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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

dimanche 22 mars 2015

Au nom du père (Chapitre VII ; Tome I)

Mariage et noces 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 
 
Rien à dire, quand les anglais se marient, ils savent faire la noce.
Paul, toujours matinal, mais là pour la simple raison qu’il s’est réveillé sur la moquette, qui reste inconfortable, une vague couverture tirée sur lui, se heurte à « Shirley », assoupie dans le couloir, le long de la porte de la chambre, celle-là même que Paul a éconduite hier soir malgré ses jolies taches de rousseur.
Têtue la jeunette ! Elle espérait quoi au juste ?
Il lui remonte son manteau sur les épaules et va se faire un petit jogging habituel après avoir bu un café infecte au bar et une orange pressée : c’est bon pour le moral !
 
Quand il rentre, c’est pour découvrir les trois femmes ensemble au bar en train de « bruncher ». Il s’agit maintenant de s’équiper pour une cérémonie religieuse, en grand apparat lui affirme-t-on.
Et les deux dames de l’hôtel, chacune, apparemment ravie d’être à l’un des bras de Paul qui a revêtu pour l’occasion ses galons tout neuf, déambule vers l’église « catho » de ce pays d’anglicans où une masse compacte de « fidèles » attend d’accueillir les « promis ».
Pas mal d’uniformes, quelques tenues de soirée un peu déplacées sous le soleil à son zénith, Paul fait la connaissance de Sir Philips, Lord McShiant, qui pousse un fauteuil roulant, lui le vieillard, où trône sa petite fille, Lady Margaret, toute aussi blonde que la mariée, Miss Birgit, mais en nettement plus mince… Un vrai plat d’os, limite anorexique, toute souriante.
Cérémonie bizarre, sans Eucharistie, où l’on chante et psalmodie en chœur, où la bible et les évangiles sont lues et commentées à plusieurs reprises, le tout en anglais, c’est-à-dire à la limite du compréhensible, pour finir sur le gazon de devant l’église, pour la photo, assommés par le son des cloches lancées à toute volée.
Seule note rigolote dans l’ambiance joyeuse, la Rolls noire et grise qui attend les mariés, le chauffeur en livrée sur le trottoir, un plateau à la main avec deux flûtes et du champagne qui s’évente sous la chaleur.
Naturellement, le plateau est bousculé à plusieurs reprises dans la cohue, et imperturbable, le chauffeur ouvre la malle de la voiture, en ressort deux autres flutes qu’il remplit aux deux-tiers de Mumm cordon rouge !
Boire du Mumm qui n’est pas à température « frappée », encore une idée d’anglais, pense Paul pour lui-même ! 
 
Et tout ce beau monde de repartir à pince vers la maison de la mariée, pour un repas, « so british ».
Pas tout-à-fait immangeable, mais pas loin. Curieux en fin de compte.
Il fait chaud et une fois encore, les tonneaux se vident jusqu’au soir.
Entre-temps, Paul accoste quand même Sir Philips qui siège au côté de Milady Margaret.
Les présentations faites, et très rapidement, c’est lui qui s’enquiert de la suite.
Et dans un français impeccable, pour que le voisinage ne comprenne pas le fond de leur conversation.
« Ma petite-fille m’a dit son intention de nous ramener tous, y compris Lady Joan et vous-même à Glasgow demain matin. Vous m’en voyez ravi ! »
Étonnant, non ?
Sait-il pourquoi Paul fait ce voyage ?
« Well ! J’imagine que la jeunesse doit aussi exulter. Mais je suppose que votre détour, si vous l’acceptez, non seulement fera honneur à notre maison, mais qu’il n’est pas tout-à-fait désintéressé. »
Comme ces choses-là sont si joliment dites…
« Je sais que vous êtes chargé de passer jeter un œil sur mon laboratoire de « Shiant island ». Mes « honorables correspondants » me l’ont affirmé. Même si je n’ai pas bien compris pourquoi on y déléguait un continental, français de surcroît.
Enfin passons, je n’ai rien à cacher et l’occasion fait le larron : nous y serons demain dimanche soir, au plus tard. J’espère seulement que vous êtes assez qualifié pour comprendre les choses autrement que ces ignares des services secrets de mon pays.
Car je suppose que l’épouse de mon regretté ami, Lord Thornner, veut aussi un « œil neuf » autour des activités industrielles que pilote ma petite-fille Catherin. »
Et le voilà qui explique un peu d’histoire de sa famille pendant de longues minutes.
Paul sait écouter en restant très attentif : ça évite d’avoir à dire des choses embarrassantes ou de passer pour un idiot.
Ce que note, plusieurs poignées de dizaines de minutes plus tard, son interlocuteur par un : « Vous ne me paraissez pas très ennuyé par les radotages d’un vieux monsieur. Dois-je savoir quelque chose que vous ne me dites pas ? »
Absolument rien qu’il ne sache déjà.
 
« Je vous explique, sir Philips. Lady Thornner essaye de comprendre pourquoi ses investissements dans vos sociétés ne rapportent aucun dividende. Ce n’est pas qu’elle soit femme vénale, mais elle gère des fortunes de gens qui souhaitent des rentes. Et son métier est de leur proposer des choix judicieux. »
Il sait cela.
« Votre gouvernement, lui s’inquiète de votre sécurité qui pourraient être en danger si des groupes terroristes entendaient parler de vos travaux. »
Et qu’en devinent-ils exactement ?
« Eux, je ne sais pas, mais moi j’ai compris que mettez au point une « Z-Machine » similaire à celles des laboratoires Sandia aux USA. »
Pas seulement, répond le vieillard.
« D’abord j’ai travaillé sur les moteurs magnétiques asymétriques. Je vous montrerai. Il s’agit de disposer des aimants en néodyme sur un axe en rotation et de laisser faire la gravité naturelle de la planète. Il suffit juste de donner quelques impulsions électriques au bon moment, ce que savent parfaitement faire des mécanismes simples et peu gourmands en énergie. Ça fonctionne assez bien. Même si on se heurte à un problème de puissance finale. Ce n’est jamais que du bricolage. »
Le principe du moteur Minato, Paul en a déjà entendu parler. Mais ce n’est qu’une forme, assez astucieuse, de restitution d’énergie, via le magnétisme hyperpuissant du néodyme : il faut beaucoup d’énergie pour fabriquer des aimants assez durables. « Ils finissent par s’épuiser. Il n’y a aucune source inattendue d’énergie positive dans ce type de dispositif ! », affirme-t-il.
« Ensuite, je suis passé à la fusion nucléaire. Ça fonctionne aussi assez bien. Même si on se heurte à un problème de miniaturisation. »
Révélation à en couper le souffle… si c’était vrai.
« La machine en elle-même, ce n’est pas vraiment un problème. Le vrai problème c’est le stockage d’un énorme courant électrique induit, à très haute tension et avec un ampérage très volumineux, pour un usage en continue. Lady Margaret, ma deuxième petite-fille travaille ainsi sur des condensateurs assez puissants et moi sur la miniaturisation, avec pour objectif de trouver une alternative exploitable industriellement aux moteurs thermiques habituels. »
Ah ?
Paul en a la bouche bée, le son silencieux, la corde vocale tétanisée.
« Parce que, parce que… ça marche ? »
Et pourquoi ça ne marcherait pas ? « Les américains font ça depuis 5 ans et se heurtent aux mêmes problèmes. Imaginez un peu quand on parviendra à le résoudre, non seulement on mettra à la casse toutes les centrales électriques, nucléaires, au fioul ou au charbon, qui seront alors utilisés comme des matières premières et non plus comme sources d’énergie, mais en plus on pourra mettre ça dans nos voitures, cars et camions. Et peut-être même dans nos avions ! », s’enflamme-t-il.
« En fait, c’est juste une question de condensateur, ou de batterie. Celles-ci sont exclues compte tenu de leur capacité de charge, sauf peut-être sur une centrale terrestre ou un navire. Et encore ! Reste les condensateurs, qui sont peut-être moins puissants rapportés à leur masse, mais reste la solution pour emmagasiner autant d’énergie d’un seul coup.
Ma petite-fille vous expliquera ses travaux, si elle le veut bien. Je vous préviens, elle a parfois des caprices étonnants : il vous faudra en passer par ce qu’elle veut si vous voulez savoir. »
Encore un avertissement ? 
 
Et Paul, pour rester discret, d’expliquer son but réel. « En ce qui me concerne, je dirige une usine qui fait dans la poudre et les explosifs. La poudre, le broyage, les mélanges, on sait faire depuis trois générations. Ce qui nous amène lentement mais sûrement aux céramiques. Et donc, les marchés de leurs usages potentiels. »
Le quasi-nonagénaire écoute tranquillement, à son tour.
« L’un d’entre eux est une possible application quant aux céramiques réfractaires qui doivent peut-être permettre de s’affranchir du « mur de la chaleur » propre aux vitesses hypersoniques. Et je me demandais si vos ateliers n’avaient pas une solution toute simple que l’US-Air-Force utilise peut-être déjà au titre de la furtivité avec ses avions F 116 et B2, alors que les français le font pour leurs frégates navales, à savoir les effets de la MHD. »
Sir Philips reste un moment silencieux… Et Paul poursuit.
« Nos équations montrent qu’avec un traitement de surface adéquat, que peut-être vos ateliers savent faire, et en poussant la puissance rendue du dispositif, on doit pouvoir s’affranchir des effets de frottements de l’air sur un avion rapide… »
Mais si l’air ambiant n’a plus de prise sur l’appareil, l’avion ne peut plus voler : il tombe, affirme alors l’ancien officier de la Navy.
« Certes, mais il s’agit juste de protéger les parties chaudes au-delà des propriétés réfractaires de nos céramiques. Nous testerons en condition réelle d’ici à la fin de l’été nos céramiques autour de 1.500 °C… »
Et ça fait combien en Fahrenheit, s’entend-il demander ?
La colle !… Il aurait pu demander en Mach, là Paul savait.
 
Plus de 2.700° ?
« Les américains font mieux avec leur navette qui encaisse 1.650 ° C autour de 69/68 km d’altitude avec un vitesse de l’ordre de Mach 22,5 à 21,8 à ce moment-là de leur retour dans l’atmosphère. »
Précis le bonhomme ! Mais pourquoi parle-t-il en Celsius alors qu’il venait de poser une question en Fahrenheit ? Paul ne comprend pas immédiatement qu’il change d’échelle.
Mais il sait que les tuiles qui revêtent la navette sur sa partie inférieure et sur les bords d’attaque des nez et ailes sont optimisées pour des températures de 2.000° C.
« Vous devriez y arriver ! » conclut-il.
Et de finir par dire que de la MHD, ce n’est peut-être pas la solution.
« Dans notre usine, on fait aussi des RFID. Donc techniquement, on doit pouvoir revêtir d’un film protecteur MHD vos engins. Et à pas cher. Mais ces films se déchireraient sous la pression efforts mécaniques dans l’atmosphère. Pas sûr que ce soit la bonne solution. »
Il faut tenter le calcul… 
 
C’est alors que Lady Joan se rapproche au bras de « Shirley la tâche de rousseur au nez », elle aussi de la fête.
« Peut-on vous emprunter l’officer Paul ? »
Non !
Réponse sèche et définitive.
« Excuse-me. Dear Paul, j’ai besoin de savoir si vous accepteriez, en retour, de me rendre quelque menu service ? »
Tout dépend duquel : Pas question de se laisser passer la bague au doigt, même si Lady Catherin fait bien partie du club fermé des « femmes fontaines » : il sait depuis hier soir.
Une chose qui mettrait un terme définitif à sa relation « privilégiée » avec au moins l’une d’entre-elles-deux…
Sir Philips explique alors à Paul qu’il participe à divers comités scientifiques et que dans l’un d’entre eux, vu le grand âge avancé de ses membres, il s’agit de préparer la relève.
Paul se dit honorer, mais de quoi s’agit-il ?
« De science du vivant. Ce n’est peut-être pas votre domaine de prédilection. Je me suis laissé dire que vous préfériez l’étude du sort des… « vivantes » (en français dans le texte), n’est-il pas ? »
L’humour britannique…
Plus exactement d’un Institut qui travaille depuis plus d’un quart de siècle sur les greffes d’organe. L’Institut Risle.
« Un de vos compatriotes très en pointe sur ces techniques. Pour tout vous dire, je suis moi-même greffé d’un rein et je ne m’en porte pas trop mal, même si le seul que je possède n’est pas à moi et que la prise de médicaments antirejet n’est pas une contrainte des plus confortables. Je fais partie de son comité stratégique depuis de très nombreuses années. Pas une occupation très prenante, mais néanmoins très intéressante.
Et j’ai eu la malencontreuse idée de dire à mes collègues que nous devions initier des jeunes, hors des milieux médicaux comme moi, aux intérêts de l’Institut.
Est-ce que cela vous tenterez ? »
Il ne va quand même pas dire non d’emblée à celui dont on lui a demandé d’entrer dans son cercle d’intimes.
« Je n’oblige à rien, mais à l’occasion d’un déplacement outre-Atlantique, j’aimerai bien vous présenter au professeur Risle. Un type très attachant et brillant. Qui lui aussi ce fait vieux. »
Et pour en rajouter une couche, l’air canaille, il lâche : « Il a une fille, de l’âge de Lady Joan, avec qui, je suis sûr, que vous vous entendrez à merveille ! »
Si c’est pour la bonne cause, comment refuser, n’est-ce pas ?
« Pourquoi pas un sort enviable pour l’une de vos deux petites-filles ? »
Parce que l’une est lourdement handicapée, travaille déjà plus ou moins pour la fondation avec ses prothèses « intelligentes » et que les deux sont harassées par leurs tâches respectives.
Était-ce une façon de dire que Paul se la coulait douce ? 
 
L’après-midi se poursuit très logiquement par la soirée, l’atmosphère encore plus éméchée que la veille et, tellement il fait chaud sous la tente, personne ne désire vraiment en rabattre les pans latéraux.
Arrivée l’heure du couvre-feu, Paul suggère aux jeunes d’aller préparer une « soupe à l’oignon » propre aux nuits nuptiales sur le continent.
Mais ça n’emballe personne : la faute aux éventuelles poursuites judiciaires pour tapage nocturne…
C’aurait pourtant pu être une bonne façon de se débarrasser de Shirley.
Qu’il retrouve hélas sur le chemin du retour, accompagnant, enfin, soutenant Lady Catherin, le bibi de travers, la robe « débraillée », tâchée des boues du gazon piétiné de la garden-party, légèrement… non ! Complétement pompette…
Lady Joan, qui reste avoir plus de tenue, suggère de prendre la tangente… à l’anglaise et de filer par derrière pour rentrer à l’hôtel, en vue de s’enfermer seuls toute la nuit restante.
 
(Aparté n°3)
 
Ce qui n’empêchera nullement Paul de retrouver « Shirley la tâche de rousseur » au pied de leur porte, endormie comme la veille, au moment du jogging matinal !
Une têtue à peine dégrossie, cette gamine-là…
Elle restera sur le tarmac de l’aéroport, avec ses désirs et promesses, quelques heures plus tard.
Paul profite des quatre-vingt-dix minutes de trajet et de l’état « avachi » de la plupart des passagers du vol privé vers Glasgow, pour lier conversation avec Lady Margaret.
Une jeune fille sympathique, timide, et sobre, elle.
Elle explique un peu sa vie, son accident de cheval, son fauteuil et ses occupations.
Paul lui parle de son métier, son parcours d’aviateur de marine et sa recherche sur les « surfaçages » boostés au MHD.
Tout autant dubitative que le grand-père, la veille, sur cette question.
Comment passer assez de courant en ampérage tout du long des parties chaudes d’un avion ou d’un missile ?
Pourtant les américains le font bien avec leurs avions furtifs.
« Peut-être, mais pas au point de créer une ionisation telle qu’elle repousserait les molécules d’air par électromagnétisme. Surtout à grande vitesse ! Ça brasse beaucoup, même en atmosphère ténue, suppose-je ? »
S’il est tout seul à y croire, alors autant abandonner l’idée ?
« Ça « brasse » en effet. Et l’objectif est de créer une couche d'air ionisé autour des parties chaudes, repoussée par effet électromagnétique de façon à n’avoir aux points de contact qu’une température allégée de 1.500 degrés Celsius seulement, ce que devrait pouvoir encaisser mes céramiques.
Ainsi, les parties métalliques de l’avion ne dépasseraient même pas le zéro à haute altitude, et on se débarrasse d’un coup des effets d’allongement de la structure et des problèmes de surpoids dans sa conception, pour encaisser de fortes contraintes mécaniques à l’avancement ! »
Ingénieux, mais pas forcément réalisable.
« Il faut que ma sœur vous montre ce qu’on sait faire en matière d’impression de circuits imprimés. Vous verrez que nos « films » de support peuvent être assez fins et discrets pour faire des RFID en grande quantité, mais je reste convaincue qu’ils ne pourront pas résister à l’effort d’arrachement dans le cas d’un vol hypersonique, même à très haute altitude. Dans le vide, oui, pas de problème. Mais quel intérêt sauf à vouloir disparaître des écrans radars ! »
Décidément, se dit Paul… Personne pour prendre le relais. Et pour changer de sujet de conversation, il dit :
« Bien, je verrais. Mais je me suis laissé dire qu’il fallait, pour entrer dans votre laboratoire, en passer par vos nombreux caprices. Est-ce vrai ? »
Là, elle éclate de rire, franc et sonnant comme d’une clarinette.
« Vous savez, on dit beaucoup de choses sur mon compte qui ne sont que pures médisances générées par mon état de paralytique. Et c’est vrai que j’ai des exigences dans « mes » locaux. Notamment qu’on ne touche à rien et qu’on ne me questionne pas sur mes travaux quand j’y travaille. Pour le reste, ma foi, je n’ai de sensations qu’au-dessus du nombril, ce qui me laisse que les sens du goût et de l’odorat pour satisfaire tous mes autres soi-disant « caprices ». Un peu du toucher, mais juste avec le buste et les mains. C’est dire si je suis nécessairement peu exigeante ! » 
 
Et la voilà qui se met à parler de la nature de ses travaux.
« Au début, je souhaitais surtout me fabriquer des jambes mécaniques, contrôlées par ordinateur. J’en ai plusieurs paires, mais le problème du contrôle automatique, de l’équilibre, des corrections d’allure ou de position, m’ont amenée peu à peu à m’intéresser à ce qu’on appelle pompeusement l’intelligence artificielle.
Plus exactement à des prises de décisions automatiques sous l’effet d’inputs variables et en grand nombre. »
Du pilotage automatique ? La mathématique appliquée avait fait d’énormes progrès en quelques années avec la mise au point des premières arborescences décisionnelles, les aides à la décision, etc.
« Je connais tout ça ! » fait-elle. « Le problème c’est que nous avons plusieurs dizaines de muscles de nature différente pour chaque jambe, plus ceux du bassin à coordonner. La plupart sont indispensables, y compris ceux des orteils et qu’à part quelques-uns aucun n’est unique à gérer, ni quant à leur disposition, ni quant à leur nombre. Marcher, courir, s’asseoir, s’allonger, se relever, se pencher, demande donc la maîtrise parfaite du déroulement de la séquence de leur activité de façon totalement synchrone.
Quand il s’agit de muscles longs qui ne travaillent qu’en effort de traction, l’algorithme du traitement des informations est très complexe et je n’arrive pas encore à épargner tout le temps une chute au sujet.
Mais je travaille aussi sur des « muscles » artificiels réversibles, traction et compression. Une forme de simplification.
Je ne sais pas si Grand-père vous a parlé de l’Institut Risle. C’est un chirurgien de votre pays qui a mis en place une organisation internationale autour des greffes d’organes. Mes travaux viennent en complément pour les cas où la greffe de membres de ses patients n’est pas possible pour des raisons d’histocompatibilité.
J’ai encore beaucoup de travail à fournir sur ce sujet avant de parvenir à faire des prothèses vraiment intelligentes. Alors évidemment, quand on m’interrompt en pleine cogitation ou programmation pour des peccadilles, je suis hélas sujet à des réactions qu’on peut prendre pour des exigences malheureuses et du mauvais caractère.
C’est tout. »
C’est tout ? 
 
« Il m’a en effet parlé de l’Institut. Il voudrait que je fasse partie de son comité stratégique, ou quelque chose comme ça. Les sciences du vivant, ce n’est pas trop mon domaine d’excellence, je ne sais pas si je pourrais y apporter quelque chose. Qu’en pensez-vous Milady ? »
Que ça ne peut pas faire de mal, ni aux uns, ni aux autres.
« D’autant que je ne sais pas ce que Grand-père y fait, à part voyager une ou deux fois l’année pour leurs réunions. Je sais simplement qu’il a été lui-même un patient de l’équipe française quand il a s’agit de lui greffer un rein. »
Par ailleurs, elle se fait l’expression d’un doute : « Cet Institut, c’est très bien ! Il a sauvé la vie de mon Grand-père et je les en remercie. Mais il y a des choses, parfois, un peu bizarres, que je ne comprends pas forcément. »
Quoi, elle n’en dira pas plus pour changer de sujet de conversation.
Et de reprendre mot pour mot une expression entendue la veille : « Mais ça vous ira très bien : je crois que vous êtes homme à vous intéresser plus particulièrement au monde des « vivantes » (toujours en français dans le texte). »
Scié, le Paul !
De quoi parle-t-elle ?
Et de rajouter, presque comme un défi : « Et en qualité de handicapée repoussante, c’est vrai que j’ai des exigences très particulières. Seront-elles à la hauteur d’un « french-stallion » ? »
N’y a-t-il pas à redouter le pire, se demande Paul sur le moment ?

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