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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

mercredi 4 août 2010

Opération « Juliette-Siéra » (V)

Cinquième chapitre : Haute tension
 
Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Il y a des moments magiques, comme ça, où le quiproquo fait bizarrement monter la tension.
Après le passage en coup de vent du ministre, les deux convoqués s’assoient, de nouveau, l’une se demandant pourquoi on l’appelle Charlotte, une méprise sans doute, l’autre se demandant dans quel traquenard il vient de tomber.
Un planton arrive du fond du couloir. « Si Monsieur veut bien se donner la peine. » Ils se lèvent.
« Non, pas vous Mademoiselle ! Vous pouvez attendre ici. »
Dur à avaler pour Sophie. C’est bien la peine qu’elle loupe son cours de rattrapage de comptabilité matinal pour si peu et se « déguise » de façon aussi sophistiquée !
Un affront presque. Une injure. Et Paul de perdre un atout : ça ne se passe pas comme prévu et il n’aime pas ça du tout.
Paul pénètre dans le vaste bureau sur cour.
Les deux officiers supérieurs, dont l’un, le colon, est en uniforme, l’invitent à s’asseoir dans l’un des fauteuils, tout en se demandant, tous les deux chacun pour eux-mêmes, comment un type aussi grand et « costaud » que lui, bâti comme un trois-quarts ailes, qui leur rend au moins une tête à chacun et quelques dizaines de kilos de muscle en plus, peut faire pour rentrer dans des cockpits d’avion de chasse et rester un prétendu as !
Poser un chasseur à 150 nœuds sur le timbre-poste que représente la taille du pont d’un porte-avion perdu dans l’immensité de l’océan, non seulement il faut être adroit et avoir un minimum de sang-froid, mais tout autant sinon plus, être très à l’aise dans ses manœuvres !
Peu importe : il faut attaquer le sujet.
 
Chacun se présente, excuse l’absence du ministre dont ils savent qu’il a salué le visiteur juste avant l’entretien et Paul ne laisse pas le temps aux deux autres de commencer la partie pour présenter son projet de céramique qui appuie ses demandes de subventions.
Le général le fait taire par un « Cher Monsieur, ce n’est pas le sujet » et redonne la parole au colonel.
Qui lui fait l’exposé de la mission dans ses grandes lignes.
Au bout de quelques temps, et après l’exposé du colonel, Paul prend la parole : « Si je comprends bien, mon général, mon colonel, vous me demandez de rechercher de l’argent qui n’existe pas, dont on ne sait rien depuis des années, ni d’où il sort, ni où il est, ni à quoi il sert, et sans même me dire ce que je dois en faire. »
C’est à peu près ça.
« En faire, en faire, on vous le dira après, quand on saura où il est et comment on peut le rapatrier en toute discrétion » intervient le colonel.
« Messieurs, attendez ! N’avez-vous pas quelques sbires pour faire ce boulot-là ? Je ne suis pas particulièrement compétent pour ce genre de recherche. Exfiltrer un agent en territoire hostile, ça je sais faire et je le fais même de temps en temps sous l’égide du gouvernement pour à peu près qui vous le voulez bien.
Gérer une usine perdue au fin fond de l’Ardèche, passe encore.
Administrer l’un de vos lieux de repos de nos guerriers de retour des théâtres d’opération, admettons.
Prendre en main un bureau d’études ou n’importe quelle administration un peu imposante, je sais faire : j’ai été formé pour ça.
Mais faire le guignol au lieu et place de la flicaille du pays, là, ça, je ne sais pas faire ! »
Il fallait s’y attendre.
« Mais si, vous savez faire : vous cogérez bien une agence privée de renseignement. Vous avez même coopéré avec la justice du pays en parallèle de la police judiciaire[1] ! »
Évidemment, mais ça n’a rien à voir.
« Ça n’a rien à voir ! J’ai rendu service. Et par ailleurs, on n’y gère que des systèmes d’alarme et fait des filatures pour adultère. De temps en temps, on fait un peu de garde-du-corps rapprochée. Rarement des enquêtes ! On n’est même pas équipé pour ça.
Là, il va falloir d’immenses moyens informatiques, un régiment de spécialistes, des hommes prêts à tout pour vous ramener vos milliards. »
La réponse claque : « On compte sur vous pour organiser tout ça ! »
Bé voyons !
« Et pourquoi vous ne le faites pas vous-même, mon général. Vous êtes au cœur desdits moyens ? »
L’objection est repoussée : « Parce que ce sont les ordres. Et nous sommes soldats, nous obéissons aux ordres ! »
« Sauf votre respect, mon général, si les ordres viennent du pantin que j’ai croisé tout à l’heure devant votre bureau, où vous n’avez pas de couille pour lui dire merde, ou vous avez fumé la moquette enroulée dans les rideaux du salon d’à côté ! »
Le tout est dit sans méchanceté, presqu’avec désarroi, que s’en est drôle.
Ils en rient d’ailleurs tous les deux, les officiers, au lieu de s’offusquer.
« Les ordres viennent de plus haut. »
Et alors ? Un ordre con, ça reste un ordre con.
« De beaucoup plus haut. Une personne à qui on ne dit non qu’accompagné de sa lettre de démission. »
Et Paul de se rappeler que : « Mais je vous l’ai déjà donnée, moi, ma démission, mon général ! »
Le Colonel Gabeaux rétorque : « Si vous l’avez déjà donnée, alors vous ne pouvez même plus dire non, Capitaine, et… devrais-je préciser… de frégate ! »
 
La frégate, c’est le cran d’au-dessus de la corvette.
Paul, en qualité de « X » est rentré directement dans l’aéronavale avec le plus haut grade des officiers subalternes, lieutenant de vaisseau. C’est un droit.
Au bout de 4 ans, c’est automatique, il passe « 4 sardines », avec le plus bas des grades des officiers supérieurs, même s’il n’est plus d’active, au rang de capitaine de corvette.
La carrière d’un « X », même fâché à mort avec l’uniforme, grimpe automatiquement avec le temps qui passe pour passer à « 5 sardines », or et argent, capitaine de frégate en milieu de carrière, et finir avec 5 en or au grade de capitaine de vaisseau le jour de la retraite, sans même avoir tiré un seul coup de feu.
Petits privilèges des élites de la Nation…
« Mon colonel, votre sollicitude me touche, naturellement, mais si j’ai démissionné, c’est justement pour ne plus avoir à accepter des ordres stupides qui vous ruinent la vie d’un homme. L’armée, la marine, je lui dois d’avoir volé sur des avions exceptionnels. J’y ai pris vraiment beaucoup de plaisir, au-delà de toute espérance. Mais j’ai aussi reçu une formation d’élite et me dois de servir mon pays au mieux et selon mes compétences avérées. Or, là, je suis incompétent ! »
La réponse est quasiment sans appel :
« Il n’empêche, commandant, les choses sont claires. Vous ne pouvez pas refuser où il faudra fermer votre usine d’Aubenas qui ne vit que par les commandes publiques ou les autorisations d’exporter que nous délivrons dans ce ministère, ici même.
Combien de temps tiendrez-vous sans licencier ?
Vous venez quémander des subventions de recherche. C’est ici que se décide une partie des programmes de recherche sélectionnés par le comité « Grand emprunt ».
Le ton est subitement plus ferme…
« Et puis soyons clairs, nous aussi : si on vous confie cette mission, c’est parce qu’il est hors de question de mener les investigations nécessaires avec nos propres services.
Vous l’avez sans doute déjà pressenti : nous ne sommes pas des supplétifs de basse-police ou des barbouzards des services d’espionnage, vous pensez bien. Or, eux ont échoué et il n’y a plus que vous pour être qualifié.
Un, parce qu’on vous sait honnête, vous pouvez garder la tête froide face à d’éventuelles montagnes de milliards de dollars ; deux, personne ne peut vous soupçonner d’être en service commandé et c’est un atout indéniable ; trois, vous êtes assez intelligent pour pouvoir vous débrouiller sans tout l’arsenal des moyens techniques trop visibles si on les mobilise d’un bloc ! »
Le colonel se garde bien d’énoncer le « quatre » : parce que les américains peuvent lui donner un coup de main, le chef d’état-major l’avait assuré.
« Ces moyens, vous en disposerez à votre guise par mon intermédiaire, mais ce sera avec parcimonie et discrétion. Ce que je ne peux pas faire autrement sans vous déléguer la mission. Et là, je compte tout spécialement sur un officier de votre rang, capable de faire la part des choses pour ne mettre en difficulté ni le pays, ni son appareil d’État !
Me suis-je bien fait comprendre ? »
Pas tout à fait, mais admettons.
Paul se rend compte que ces galonnés-là mettent en balance la Manufacture et les petits avantages que ça représente, avec la notion d’intérêt général en se foutant pas mal de ses états d’âme.
 
« Pour vous aider, cet après-midi je vous fais porter tous les résultats de toutes les enquêtes de tous les services du pays, sur ces fonds et depuis l’origine. Attention, vous en prenez connaissance dans vos locaux, mais aucune copie ne devra être faite car il s’agit de documents couverts par le « secret-défense ».
Vous comprendrez mieux pourquoi même les juges n’y ont pas accès et vous mesurez la confiance qu’on investit en vous.
Nous vous savons avoir une excellente mémoire visuelle. Une demi-journée vous sera nécessaire et on réexpédie l’ensemble dans leurs emplacements respectifs en archive.
Avec un peu d’intelligence, dont nous savons que vous n’êtes pas totalement dénué, vous nous direz demain de quoi vous aurez besoin d’autre et nous vous le fournirons sans délai. »
Bien reçu.
Ça lui laisse le temps d’exiger l’impossible, façon élégante de dire non.
De toute façon il n’a pas trop le choix, sur le moment.
L’entretien se termine par des salutations respectueuses. Et les trois hommes se séparent.
« Je crois qu’on vient de lui donner une petite leçon de commandement à ce polytechnicien qui aurait dû faire Saint-Cyr », remarque le général.
« Je ne crois pas, mon général. Il vient de trouver la porte de sortie pour ne pas exécuter la mission. »
Ah bon ! « Alors là, on n’aura pas avancé d’un centimètre ! »
« Mais si, mon général. La seule façon qu’il entre dans la mission, c’est justement qu’il accepte d’y mettre un doigt. Il l’a fait. Après, sa curiosité naturelle fera le reste. »
« Vous croyez ? »
C’est une évidence : « Il a mille raisons pour refuser. Mais vous verrez que demain, il acceptera et nous demandera l’impossible… Que nous lui fournirons, bien sûr, mon général ! »
Sûr de lui, pense le général de son vis-à-vis. Il faut qu’il ait raison. On verra donc demain.
 
Quant à Paul, il rentre en taxi, seul, Sophie partant de son côté à essayer de rattraper son cours perdu.
Mauvais pour la tension nerveuse, ce genre de convocation, finalement. Il ne faut décidément ne jamais rien demander à qui que ce soit qui émarge à l’effectif de la Nation, et surtout si ça porte un uniforme.
Sitôt le portable de nouveau en réseau, il informe Isabelle que ça n’a rien à voir avec la demande de subvention. « J’ai tout juste pu obtenir qu’elle soit examinée dans le cadre du Grand emprunt de l’autre farfelu. »
Mais alors quoi ? Ils veulent quoi ?
« Une affaire de sécurité nationale. Je ne peux pas t’en parler. Ça ne concerne que moi. Mais je ne sais pas si j’y peux grand-chose… Complètement à la masse, le ministre. Il a même salué ta fille en se trompant de prénom. Elle te racontera ça ce soir, j’imagine ! » rajoute-t-il pour désamorcer les commentaires à venir.
« Ton passé militaire ? »
Oui, si on veut. « Mais rien de grave. Ils veulent des précisions sur ce que j’avais pu voir et comprendre, dans le temps. »
Le mensonge passe. Elle aura oublié d’ici qu’il retourne à Aubenas.
 
Et comme les emmerdements n’arrivent jamais seuls, histoire de ne pas faire retomber la tension du moment, sitôt de retour, la secrétaire, un peu plus carmin que d’habitude, annonce à son arrivée : « Monsieur le directeur général, une personne vous attend ! »
Ah oui ? Qui ? Il avait fait décommander tous ses rendez-vous dans l’urgence. Encore une contrariété.
« Votre épouse ! Je ne savais pas que vous étiez marié, Monsieur le directeur général… » dit-elle sur un ton quasiment de reproche.
Il ne manque décidément plus qu’elle pour saboter définitivement la journée.
« Mon ex-épouse ! » corrige Paul. « Une erreur de jeunesse. Vous l’avez mise où ? »
Dans l’appartement de l’étage du dessus, naturellement. « Vous auriez pu me le dire que vous aviez été marié, il n’y a pas de honte à ça. Et dans le mot secrétaire, il y a aussi le mot secret… »
Une formule qu’il lui a apprise lui-même en arrivant à la tête de la boutique, il y a trois ans.
« J’en ai tellement, que vous ne sauriez pas où les ranger tous ! »
Il ne manque plus que cette nymphomane-là pour compléter la journée, façon… désastre.
Qu’est-ce qu’elle vient faire à Paris, à débarquer à l’improviste dans ce merdier ?
Il grimpe à l’étage et entre dans son petit deux-pièces-vaste-terrasse.
 
La « miss » a gardé son physique filiforme et sa voie un peu rauque. Ses grands yeux bleus délavés qui l’ont fait « craquer » 11 ans plus tôt, ses cuisses peut-être un peu plus charnues, ses larges petits seins qui flottent sous sa robe légère, son visage pâle, quelques kilos de plus là où il faut.
« Qu’est-ce que tu viens faire ici ? »
« Ah ! Tu m’as fait peur. Bonjour chéri ! » dit-elle en sursautant. Elle contemplait Paris, lézardant au soleil.
« Dis-moi que tu es juste de passage et que tu repars dans la minute pour une tournée triomphale ! Là, juste pour me faire plaisir, s’il te plaît ! »
Non ! Il ne faut pas rêver avec une fille pareille.
« Dis donc, tu es bien conservé pour ton âge, toi. Ah tiens ! Une cicatrice que je ne connais pas. Un mari jaloux ou une tigresse déchaînée comme tu as su me faire rugir ? »
Décidément, pense Paul, toujours égale à elle-même la poulette espionne : il se retient de lui renvoyer la pareille avec ses nouvelles ridelles autour de la commissure des yeux, ses seins qui flottent juste un peu plus bas qu’il y a onze ans. Si elle est là, ce n’est évidemment pas le fruit du hasard !
« Toujours d’active à ce que je vois. Ça marche pour toi la chansonnette subventionnée par le contribuable américain ? Tu sais, je n’ai pas vraiment suivi ta carrière. Tu t’es remariée avec un milliardaire texan, au moins ? »
Et pour toute réponse, il reçoit une amabilité du genre : « Et toi ? Tu n’es plus dans l’armée ou tu as fait un héritage. C’est chicos, chez toi, en tout cas. Pas non plus un mariage d’argent : tu n’as toujours pas de bague au doigt ? »
Il a failli répondre « toujours plus » mais le fait savoir autrement quant à ses « engagements » : Une femme dans chaque port et de nombreuses escales depuis leur séparation.
« Que des malheureuses ! Toutes à te pleurer, je suppose », lui rétorque-t-elle avec son accent d’américaine du sud.
« Bien, tu restes à déjeuner. J’imagine que tu ne viens pas par hasard et comme il fait beau et chaud, on peut donc manger sur la terrasse. »
Comme elle répond « volontiers », il fait commander un repas pour deux. Chez lui, il n’y jamais rien à manger que des plateaux repas concoctés par le chef du bistrot du rez-de-chaussée, et il n’a pas envie de l’emmener au restaurant : elle ne trouvera pas l’endroit assez discret pour lui dire ce qu’elle a à lui faire savoir, ce qui prolongera d’autant leur tête à tête.
En revanche, la cave de salon à température dirigée est bien fournie et le réfrigérateur n’est là que pour sa machine à glaçons intégrée dans la porte.
 
En grignotant les amuse-gueules Emily se décide à dire ce qu’elle a à dire, après avoir un peu raconté sa vie.
Elle a dû annuler son tour de chant « triomphal » sur la côte-ouest prévu pour l’été, justement pour passer par Paris le temps qu’il faudra. En mission pour le NSA. En fait, elle ne sait pas trop pour qui.
Ni pour quoi.
« J’ai juste à te faire passer quelques messages de mes employeurs.
Premièrement, ta vie est en danger. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais tu es sur un coup qui va t’attirer des ennuis et qui va mettre en danger ta vie, d’après mes employeurs. Or, il apparaît qu’ils ont encore besoin de toi pour je ne sais quel service que tu sais leur rendre.
Deuxièmement, il y aura une équipe de soutien pour t’aider, ici, sous peu, en cas de besoin. On m’a refilé un téléphone où tu peux me joindre jour et nuit. La nuit surtout, j’espère, chéri.
Ah oui. Troisièmement, il faudrait que tu m’avertisses de tes déplacements, pour ta sécurité, m’a-t-on affirmé. »
Compte là-dessus, « chérie » se dit Paul à lui-même : pour qu’elle puisse mieux le poursuivre de ses assiduités !
« Et puis quatrièmement, il faut que tu joignes un dénommé « Capitaine Haddock » ».
Celui d’Hergé ?
« Ah, ça, chéri, on ne m’a pas dit ! Et puis cinquièmement, mais on ne m’a pas dit de te le dire, je suis consignée ici jusqu’à Noël. Mes concerts reprennent seulement début janvier. Je crois que tu dois le savoir.
Ça va être long, chéri, tu sais. Mais j’ai un peu d’argent de poche pour faire quelques emplettes entre-temps. »
Et les capotes sont fournies par l’ambassade américaine, peut-être ?
C’est qu’il connaît son oiseau, Paul, pour en avoir usé et abusé.
 
…/ (aparté n° 1) /…
 
Le déjeuner est heureusement rapidement écourté : la secrétaire de l’étage du dessous, n’osant pas monter, appelle sur le portable. « Il y a là deux messieurs qui viennent chacun avec un carton d’archive pour vous. Je les mets où Monsieur le directeur général ? »
Les cartons ou les messieurs ? Dans son bureau.
« Désolé de ne pas pouvoir prolonger l’après-midi avec toi. Mais le devoir m’appelle. Tu es descendue à quel hôtel au juste ? »
Pas très loin, au Montherlant.
Ils redescendent tous les deux par l’escalier privé, Paul raccompagnant Emily jusqu’à l’ascenseur, elle ne peut pas s’empêcher de lancer une œillade à la secrétaire en passant, qui du coup en plonge le nez sur son clavier, encore plus rouge de confusion que tout à l’heure. Puis Paul va jusqu’à son bureau.
« Monsieur le directeur général, il y en a un qui est resté avec les cartons. Il dit qu’il ne doit pas les quitter des yeux ! »
Prudent le colonel…
En voyant le bonhomme, assis sur une chaise devant les cartons posés sur la table de conférence, dans la grande pièce du coin de l’immeuble, il ne peut pas s’empêcher de commander par l’interphone « une bombonne de café et quelques sandwichs ! » : Les cartons sont volumineux.
Et bien plein.
En fin d’après-midi, le gars se fait relayer. Le suivant aussi, le soir venu.
 
Au milieu de la nuit, Paul commence à comprendre de quoi il retourne. Il lit, lit, enfin photographie mentalement tous ces dossiers.
Il y a la synthèse de tas d’enquête, de pratiquement tous les services de l’État, police, services spéciaux, armée, douane, relations extérieures, DST, justice et d’autres dont il ne savait même pas qu’ils existent. Le « Capitaine Haddock » est bien mentionné dans un dossier, à l’occasion de courriers répétés de dénonciation sur des détournements de fonds. Paul devine que s’il accepte, il va devoir fouiller bien au-delà de ce qu’on lui fournit, notamment tous ces listings de comptes qui met à rude épreuve sa mémoire, d’autant plus, qu’avec la lumière tombante de la nuit, la lecture devient difficile.
Il croit même, à un moment, avoir la berlue. Un point rouge se déplace sur la table, venant de nulle part depuis l’extérieur.
Il se lève brutalement et se retourne vers Paris illuminé.
La vitre claque sans se briser, pour être blindée.
On lui tire dessus !
Sale journée !…
 

 
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[1]  L’affaire du « Juge Féyard », à paraître aux éditions I².

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