute ce que de nombreuses infrastructures numériques font déjà silencieusement : Déplacer la décision publique vers des architectures privées, transformer la sécurité en marché, convertir la guerre en horizon technologique, et présenter la délibération démocratique comme une faiblesse face à l’urgence.
La question n’est donc plus de savoir si les démocraties doivent utiliser des technologies puissantes. Elles le feront. La question est de savoir si elles peuvent les utiliser sans adopter, avec elles, la politique de ceux qui les conçoivent.
Et là, il semble que ce n’est pas gagné…
Il en va pourtant de l’avenir du pays et de vos gamins (qui cassent leurs bahuts) !
Drôle d’époque, finalement…
Post-scriptum : Alexeï Navalny est mort en détention pour ses opinions politiques. Les Russes se condamnent à perpétuité à en supporter toute la honte !
Постскриптум: Алексей Навальный умер в заключении за свои политические взгляды. Россияне обрекают себя на всю жизнь нести весlь позор!
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