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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

mardi 10 août 2010

Opération « Juliette-Siéra » (XI)

Onzième chapitre : Dîner au Crillon
 
Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Ce n’est pas le sujet : là, il s’agit de traquer des écritures de compte à compte dans des archives électroniques bancaires.
Suit un long exposé où elle indique que tout système central reçoit des informations de postes externes, chacun identifié par son IP, éventuellement par un ID associé, des codes-maison et un code utilisateur. « Mais il les mouline à la recherche d’un virus ou d’un cheval de Troie. Un cheval de Troie est un mini-programme qui en se mettant en marche, ouvre une porte à un computer extérieur pré-adressé avec son propre IP ou un autre piraté, à un moment donné. Bien sûr, les meilleurs systèmes de sécurité les détectent. Et ils détectent aussi le programme dès qu’il se met en route : les sorties de données et de fichiers sont naturellement contrôlées, interdites en général, sauf exception. »
Les exceptions sont préprogrammées à des adresses IP elles-mêmes sécurisées et seulement pour des données et fichiers autorisés, à des plages horaires elles-mêmes prédéfinies et sécurisées.
Quant aux opérations de compensation inter-banques, elles sont naturellement du lot, quand il s’agit de systèmes bancaires.
Les dites compensations sont de deux types : entre comptes dans la banque elle-même, d’une agence à l’autre et entre comptes d’une banque à une autre via les chambres de compensation nationales, puis éventuellement, indirectement ou directement via les chambres de compensations internationales.
« Celle qui est devenue célèbre, c’est Clearstream pour l’Europe l’ouest continentale. »
Mais il y en plusieurs de part le monde. Et le tout est chapeauté aux USA à la BRI[1], la banque mondiale de compensation.
Chaque étape, consiste à émettre les coordonnées des comptes à créditer vers la salle de compensation et d’autres banques, qui contiennent naturellement l’identifiant, le numéro du compte, le montant, le libellé de l’opération et le numéro de compte débité. En principe, la date est celle du jour de l’opération.
La Banque de compensation re-mouline et envoie à son tour ces informations à d’autres banques de compensation ou directement aux banques destinataires.
Chaque établissement a donc un compte qui est crédité et un compte qui est débité. « En fait, l’argent, qui est virtuel à ce moment-là, n’est viré pour de vrai que pour les soldes.
Ce sont ces virements qui ont été bloqués fin 2008, le fluctuant, faute de confiance entre banques, qui a provoqué la crise majeure qu’on a connu récemment : on ne savait plus si les flux monétaires n’allaient pas être annulés par retour des chambres de compensation faute de provision. »
À chaque récipiendaire d’exploiter ses informations reçues et de créditer les comptes des utilisateurs, à la date de valeur propre à chaque institut bancaire.
Et ainsi de suite. « Ce sont les places asiatiques qui commencent la danse les premiers dans une journée calendaire. Et le décalage horaire permet de laisser le temps aux machines pour faire le tri et de préparer les envois. »
Mais comment fait-on pour entrer dans les mémoires ?
Les grosses places sont très verrouillées. On n’entre pas facilement dans les banques centrales, propres à chaque pays, ni les grosses banques locales.
Par ailleurs, il est des banques transnationales qui compensent en leur sein et on ne voit pas passer l’argent sur les plateformes de compensation internationales.
Sont donc exclues toutes les écritures de celles-ci, sauf à entrer dans leur serveur principal.
« Et comment fait-on ? Pour une banque cantonale Suisse, par exemple… »
 
Ah, les Suisses et leur fameux secret bancaire issu d’une loi des années trente en son article 47 !
« Eux se protègent en plus assez simplement. Il n’y a pas d’accès direct à leur mémoire centrale. Ils n’utilisent que des serveurs spécifiques qui sont ouverts sur l’extérieur. Et ils trimbalent les données sur CD-Rom d’un terminal à un autre avec un bonhomme derrière chaque disque. »
Pour parvenir à ses fins, un hacker utilise donc un stratagème indécelable. Il ouvre un compte fictif dans une banque locale d’un paradis fiscal, pas trop sécurisée. « J’en ai plusieurs aux îles Largo, quelques-uns à Haïti et puis d’autres ailleurs. »
Avec cet identifiant virtuel, elle provoque des « erreurs » vers la banque cible pour pouvoir décoder ses formats informatiques bancaires.
Et on fait une série de virements fictifs vers des comptes qui n’existent pas dans la banque cible. « Pas trop. Il y a toujours des erreurs dans les informations interbancaires, des refus, des noms mal libellés, des numéros également erronés mais dont les clés RIB sont bonnes telles qu’elles sont passées par le détecteur de faux-vrai ou des annulations-rejets faute de provision. »
Environ un pour mille. « Parfois deux. Quand il y a épidémie qui dépasse ces seuils, ça déclenche des alertes et les informaticiens chargés de la sécurité des opérations recherchent la source. Si elles se répètent trop souvent, venant de la même banque-source, ils s’en inquiètent et en général les dirigeants échangent des coups de fils avant d’alerter les autorités financières de leur pays réciproques. C’est pourquoi il faut opérer à partir de plusieurs comptes de banques différents. »
D’où aussi l’intérêt des banques off-shore : il n’y a pas d’autorité monétaire.
 
Un autre « détail » au passage : La machine ne s’arrête jamais. « Les serveurs sont branchés en permanence et tous les week-ends, notamment comme l’assomption cette année, ce qui permet de différer la mise en place des procédures d’alertes de 48 heures. C’est à ces moments-là qu’il faut attaquer. Mais parfois, ils coupent leurs serveurs. Surtout s’ils ont été « testés » par un hacker dans les jours qui précèdent. »
Une fois le « format informatique » local de la banque cible décodé par la série des erreurs préalables, elle se débrouillera pour s’infiltrer dans la banque cible. « Pour ça, je m’invite le soir local comme si j’étais le directeur d’une agence en piratant son IP et son ID. Avec un peu d’astuce, on trouve assez facilement son code personnel et on ouvre un compte bidon. »
Il s’agit ensuite de faire le mort pendant quelques jours et on se met à faire quelques opérations depuis ses comptes « off-shore ». Des allers et des retours d’argent fictif. Juste pour tester la procédure de sécurité et avoir le topo des défenses du système bancaire sur place.
Puis on refait le mort et pendant un week-end, à partir du compte, on remonte le cheminement des écritures jusqu’au serveur central. « C’est parfois assez long et c’est pour ça qu’on a besoin de temps, parce qu’il y a forcément une série de codes et de mots de passe à craquer. »
En principe, un des procédés gagnants consiste à « inventer » un nouveau terminal fictif à partir d’une autre agence dont on aura cassé le code l’ID et l’IP du directeur au préalable.
« Mais c’est dangereux : il faut utiliser les codes d’une tierce banque qui peut s’en alerter. Et l’attaque sera effectuée par ce terminal. Une fois en place, il suffit de télécharger toute la mémoire des écritures, ce qui peut demander des heures. C’est pour ça que j’ai besoin soit de l’identifiant du compte cible, soit de son numéro et si possible de quelques intervalles de date. Bien sûr c’est plus compliqué quand les agences pré-formatent des CD-Rom ou des DVD.
Pour contourner l’obstacle, on se débrouille pour verrouiller un compte bancaire qui est lui-même un cheval de Troie qui va faire le travail. Après, il n’y a plus qu’à télécharger les fichiers qu’il aura compacté en vue de les graver, pendant les « creux d’activité » et se le faire virer avec un deuxième cheval de Troie monté de la même façon dès qu’on estimera que le travail a été fait, mais en évitant le gravage des données sur place. »
Alternatif, le choix des comptes ? Ou cumulatif ?
« C’est mieux si on a tout, ça ne demande alors que quelques minutes. Parce qu’après, il faut effacer la trace de son passage, « tuer » le terminal fictif et les comptes trafiqués en cheval de Troie et effacer toutes les mémoires de référence du fichier temporaire qui a été téléchargé avant que les services de sécurité informatique de la banque ne se réveillent. Sans ça, à l’ouverture, l’informaticien de service se fait engueuler pour avoir pondu un système qui a encore laissé passer un intrus ! »
Et ça peut aller loin, le vol d’un fichier. « Surtout en Suisse où ils ne plaisantent pas avec leur secret bancaire ! Au Luxembourg, c’est plus simple, si c’était possible… »
Non, ce n’est pas possible : C’est apparemment la Suisse. Et à Luzerne en plus, pas ailleurs.
Joëlle ne met pas trop longtemps à jeter son dévolu sur un établissement d’investissement international qui semble la cible parfaite décrite par le « Capitaine Haddock », pour n’avoir qu’une seule agence dans le pays mais une grosse activité putative avec l’étranger, à la vue de son bilan et du rapport de gestion téléchargeable sur internet.
 
« Bon. On peut poser un terminal fantôme depuis ailleurs, genre Londres ou Moscou, ou Luxembourg ? »
Oui bien sûr, en posant des terminaux fictifs depuis encore ailleurs…
Plus on complique, plus on brouille les pistes, c’est vrai. Mais plus on peut se faire prendre à un endroit quelconque de la chaîne.
« Eh bien Madame la conseillère, c’est ce qu’il faut faire. On essaye avec celle-là. Des terminaux fictifs dormants depuis un peu partout. Même la Chine si c’est possible. Moi, je vais essayer de trouver les bonnes dates, pour commencer et on verra après. »
« Mais s’il s’agit de retrouver que des mouvements, on peut aussi le faire à l’envers ! »
Comment ça ?
« Si on connaît les comptes d’arrivée, les dates et les sommes, la Cour à compte-ouvert en Banque de France et à partir de là, on peut non seulement faire la recherche précise, mais on peut aussi remonter le fil des sous jusqu’au compte originel ! »
Et c’est maintenant qu’elle dit ça, elle ?
Comment ?
« On part du compte d’arrivée. On retrouve la compensation en Banque de France, on remonte à la chambre de compensation continentale. À partir de là, on interroge très officiellement le Clearstream concerné, qui renvoie sous huitaine l’écriture d’origine et on a les coordonnées du compte de départ. Simple et légal en plus ! »
Effectivement. « Et s’il s’agit d’un compte numéroté ? »
Là, c’est une question de collaboration. « Si c’est un compte Suisse, anglais, luxembourgeois, du Delaware ou d’un paradis fiscal, il faudra faire comme j’ai dit avant pour avoir l’identité du détenteur… Ou être persuasif par d’autres voies ! »
Et si on tombe sur une société écran ? Même cause, même effet : être persuasif !
Pas très avancé, au final !
 
« Bien, Madame la conseillère détachée officiellement de sa Cour des comptes. C’est la Suisse. Il faut que j’aille à mon dîner avec le garde de mon corps. Je propose qu’on remette la suite à demain pendant que je réfléchis à la façon d’avoir les renseignements dont on a besoin. Car j’ai ma petite idée sur où est arrivé l’argent. On peut se faire une recherche sur des écritures rondes libellées à plus de 100.000 dollars arrivant sur les comptes du Trésor public français depuis le début des années 90, et venant de l’étranger, pour commencer ? »
Là, ça va demander quelques jours.
« Alors on fait les deux : la recherche en aval et en remontant, plus la mise en place du dispositif en amont qui pourrait être cette banque suisse d’investissement international ? »
La fille écarquille les yeux… Une bonne semaine de travail en perspective. Elle qui pensait encore pouvoir passer le reste du mois d’août en famille !
« Il faut préparer ça rapidement ». Après, elle pourra rentrer à Marseille et passer ses trois semaines avec son mari et ses gosses, pour éventuellement une « attaque » plus précise en septembre.
« Si besoin, il faut mettre la pression sur les chefs pour finir avant de partir, au cas où il y ait des autorisations à demander pour inspecter les mouvements avec le Trésor. Il s’agit de « l’opération Isidore » télécommandée par le ministère de la Défense. Le ministre soi-même et le général Wimereux. Je mets au parfum ce dernier de nos démarches de mon côté dès demain. Ok ? Moi, il faut que je file. Bonne soirée ! »
Voilà qui ne va pas être simple, cette affaire de comptes suisses.
Il faut absolument cerner le problème du compte de départ laissé par le « Capitaine Haddock », si ses informations sont à prendre au sérieux.
 
Dominique Gijou a mis une robe de soirée qui la rend resplendissante. Il n’y aurait pas son mini-sac à main en simili-croco un peu trop enflé de la forme d’un pistolet de petit calibre, avec ses cheveux tirés en chignon savamment négligé, laissant virevolter quelques mèches blondes au gré des courants d’air, ce pourrait être tout-à-fait charmant.
D’ailleurs, accoudée au comptoir du bar, elle est déjà « entreprise » par un duo de gigolos en nœud papillon et costume de soirée.
« Messieurs, je suis au regret de vous ôter toute perspective encourageante pour votre fin de soirée. Madame est attachée exclusivement à la garde de mon corps personnel », fait Paul en arrivant, tout sourire narquois le long des lèvres.
Le Crillon fait scintiller ses marbres vernis avec les lumières de la place de la Concorde. Le décor est somptueux et le plaisir des pupilles passe avant celui des papilles, tout dans la classe des grandes cuisines « à la française » classiques.
Ils s’échangent du « commandant » avant que Paul ne dise qu’il n’a jamais exercé de fonction à ce grade.
« Je le dois au plan de carrière des polytechniciens qui intègrent l’aéronavale au grade de lieutenant de vaisseau, autrement dit de capitaine, avant de passer capitaine de corvette, autrement dit commandant. C’est juste l’ancienneté qui veut ça ! Mais faut être quand même physiquement apte. »
Elle se montre étonnée : un polytechnicien pilote dans l’aéronavale, ce n’est pas courant.
« Une vocation ruinée entre-temps. Vous vouliez savoir ce que j’ai fait ces dernières 48 heures ? Eh bien, crevons l’abcès tout de suite. J’étais en mission en Afghanistan pour le compte de l’Otan. Je suis passé ensuite à Malaga-airport, histoire d’honorer quelques chatoyantes hispaniques en manque de mes charmes de marin et je suis rentré ce matin. En pleine forme, comme vous le voyez… » dit-il avec un large sourire, toujours aussi narquois.
Et de rajouter : « Il fallait me détendre un peu après ces épuisants vols à l’autre bout du monde où nos soldats combattent le grand Satan taliban ! »
Ah évidemment, elle en est restée à leur dernière entrevue à Mandelieu, même s’il l’avait mise au parfum pour son déplacement ibérique.
Pour quelle mission ?
« Ça, ça ne vous regarde pas, très chère Dominique. Vous n’avez qu’à savoir qu’on m’a tiré dessus pour me forcer un peu la main, non pas pour aller faire le guignol chez les talibans, mais pour autre chose. Ma mission de réserviste de l’aéronavale… Mon contrat n’est en fait que suspendu le plus large de mon temps ». Il se penche en avant et sur le ton de la confidence, continue : « Pour tout vous dire, notre Président cherche quelques perles rares qui pourraient faire le sosie de son épouse légitime ! Et dans la plus grande des confidences, je dois lui en ramener une ou deux pour jouer le rôle ! Mais vous ne savez rien et je ne vous ai rien dit ! »
« Vous vous foutez de moi ? Et on vous tirerait dessus pour cette raison-là ? »
Oui il se fout d’elle. « Si on me tire dessus, c’est que c’est de la plus haute importance. Mais je ne sais pas ce que je vais trouver pour autant, donc… Pas la peine d’en savoir plus que ce que je vous ai annoncé l’autre fois. Je suis contraint de me déplacer, à l’improviste le plus souvent, et de ne plus dormir deux fois de suite au même endroit jusqu’à ce que j’en ai terminé avec cette histoire-là.
Vous, vous êtes contrainte de vérifier qu’on ne me tire pas dans le dos. Devant, je m’en charge. »
Le maître d’hôtel passe prendre la commande.
Puis le caviste, œnologue et maître-chais, recommande un petit cru-bourgeois qui accompagnera avec délice les mets au menu : au diable l’avarice, n’est-ce pas, quand on est avec une jolie femme se commente Paul pour lui-même, d’autant que c’est avec l’avance sur frais qu’il régale : la contribuable doit en avoir pour son argent, n’est-ce pas ?
 
« Dominique, nous allons donc nous croiser dans les semaines à venir. Je voudrais savoir comment vous abordez cette mission et comment vous allez vous y prendre ? »
Comme d’une corvée qui lui gâche ses vacances.
« Un mari et une ribambelle d’enfants à s’occuper, peut-être ? Je suis vraiment désolé, mais ce n’est pas moi qui vous ai choisie ! »
Un mari, certes, diplomate en poste au Brésil. Loin. Et pas d’enfant. De toute façon, il préfère les garçons.
Ambiance… Un ange passe !
Et comme dans son milieu, on est forcément marié et qu’on ne divorce jamais, elle est donc recasée systématiquement aux tâches qui emmerdent tout le monde pendant les périodes estivales, notamment.
La garde de personnalités, elle ne voyait pas son métier de commando-marine comme ça. En s’engageant, elle pensait participer activement à la défense des valeurs françaises que lui avaient inculquées ses parents. Eux-mêmes marins. Lui fusilier, elle infirmière.
Elle a deux frères aînés, l’un stationné à Djibouti, l’autre en Guyane.
« Eux, au moins, voient du pays. Moi, je ne reste pas très loin de la maison familiale depuis que mon père est dans son fauteuil roulant, la faute à avoir été fauché par une rafale au Gabon, il y a longtemps. »
Des ambitions ?
À part faire des trekkings dans des endroits impossibles, pas vraiment. « Peut-être que plus tard je m’installerai dans le civil comme monitrice de classes d’aventure. Mais il faudrait que je passe les diplômes avant. »
Oui, utile dans ce métier-là.
« Je reviens sur votre mariage, veuillez m’en excusez. Apparemment, ce n’est pas source de grand bonheur ? »
Et qu’en sait-il, son vis-à-vis ? Il débarque dans sa vie, là comme ça, et profite qu’elle soit une femme pour lui balancer des vacheries sous prétexte que la table est chère !
C’est un type au contraire exceptionnel. « Un homme très bien. Je ne manque de rien, il y pourvoie grassement, il pense à mon anniversaire, ma fête, celui de notre mariage, tous les ans, lui, Monsieur. »
Bon d’accord, elle ne le voit pas très souvent, mais il fait l’effort quand ils se croisent et elle y prend vraiment grand plaisir.
« Je n’ai rien dit, excusez-moi ! »
Et vous, marié ?
« Une fois. Il faut justement que je vous en parle. Il s’agit d’une fille rencontrée à Las Vegas pendant mes stages d’habilitation. À mon premier passage, à l’occasion des stages obligatoires de l’APAN, je l’avais bien remarquée, lors d’une permission vagabonde. Elle est chanteuse et nous nous sommes mariés sur un coup de foudre lors de mon deuxième stage, quand j’ai été habilité à piloter sur des prototypes.
Or, il se trouve que la SDECE m’a convaincu qu’il s’agissait d’une taupe du NSA ou de la CIA. Et qu’en plus, elle n’était pas très fidèle. Donc divorce, séparation et la vie reprend chacun de son côté.
J’ai intégré la flottille du CDG sur Étendard ensuite, et y ai fait mes armes.
Depuis cette expérience assez cuisante, sachez que je n’envisage pas de recommencer. »
Même avec cette femme qui est son patron en Ardèche et qu’elle a aperçu cet après-midi ? Une riche héritière, c’est bon pour la carrière d’un polytechnicien.
« Pas trop mon genre. Très exigeante à en être sûrement invivable dans l’intimité. Et puis elle n’est l’héritière que d’un tout petit quart. Je l’ai gardée pour faire potiche que je ressors quand j’en ai besoin pour la boîte. Elle-même est veuve. Une affaire d’espionnage de son mari qui vendait les petits secrets de fabrique de l’usine de beau-papa aux puissances de l’ex-pacte de Varsovie[2]. Ça eu pas vraiment plu en haut lieu, et quand je l’ai démasqué, il a eu bêtement un accident de la route. Quand même idiot, juste au moment où il devait être arrêté pour être jugé, vous ne trouvez pas ? »
Donc pas une femme en odeur de sainteté en haut-lieu. « Et on dit qu’une veuve, ça attire le malheur, paraît-il… »
Et l’autre, avec laquelle il s’est enfermé toute l’après-midi ?
« Ça, c’est une « hackeuse » gouvernementale. Un haut-fonctionnaire qu’il convient de protéger, elle et sa famille.
On me l’a collée dans les pattes avant-hier, parce que ma mission comporte une phase de recherche de renseignements qu’on ne peut trouver qu’en cambriolant des données informatiques.
Non, personnellement, je vous parlais d’Emily Lison, mon ex, tout à l’heure, Madame la curieuse.
Figurez-vous qu’elle a refait son apparition comme par miracle pas plus tard que le jour de mon attentat.
Et, plus étrange, figurez-vous que c’était pour me porter trois messages de sa centrale, ce qui confirme bien que c’est un agent de la CIA. Dont l’un, figurez-vous une dernière fois, était de me prévenir qu’on attenterait à ma vie.
Pan, dites donc, le soir même, je servais de cible à des malotrus d’incapables !
D’où votre mobilisation, dès le lendemain ! »
Vous croyez que c’est elle, prise d’un accès de jalousie, peut-être ? Tardif, certes, mais ne dit-on pas que la vengeance est un plat qui se mange froid ?
« La vengeance d’une blonde, je n’y crois pas trop depuis qu’on en a fait un film qui tourne en eau de boudin. En revanche, vues les circonstances, je me persuade, peut-être pour me rassurer, qu’il s’agit d’un avertissement sans frais. Ce que j’aimerai bien savoir, par votre voie hiérarchique, c’est d’où ça peut bien venir. Parce que là, je patauge grave dans le potage du mobile. »
Le vin est du vrai velours en bouche. Et des arômes qu’il y développe, d’une rare délicatesse.
« À propos, je vous avais indiqué que je passais par Malaga. Et je n’ai pas vu vos sbires ! Comme quoi, on pouvait m’abattre, ni vu ni connu, et vous vous seriez faite encore engueuler. Pas par moi, rassurez-vous, un, je n’aurais pas pu, pour avoir décédé précocement ; deux, parce que vous êtes si charmante que je n’oserai pas provoquer la moindre trace de contrariété sur votre beau sourire ! »
Ça vous fait toujours cet effet-là, les crus-bourgeois, rétorque-t-elle du tac-au-tac ?
 
« Vous ne les avez pas vus parce que ce sont des pros. Même s’il n’est pas facile de passer les frontières avec l’attirail opérationnel habituel pour ce genre de mission. Et ce qu’eux ont vu, mais manifestement pas vous, c’est que vous étiez filoché par un autre service. On enquête actuellement pour l’identifier.
Je peux vous dire que j’ai pris sur moi de vous laisser repartir de votre côté, pour en savoir un peu plus sur ces citoyens-là qui sont rentrés à Madrid. C’est tout ce que je sais ce soir. »
Pas mal la fille, doit reconnaître Paul dans son for intérieur.
« Mais comme on ne vous a pas revu avant la fin de matinée, je commençais sérieusement à m’inquiéter d’avoir fait ou non le bon choix ! »
Il faut dire que suivre un avion, ce n’est pas évident sans le radar qu’il faut.
« Donc, d’autres que vous et jusqu’en Espagne, s’intéressent à moi. Vous êtes sûre qu’il ne s’agit pas plutôt de mon contact sur place ? »
Non, il est rentré en France du côté de Mont-de-Marsan et eux sont restés en Espagne.
« De qui s’agissait-il d’ailleurs ? »
Décidément bien trop curieuse, la « Dominiquette »…
 
…/ (Aparté n° 6) /…
 

  
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[1] Banque des Règlements Internationaux.
[2]  Voir « Ardéchoise, cœur fidèle », à paraître aux éditions I².

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