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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

vendredi 20 mars 2015

Au nom du père (Chapitre V ; Tome I)

Pentecôte 2010 : Soirée de « fiançailles » de Matthew et Birgit 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 
 
Norwich, Willow Lane
C’est une promesse qu’il avait consentie quelques semaines plus tôt à Lady Joan [1], qui avait lourdement insisté pour être sûre de n’avoir pas à essuyer le moindre refus !
« Viens avec ton uniforme d’apparat et tes décorations, si tu en as ! » s’est-elle contentée de rajouter, un peu mystérieuse.
Paul de Bréveuil part donc un peu plus tôt depuis l’usine d’Aubenas, en moto d’abord, en hydravion ensuite, jusqu’à « London city airport » où le chauffeur en livrée et la Rolls de Milady l’attendent en fin d’après-midi du vendredi 21.
 
La route qui les emmène jusqu’à la capitale du Norfolk est curieusement faite pour un continental :
1. Ces gens-là persistent à conduire à l’envers, sur des autoroutes larges et bien tracées exemptes de tout péage, mais bourrées de radars automatiques pratiquement invisibles, qui enregistrent le passage des véhicules et mesure le temps mis entre deux points où la distance est connue, et sanctionnent impitoyablement tout dépassement de la vitesse autorisée limitée à… 113 Km/h !
2. Ils ne comptent pas les heures comme tout le monde non plus, se résignant à avoir une heure de décalage horaire d’avec le continent.
3. Ils ne comptent pas non plus dans la même monnaie. Les livres et autres pence ont toujours cours outre-manche ! Idem pour les distances qui sont affichées en yards et en miles… britannique qui n’a rien à voir avec le « nautique ».
4. Ils parlent tous un anglais incompréhensible, de celui qu’on n’entend jamais dans les écoles françaises ni ailleurs, d’ailleurs. En revanche, pas de problème pour comprendre leur anglais écrit…
5. À part autour de Londres, on se retrouve immanquablement en milieu totalement « rural », presqu’au milieu de nulle part.
Il y a pourtant des villes réputées tout autour du parcours qui mène à Norwich, telle que Cambridge, Ipswicht, Colchester, en traversant l’Essex et le Suffolk, mais rien à l’horizon, pas même un clocher d’église à se mettre sur le fond de la rétine !
Un vrai paysage de campagne verdoyante sous la lumière du soleil tardif, car en plus, il fait beau.
Pas un seul nuage de tout le week-end.
6. Et puis les belles autoroutes, dès qu’on pénètre dans le Norfolk, se réduisent d’un coup en chemins deux fois une voie, sans explication appropriée.
La route a beau être droite, impossible de dépasser le trafic de camions et arrêt obligatoire autour des nombreux ronds-points qui parsèment le parcours.
Car attention, priorité à droite dans les ronds-points !
Et intérêt à suivre la signalisation horizontale pour se retrouver, au dernier rond-point avant l’arrivée qui en a même un feu rouge (tricolore, qui passe à l’orange avant de passer au vert), sur la bonne file. Sans ça, c’est le coup de klaxon assuré et de la tôle froissée, quasi-immanquablement ! 
 
Pendant le parcours, Lady Joan a les yeux qui pétillent sur la banquette arrière : elle retrouve « son » étalon du moment, son « french lover », et c’est l’occasion de « faire le point » de leurs excellentes relations réciproques.
Paul lui raconte son voyage à Kaboul du mois de mars où le Président américain lui-même lui a remis la médaille de la liberté.
« Ça m’en fait deux ! Et toutes les deux américaines et aucune de mon propre pays ! On va finir par croire que je suis un agent américain », s’amuse-t-il.
Et de lui raconter que la première, c’était il y a quelques années.
Mais de préciser qu’il n’avait jamais su si c’était seulement pour ses exploits afghans, ou si c’est aussi et avant tout pour d’autres exploits, en qualité de civil, au large des côtes de Floride, un jour de grand vent où il s’était porté au secours des passagers d’un avion de ligne qui avait été forcé d’amerrir en catastrophe, faute de carburant.
« Tu vas finir espion de notre très gracieuse Majesté ! », fait-elle une nouvelle fois un tantinet mystérieuse.

Et d’expliquer les circonstances de leur arrivée dans la capitale du Norfolk, pour ce week-end.
« Premier point, ne t’offusque surtout pas de mes compatriotes du Norfolk. Je sais que les anglais, déjà pour un frenchy, c’est un peu une civilisation d’extra-terrestres, mais dans le Norfolk, ils se prétendent encore plus anglais que les anglais ! »
Ça promet, se dit Paul pour lui-même.
« Deuxième point : C’est toi qui m’en a déjà parlé à Paris, en fin d’année dernière. Lady Catherin marie son fils unique, Matthew, demain. Ce soir ils se fiancent. Avec une fille du cru. Nous allons à leurs noces. Et c’est l’occasion pour toi de rentrer dans les bons coups de ma copine. »
Il se rappelle effectivement de l’existence d’un « club » évoqué précédemment. Mais dont elle n’a pas voulu en dire plus.
« Elle est prévenue et je te souhaite d’être à la hauteur de la situation comme tu sais l’être. Parce que ce soir, nous dormons dans le même hôtel qu’elle.
Demain on marie son fils. Dimanche, tout le monde se remet des agapes.
Ah ! Couvre-feu obligatoire à minuit heure locale : ça ne devrait pas être trop dur pour des lèves-tôt comme toi.
Les « fiestas », c’est comme ça qu’on dit dans ton pays je crois, chez les écossais ça dure trois jours et trois nuits.
Et le marié est écossais, donc mariage avec tout le toutim, les kilts, les uniformes – et il y en aura des étoilés – et les cornemuses.
Et surtout, de quoi boire pour tout le week-end.
Chez la mariée, ils sont catholiques. Donc mariage avec des cloches et à l’église. Ne sois pas surpris, la mariée est enceinte jusqu’aux dents, au dernier degré, que peut-être elle peut très bien accoucher sur l’autel… on ne sait jamais. »
Voilà qui en rajoute aux promesses de dépaysement, si elle se marie en blanc, pense Paul !
L’objectif assigné par Lady Joan est de passer visiter l’usine de whisky écossais, dimanche ou lundi où, toute Lady Thornner qu’elle est, elle y a quelques intérêts en gestion.
« Eh ! Mais je dois être rentré mardi matin, moi ! Pas question de faire la moindre dégustation ! »
Il est prévu qu’ils soient de retour à Londres lundi soir au plus tard. « Sans ça je te garde jusqu’au lendemain à l’aube : tu seras en France mardi à la reprise matinale ! Juré. »
Pourquoi discuter au juste ? 
 
« Troisième point, pendant que tu recevais tes breloques américaines, j’ai été contactée par les services de sécurité de sa Gracieuse Majesté. Le SIS. Ils souhaitent en savoir un peu plus sur les activités de Sir Philips McShiant, le grand-père de Lady Catherin, l’arrière-grand-père du marié. Et je leur ai parlé de toi, parce que moi, je ne suis pas au fait des techniques d’espionnage ni des activités militaires, tout juste un peu de la finance… »
Moi, non plus, rétorque Paul. « Je suis un militaire démissionnaire, pas un espion ! »
C’est un « métier » qui réclame des compétences qu’il n’a pas.
Et puis, depuis quand la fabrication de whisky, même écossais, est réputée une activité portant atteinte à la sécurité de la Couronne ?
Sur les routes, peut-être, mais quand même pas au point de mobiliser le contre-espionnage local.
« Ce n’est pas tant la distillerie qui pose problème, quoiqu’à mon avis, elle aurait besoin du petit coup de pouce d’un industriel comme toi pour doper, sinon son chiffre d’affaires, au moins les résultats et dividendes à verser aux actionnaires.
Lady Catherin travaille aussi pour la défense nationale. Comme j’ai su que tu le faisais en Ardèche pour ton pays.
Pas sur les mêmes choses. Sa boîte fait du surfaçage élaboré et imprime dans un autre atelier des circuits électroniques. Deux activités distinctes, mais qui requièrent parfois les mêmes technologies.
D’après mes renseignements, ils doivent passer des contrats de fourniture avec l’armée, mais le tout est suspendu à un avis à donner, non pas sur le personnel des usines et leurs compétences sises en Écosse, mais sur le grand-père. »
Ouh là ! Encore un « truc » compliqué, se dit Paul, mirant les formes aguichantes de sa belle partenaire.
« Il fait quoi le grand-père pour intriguer ainsi les services de sécurité de ton pays ? Et puis tiens-toi sage et remet ta jupe comme il faut, sans ça ton chauffeur va encore assister à un viol consenti. »
Elle en rougit presque de plaisir. Dans la bouche d’un gentleman, c’est tellement incongru de faire enfin savoir de cette façon aussi directe les effets que sa présence génère depuis le départ jusque dans le cerveau reptilien de son voisin, qu’elle le prend instantanément pour un compliment : il s’est retenu jusque-là, alors qu’effectivement, il a du mal à dissimuler la bosse formée dans le haut de son pantalon depuis la première minute de leur rencontre, tout à l’heure. Et comme elle sait ce qu’il y a dedans, elle en sent elle-même les effets dans son intimité.
Elle est finalement ravie de l’effet qu’elle lui provoque : c’est un de ses grands plaisirs secrets de femme que de pouvoir, par sa seule présence, « anéantir » toute volonté raisonnable chez un homme, tout ce grand squelette et cette masse de muscles, tendus uniquement vers son plaisir de femme !
Un vrai ravissement. 
 
« Sois sérieux, s’il te plaît : tu n’es pas à ce que je dis ! Et pas ici : on va encore en mettre partout. »
« On » est un con, se dit Paul. Après tout, c’est elle qui est la « femme fontaine » à inonder en tous sens quand elle orgasme !
« C’est important et justifiera qu’on puisse passer quelques moments ensemble, plus souvent, si tu le veux bien ! »
Paul a presque honte de son propos tellement déplacé…
C’est sorti comme ça, d’un coup, pensant aux chaudes heures passées ensemble depuis qui la connaît.
Mais ce qui est dit est dit !
Tant pis si ses propres mâles pulsions grivoises et lubriques ont tendance à vouloir prendre le dessus, dans l’immédiat.
« Sir Philips, je te l’ai dit il y a quelques mois est un vieil ami de feu Sir Arthur, mon mari. Ils ont servi ensemble dans la Navy pendant la dernière guerre. »
Paul a déjà entendu ça. Devaient avoir la vingtaine, à l’époque, puisqu’il avait déjà enregistré que Sir Philips est un presque nona, ou octogénaire avancé, au moins.
Il se souvient qu’elle avait alors évoqué le décès du fils et de la bru, ou du gendre et de la fille, il ne sait plus, et trois petits-enfants restés à charge. Sir Henry, un ethnologue gay, qui ne se manifeste que pour encaisser ses rentes ; Lady Margaret, paralysée dans un fauteuil à roulette à la suite d’une mauvaise chute de cheval, qui fait dans la robotique et l’Intelligence artificielle.
Mais il ne savait pas, jusque-là, que Lady Catherin avait déjà eu un fils à marier… qui engrosse la première venue sans prendre les précautions habituelles : pas grand-chose dans la tête, ce garçon-là, ou totalement fou-amoureux !
Il s’agira, à l’occasion, de vérifier s’il a bon goût en matière de femmes…
« Ce qui intrigue tout le monde, ce ne sont pas les activités de Lady Margaret, puisque globalement elle se ballade entre ses laboratoires de l’Université de Glasgow, de l’usine de circuits électroniques sise à proximité et le château familial de l’île de Shiant, dans le « Minch », le canal d’eau de mer qui sépare l’Écosse et les îles Hébrides.
Ce sont celles de Sir Philips. »
Que fait-il de si intrigant ?
« Il se promène partout dans le monde. Achète du matériel de haute technologie. Participe à des congrès sur la physique fondamentale, sur l’astrophysique, fait partie de conseil d’administration de divers instituts, écoles et autres, parfois de prestige.
J’ai cru comprendre que si c’est un savant dont les avis sont écoutés, c’est plutôt un électron-libre dont personne ne voit trop à quoi servent toutes ses dépenses qu’il fait supporter aux usines de Lady Catherin, et qu’il se fait livrer directement au château. »
Bé… il suffit de lui retirer le chéquier, non ? 
 
« C’est un peu plus compliqué que ça. Ma copine n’a pas toujours la possibilité de refuser : elle impute ses dépenses sur ses parts dans les affaires, en lui faisant céder ses actions au fil du temps.
Et c’est moi qui rachète parfois. »
Paul comprend un peu mieux le souci de cette « actionnaire » qui monte en puissance sans savoir pourquoi ni combien ça lui rapportera quand elle sera majoritaire de « l’incorporated » qui chapeaute tout ça.
« Et que suis-je censé faire ? Je le soumets à la question en inventant des charades ou avec mon matériel de torture ? »
Lady Joan rit aux éclats, joyeusement.
« Il sera vraisemblablement présent au mariage de son unique petit-fils. Tu lies d’amitié si c’est possible. De toute façon, Lady Catherin nous emmène à Glasgow au plus tôt dimanche pour te faire visiter ses installations. Ton œil d’ingénieur devrait quand même apprendre des choses.
Officiellement, tu viens juste pour causer de surfaçage.
Mais je voudrais que tu me dises ce que tu penses de son usine.
Officieusement, si on peut poursuivre à Shiant Island, ce serait parfait. »
Et c’est elle qui fait un rapport aux services de sécurité de son pays ?
« Pas seulement. Parmi les invités de demain, ou de ce soir, il y a évidemment tout le gratin. Tu seras abordé par un officier de sa Majesté. Normalement accompagné par le Consul de France ou un adjoint, mais je ne suis pas sûre qu’il fasse le déplacement depuis London, 21 Cromwell road - Londres SW7 2 EN, pour ta gouverne.
De façon à ce qu’il n’y ait pas de ... comment dites-vous, en France ? De Lézard ? »
Encore un truc vraiment compliqué, il en est certain maintenant.
« C’est drôle ce que tu racontes… Il n’y a même pas deux mois, un directeur de la CIA me remettait le couvert sur le sujet. Il devait faire faire passer la consigne par ma hiérarchie « occulte ». Et je n’ai rien vu venir.
Ne serais-tu pas en train de me manipuler, sublime jeune fille ? »
Que va-t-il chercher ? Des poux dans sa tonsure !
Il peut refuser, si ça l’amuse. Mais ils n’auraient alors plus vraiment d’occasion de se rencontrer.
« Tu mélanges tout ! On peut se voir à titre privé, voire même à titre professionnel, si l’envie t’en prend ou si l’occasion se présente.
Mais imagine que ce que je vais voir ne m’impressionne guère, où n’a aucun intérêt, on fait quoi ? On ne se revoit plus ? »
Qu’il est bête… Elle a envie.
Envie aussi de marier l’utile à l’agréable, et ça tombe bien, puisqu’ils vont à un mariage.
Et de se rendre utile en même temps que de rendre utile Paul à ses propres intérêts. 
 
Ils sont logés dans une jolie bâtisse arborée dans « Wagon and Horse Lane » à moins de 10 minutes à pieds du lieu de la réception où ils sont attendus pour le dîner, chez les parents de la mariée : la « fiesta » d’enterrement des vies de célibataires des « futurs ». Mais avant d’y aller, une petite douche s’impose et c’est l’occasion d’un chaud « hors-d’œuvre » qui les soulage tous les deux.
 
(Aparté n° 1)
 
La « fiesta » ? Une autre vaste demeure, sur deux étages, avec un jardin où a été dressée une tente pour recevoir les plus de 200 personnes assises qui sont censées participer à ce « pince-fesse » guindé.
Deux buffets sont dressés de part et d’autre de ce vaste espace couvert, mais dont les parois sont ouvertes, tellement il fait chaud, et une piste de danse est installée au fond.
C’est soirée d’enterrement des vies de célibataire des « promis », mais aussi et surtout l’occasion des présentations des familles et amis des uns et des autres.
Où les des deux futurs époux paraissent bien jeunes, finalement.
Elle, elle est magnifique de « ronde blonditude », dans un robe superbe de couleur dorée, qui dissimule tant bien que mal qu’effectivement elle est enceinte « au dernier degré », les yeux pétillants de joie et de bonheur.
Un vaste décolleté dorsal qui dévoile ses tatouages…
Beaucoup de jeunes sont tatoués, de vraies œuvres d’art parfois très élaborées : une mode nationale, ou un hobby local ?
Lui, un grand garçon efflanqué en kilt à dominante verte et piercing à l’oreille, pas mal de sa personne, l’air un peu triste, las, ou débordé.
Encore un couple qui aura du mal à tenir dans le temps, s’il n’y avait le ciment de l’enfant à venir. Mais vu l’état de grossesse, c’est sans doute une fille. Et si la promise ne sait faire que des filles, y’aura un problème quand il voudra élever un garçon… un jour ou l’autre.
Enfin, ce n’est pas vraiment le problème de Paul. Déjà qu’à titre personnel, il a dû mal à s’astreindre à la monogamie, discipline dont il ne voit toujours pas l’intérêt et qui semble au-dessus de ses forces.
Mais en plus, il ne voit pas non plus l’intérêt de se reproduire dans l’immédiat, vu le monde tel qu’il est et tel qu’il est en train de devenir, que s’en est presque criminel, de son point de vue, de faire naître autant de futures victimes de la barbarie d’autrui, il ne va donc pas en plus se poser des questions existentielles si d’autres tentent l’aventure, n’est-ce pas ?

Des tonneaux sont en perce sur deux tables opposées : on s’y sert le whisky à la tirette, le verre sous le robinet. Y’a de quoi boire pour trois jours et trois nuits, effectivement.
En revanche, question glaçons, il commet presque un impair que d’en demander.
Ça se boit à température locale et ambiante, chez les locaux.
Lady Joan cherche du regard quelques connaissances mais se tourne et se retourne désespérément à la recherche de son amie, Lady Catherin, alors qu’elle tourne le regard de tous les mâles présents chez qui elle réveille les instincts lubriques les plus primaires au premier coup d’œil.
Naturellement qu’elle est abordée par divers couples, de tous âges, en tenue « cool », qui se présentent mutuellement.
Paul ne retient pas tous les noms de tous ceux qui ont souvent les cheveux grisonnant. Mais ne manque pas de quelques compliments systématiques à leur dame, qui chacune roucoule à leur tour.
La jeunesse s’éclate en se déhanchant au son des cornemuses de l’orchestre : les écossais sont de l’autre côté.
Et ils servent du café chaud dans leur whisky. « Ça c’est intéressant ! » dit Paul à sa cavalière qui s’accroche à son bras pour ne pas être noyée.
Chacun aura compris qu’un français, même au bras d’une sublime blonde anglaise, ça n’a de souci que de picoler : tout le monde sait ça dans ce coin-là de la perfide Albion.
Pourtant, Paul n’abuse jamais et reste sobre durant des mois, s’il le faut.
 
Finalement, Lady Joan se fait aborder par la mère du marié.
Une brunasse sans saveur, avec une sorte d’O-Cedar frisé sur la tête, surmonté d’un bibi affreux qui ressemble à un chou-fleur écrasé, le tout de couleurs pastelles « jaune-pipi », exhibant sa carcasse dans une robe moulante satinée rose fluo d’un assez mauvais goût, même local.
C’est d’ailleurs le thème dominant de la soirée, semble-t-il : les robes ou jupes satinées, moulantes et aux couleurs pastelles. Mais de toutes les couleurs, et unies.
Bizarre : y’a dû avoir une promotion, ou un gros surplus tombé du camion, se dit Paul.
Et voilà que je t’étreins comme de la bonne pâte à pain dans son pétrin !
« Ah ouiiii ! C’est donc vous dont me parle Joan sans arrêt. Ravie de vous rencontrer enfin. Appelez-moi Cat ! » fait Lady Catherin en se jetant au cou de Paul comme s’ils avaient élevé les cochons ensemble depuis une éternité.
« Il faut absolument qu’on se voit. J’ai des tas de choses à vous montrer ! »
Vu comment elle est habillée, y’a plus grand-chose à montrer. Mais bon, Paul sait depuis la longue conversation en voiture du début de soirée, qu’il s’agit d’être fin diplomate et de lui laisser lui montrer au-delà de l’essentiel.
« Mais là, je suis absolument débordée : il y a tant de choses à régler avant demain matin ! »
On peut imaginer, en effet.
« On se voit ce soir à l’hôtel, après le couvre-feu ! »
Cette idée de couvre-feu : la guerre est terminée depuis près de 65 ans, non ?
Enfin peu importe. Il s’agit de se restaurer, de se désaltérer et Lady Joan a une envie folle de danser au son des « cornemuses-rock ».
Erreur, erreur.
Sur la piste de danse, ils sont vite séparés par quelques opportuns et opportunes. 
 
Et Lady Joan, tout à sa joie de défouler son joli corps, se laisse emporter par une succession de cavaliers enflammés qui se l’arrachent à tour de rôle.
Un coup à finir en bagarre : on peut comprendre que les autorités locales exigent un couvre-feu, finalement… 
 
« Capitaine de frégate Paul de Bréveuil ? » La voix est virile, surgissant dans son dos, et le français impeccable dans cet univers anglophone.
Il s’agit de l’attaché consulaire venu de Londres, qui s’empresse de lui présenter Mister Gordon Westonsmith – sans doute un « pseudo » – officer des services de sécurité de sa Majesté.
Il n’a même pas fini de faire les civilités qu’il s’excuse.
« Il m’est impératif de rentrer à Londres ce soir. Je suis désolé. J’ai juste à vous dire que Mister Westonsmith est habilité à vous parler ce soir. Mais qu’il s’agira de nous tenir informer de vos démarches dès votre retour à Paris. C’est convenu ainsi. »
Curieuse façon de faire.
Gordon est un homme d’allure athlétique, la quarantaine, et porte un petit bouc grisonnant au menton. Il propose de s’éclipser discrètement en un endroit un peu éloigné du tonitruant orchestre.
« Chaude soirée ! », fait-il. « Je suis ravi de faire connaissance de l’illustrissime « Charlotte ». Le meilleur agent allié, d’après nos correspondants communs. »
Il parle de qui, là ? Charles Almont, le nouveau directeur Europe de la CIA ?
Europe sauf Grande-Bretagne, s’était-il fait tenu au courant…
« Agent de fortune et de hasard, seulement. »
L’autre n’en a cure. S’il comprend bien tout ce qu’on a bien voulu lui dire de ses ordres à lui, il est l’agent de liaison d’avec ses services, tant que Paul sera sur le sol britannique.
« Vous avez pris contact avec Lady Catherin. Faites donc tout ce qu’elle exige. Notre objectif reste son grand-père. »
Tout, vraiment tout ? Paul n’ose pas poser la question…
Mais qu’ont-ils tous à lui reprocher, au vieil homme qu’il n’a pas encore aperçu, et pour cause, il n’arrive que demain ?
« Nous voulons confirmation qu’il construit bien des machines de Marx dans les caves de son château de « Shiant Island ». En soi, ce n’est pas bien grave, c’est ce qu’il en fait qui pourrait nous inquiéter. Et donc nous intéresse. »
Ah bé en voilà une idée intéressante, là, pense Paul ! Si ça se met aussi à chapeauter du ciboulot chez les royaux sujets de sa très gracieuse Majesté, on n’est pas sorti de l’auberge, pense-t-il !
« Mais dites donc, vous n’avez pas les moyens d’aller lui poser la question vous-mêmes ? »
C’est plus compliqué qu’il n’y paraît. « C’est un membre de la chambre des Lords. Notre chambre haute. Un pair du royaume. Une très vieille famille écossaise, en plus. Nous avons des lois à respecter. Même et surtout en la circonstance. »
En revanche, se faire inviter pour mâter le matériel ne viole aucune loi du royaume. 
 
[1] Voir « Opération Juliette-Siéra » Chapitre XXXI, aux éditions I-Cube.

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